A la découverte des Pères de l'Eglise...

A B C D E F G H I J  K J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z 

Extraits

Cabasilas, Nicolas (XIVe siècle)

"Ainsi vivons-nous en Dieu : nous avons transposé notre vie de ce monde visible vers le monde invisible, non en changeant de lieu, mais en changeant d'existence et de vie. Car ce n'est pas nous qui nous sommes mis en route vers Dieu et qui sommes montés, mais c'est lui qui est venu chez nous et qui est descendu. Nous n'avons pas cherché, nous avons été cherchés ; ce n'est pas la brebis qui est partie à la recherche du berger (cf. Lc 15, 4-7), ni la drachme à la recherche du maître de maison (cf. Lc 15, 8-10), mais c'est lui qui s'est abaissé vers la terre et qui a retrouvé son effigie ; il s'est rendu sur les lieux où la brebis s'était égarée, il l'a soulevée et l'a relevée de son égarement ; il ne nous a pas fait sortir d'ici (cf. Jn 17, 15), mais tandis que nous restions sur la terre, il nous a rendus célestes ; il nous a donné sa vie qui est dans le ciel, non en nous élevant vers le ciel, mais en inclinant le ciel vers nous et en descendant : il inclina les cieux, et il descendit (Ps 17, 1)."
(La vie en Christ, Sources Chrétiennes, n° 355, Cerf, 1989, pp. 95-97).

Catherine de Sienne

Dans des dialogues entre l'âme et Dieu... l'âme se demande où elle peut acquérir l'amour de Dieu et du prochain :
"Dans la cellule de la connaissance d’elle-même, par la sainte oraison, comme Pierre et les disciples, qui, en se renfermant dans les veilles et la prière, perdirent leur imperfection et acquirent la perfection. Par quel moyen ? Par la persévérance unie à la sainte foi.
Mais ne pense pas qu’on reçoive cette ardeur et cette force divine par une prière purement vocale. Beaucoup me prient plutôt des lèvres que du coeur. Ils ne songent qu’à réciter un certain nombre de psaumes et de Pater noster. Dès qu’ils ont rempli leur tâche, ils ne pensent pas à autre chose ; ils mettent toute leur piété dans de simples paroles. Il ne faut pas agir de la sorte ; quand on ne fait pas davantage, on en retire peu de fruit et on m’est peu agréable. Faut-il quitter la prière vocale pour la prière mentale, à laquelle tous ne semblent pas appelés ? Non, mais il faut procéder avec ordre et mesure.
Tu sais que l’âme est imparfaite avant d’être parfaite sa prière doit être de même. Pour ne pas tomber dans l’oisiveté, lorsqu’elle est encore imparfaite, l’âme doit s’appliquer à la prière vocale ; mais elle ne doit pas faire la prière vocale sans la faire mentale ; pendant que les lèvres prononcent des paroles, elle s’efforcera d’élever et de fixer son esprit dans mon amour, par la considération de ses défauts en général et du sang de mon Fils, où elle trouvera l’abondance de ma charité et la rémission de ses péchés."
(Traité de la prière, LXVI, 3-5)

Césaire d'Arles

"On ne nous dit pas : "Allez vers l'orient, et cherchez la charité ; naviguez vers l'occident, et vous trouverez l'amour". C'est à l'intérieur de notre coeur, d'où la colère a coutume de nous chasser, qu'on nous ordonne de revenir, selon la parole du prophète : Pécheurs, rentrez dans votre coeur (Is 46, 8). Car ce n'est pas dans des pays lointains que se trouve ce que réclame de nous le Seigneur : c'est à l'intérieur, à notre coeur qu'il nous envoie. Car il a placé en nous ce qu'il demande, puisque la perfection totale de la charité consiste dans la bonne volonté de l'âme ; à son sujet les anges ont proclamé aux bergers : Paix sur terre aux hommes de bonne volonté (Lc 2, 14).
Quel exemple du Seigneur aurons-nous à suivre ? Est-ce par hasard celui de ressusciter les morts ? Est-ce de marcher sur la mer ? Non pas ; mais d'être doux et humbles de coeur et d'aimer non seulement nos amis mais même nos ennemis. Celui qui dit demeurer dans la lumière et qui hait son frère est dans les ténèbres (1 Jn 2, 11). Nous devons ici entendre par frère tous les hommes."
Césaire d'Arles : Sermon 37, 1, 3 et 6 (Sources chrétiennes, 243, Cerf, 1978).

"Tu es sur le point de prier maintenant ; pardonne du fond du coeur. Tu veux te quereller avec ton ennemi ? Querelle-toi d'abord avec ton coeur. Dis à ton coeur : Ne hais pas. Si tu hais encore, dis à ton âme : Ne hais pas. Comment prierai-je ? Comment dirai-je : "Pardonne-nous nos offenses" ? Nous pouvons bien dire cela ; mais ce qui suit, de quel front le dirons-nous : "Comme nous pardonnons aussi" [cf. Mt 6, 12] ? Tu es faible, tu respires difficilement, tu es déchiré d'amertume, tu ne peux ôter ta haine. Espère en Dieu [Ps 41, 6], il est médecin ; pour toi il a été suspendu au bois et il n'est pas encore le Dieu vengeur. De quoi veux-tu te vvenger ? C'est pour cela en effet que tu hais, pour te venger. Tu veux te venger ? Vois le Christ suspendu, écoute sa prière : Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu'ils font [Lc 23, 34]." (Césaire d'Arles, Sermon 35, 1 ; Sources Chrétiennes 243, pp. 195-197).

"Il n'est pas inconvenant d'assimiler les prêtres à des vaches ; en effet, comme une vache a deux mamelles, avec lesquelles elle nourrit son veau, de même les prêtres aussi, de leurs deux mamelles, à savoir l'Ancien et le Nouveau Testament, doivent nourrir le peuple chrétien. Cependant, réfléchissez bien et voyez que les vaches charnelles non seulement viennent d'elles-mêmes vers leurs veaux, mais aussi que leurs veaux courent à leur rencontre et frappent souvent les mamelles de leur mère avec leur tête. Cependant, les vaches acceptent de bon coeur la violence qui leur est faite, car elles désirent voir les progrès de leurs veaux. Cela aussi, les bons prêtres doivent le souhaiter et le désirer avec foi, que leurs fils, pour le salut de leur âme, les harcèlent de questions continuelles. En effet, comme les veaux ont coutume de harceler avec une grande impétuosité les mamelles de leur mère, afin de pouvoir extraire de l'intérieur de son corps la nourriture qui leur est nécessaire, de même aussi le peuple chrétien doit sans cesse provoquer ses prêtres, qui sont comme les mamelles de la Sainte Eglise, par de très pieuses questions, afin de pouvoir se procurer la nourriture du salut." (Sermons au peuple, Cerf, Sources chrétiennes n° 175, pp. 299-301)

Clément d'Alexandrie

"Observe les mystères de l'amour, et alors tu contempleras le sein du Père, que le Fils unique, Dieu lui-même, est le seul à avoir montré (cf. Jn 1, 18). C'est bien lui, le Dieu amour (cf. 1 Jn 4, 8), et c'est par l'amour pour nous qu'il s'est laissé prendre. Ce qui est inexprimable en lui est père ; ce qui a de la compassion pour nous est devenu mère. En aimant, le Père est devenu féminin, et le grand signe en est celui qu'il a engendré à partir de lui-même : le fruit enfanté par amour est amour.
S'il est descendu lui-même, s'il a revêtu l'humanité et accepté de subir les souffrances des hommes, c'était pour être mesuré à notre faiblesse par amour et nous mesurer en retour à sa propre puissance (cf. Mt 7, 2). Au moment de verser son sang et de s'offrir lui-même en rançon (cf. Mt 20, 28), il nous laisse une nouvelle alliance : Je vous donne mon amour (Jn 13, 34). Quel est cet amour ? Quelle est sa grandeur ? Pour chacun de nous, il a livré sa vie, aussi précieuse que l'univers ; en retour, il nous demande de donner la nôtre les uns pour les autres."
(Quel riche peut être sauvé ?, 37, SC n° 537, pp. 195-197).

"Il n’y a, certes, qu’une route de la vérité, mais elle est comme un fleuve intarissable, vers lequel débouchent les autres cours d’eaux venus d’un peu partout, d’où ces paroles inspirées : Ecoute, mon fils, et reçois mes paroles pour avoir beaucoup de chemins vers la vie. Je t’enseigne les voies de la sagesse pour que les sources ne te manquent pas (Pr 4, 10-11.21), les sources qui jaillissent toutes de la même terre. Et ce n’est pas seulement pour un seul juste qu’il dit qu’il y a plusieurs voies de salut, il ajoute qu’il y a pour des foules de justes, des foules d’autres routes ; il le fait entendre ainsi : Les sentiers des justes brillent comme la lumière (Pr 4, 18). Eh bien, les préceptes et les instructions préparatoires sont sans doute des routes, des mises en train de notre vie.
Jérusalem, Jérusalem, combien de fois j’ai voulu rassembler tes enfants comme la poule ses poussins ! (Mt 23, 37). Or, "Jérusalem" veut dire "vision de paix". Donc, le Seigneur nous indique en langage inspiré que ceux qui auront eu la vision de paix auront été préparés de cent façons à cette vocation. J’insiste ; il a "voulu" il n’a pas pu. Combien de fois ? où ? deux fois, par les prophètes et par sa venue. Donc l’expression "combien de fois" indique la sagesse multiforme qui, par tous les moyens de qualité et de quantité, sauve les âmes de toutes les manières, dans le temps et dans l’éternité, parce que l’esprit du Seigneur remplit la terre (Sg 1, 7)".
(Les Stromates I, 5, 29, 1-5 (SC 30, 1951, p. 66).

un commentaire 

"Prions Dieu, non pas en des jours choisis, comme d'autres le font, mais continuellement pendant toute la vie et par tous les moyens. Ce n'est pas en un lieu déterminé, ni dans un sanctuaire choisi, ni non plus en des fêtes et des jours fixes, mais toute sa vie que le chrétien, en tout lieu, qu'il se trouve seul ou en compagnie de gens de même foi, honore Dieu, c'est-à-dire confesse sa gratitude pour la connaissance et son mode de vie.
Si la présence d'un homme de bien façonne celui qui le fréquente en l'améliorant sans cesse, par l'effet d'un sentiment de révérence et de respect, à plus forte raison celui qui est toujours en présence de Dieu par la connaissance, par la vie et par l'action de grâces, sans relâche, ne deviendra-t-il pas à chaque instant meilleur qu'il ne l'était à tous égards, dans ses oeuvres, ses paroles et ses dispositions ?
Pässant donc notre vie entière comme une fête, convaincus que Dieu est présent absolument partout, nous cultivons les champs en célébrant des louanges, nous naviguons en chantant des hymnes, et nous nous conduisons dans toute notre vie selon les règles. Quant au chrétien, il jouit d'une intimité plus étroite avec Dieu, à la fois sérieux et joyeux en toutes circonstances, sérieux parce qu'il est tourné vers le divin, joyeux parce qu'il fait le compte des biens propres à l'humanité dont Dieu nous fait le don.
(Stromates, III, 7, 35, 1-7, Sources chrétiennes n° 428, pp. 129-131)

"Il ne faut pas rejeter les biens susceptibles d’aider notre prochain. La nature des possessions est d’être possédées. Celle des biens est de répandre le bien et Dieu a destiné ces derniers au bien-être des hommes. Les biens sont entre nos mains comme des outils, des instruments dont on tire bon emploi si on sait les manier." (Clément d’Alexandrie, Homélie "Quel riche peut être sauvé ?" 14, in Riches et Pauvres dans l’Eglise ancienne, "Lettres chrétiennes", Bernard Grasset, 1962, p. 33).

"Dieu, je le sais bien, nous a donné la permission d'user des choses, mais dans les limites du nécessaire et il a voulu que cet usage soit commun à tous. Il est inconvenant qu'un seul jouisse quand beaucoup manquent. Combien plus glorieux est-il de répandre les bienfaits sur beaucoup, plutôt que de mener une vie de riche ! Combien plus intelligent de dépenser en faveur des hommes que pour des pierres précieuses et de l'or ! Combien plus utile que des ornements inanimés, de posséder des amis qui ornent votre vie ! Et à qui serait-il aussi profitable d'avoir des terres que de faire plaisir aux autres ?..." (Le Pédagogue, 1 II, 12)

Clément de Rome

"C'est toi dont les oeuvres ont fait apparaître l'immortelle harmonie du cosmos,
C'est toi, Seigneur, qui as fait la terre habitée,
Toi qui te montres fidèle dans toutes les générations,
Juste dans tes jugements,
Admirable dans ta force et ta majesté,
Sage dans ta création,
Tout intelligence pour établir cette création dans la stabilité.

Bonté manifestée dans le monde visible,
Fidélité envers ceux qui se confient en toi,
Seigneur " miséricordieux et compatissant" (Jl 2, 13),
Remets-nous nos péchés et nos iniquités,
Pardonne nos fautes et nos manquements...."
(Lettre aux Corinthiens 60, 1)

"Voici quel est le chemin par lequel nous avons trouvé le salut : Jésus Christ, le grand prêtre qui présente nos offrandes, le protecteur et le soutien de notre faiblesse.
Par lui nous fixons nos regards sur les hauteurs des cieux ; par lui nous contemplons comme dans un miroir le visage pur et sublime du Père ; par lui se sont ouverts les yeux de notre coeur ; par lui notre intelligence bornée et ténébreuse s'épanouit à la lumière ; par lui, le Maître a voulu nous faire goûter la connaissance immortelle, lui qui est lumière éclatante de la gloire du Père..." (Lettre aux Corinthiens,36, 1)

Colomban (v. 540-615)

"Si votre âme a soif de la source divine dont je désire maintenant vous parler, attisez cette soif et ne l'éteignez pas. Buvez, mais ne soyez pas rassasiés. Car la source vivante nous appelle et la fontaine de vie nous dit : Que celui qui a soif vienne à moi et qu'il boive." (Colomban : Instructions spirituelles, 13, 1).

"Qu'ils sont donc heureux, qu'ils sont dignes d'envie, les serviteurs que le Maître, à son retour, trouvera vigilants.Vigilance bienheureuse qui les tient éveillés pour la rencontre de Dieu, le Créateur de l'univers, dont la majesté emplit toutes choses et les dépasse toutes.
Et pour moi qui suis son serviteur, malgré mon indignité, Dieu veuille m'éveiller du sommeil de mon indolence. Qu'il fasse brûler en moi le feu de l'amour divin ; que la flamme de son amour monte plus haut que les étoiles ; que brûle sans cesse au-dedans de moi le désir de répondre à son infinie tendresse." (Instruction spirituelle, 12, 2)

Curé d'Ars (1786-1859)

"Sans le Saint-Esprit nous sommes comme une pierre du chemin. Prenez dans une main une éponge imbibée d'eau, et dans l'autre un petit caillou; pressez-les également. Il ne sortira rien du caillou, et de l'éponge vous ferez sortir de l'eau en abondance. L'éponge, c'est l'âme remplie du Saint-Esprit, et le caillou, c'est le coeur froid et dur où le Saint-Esprit n'habite pas.
C'est le Saint-Esprit qui forme les pensées dans le coeur des justes et qui engendre les paroles dans leur bouche. Ceux qui ont le Saint-Esprit ne produisent rien de mauvais; tous les fruits du Saint-Esprit sont bons."
(Catéchisme)

Cyprien de Carthage

"Le Seigneur pensant à notre époque déclare dans son Evangile : Lorsque le Fils de l'homme reviendra, trouvera-t-il, croyez-vous, la foi sur la terre ? [Lc 18, 8]. Nous voyons se réaliser ce qu'il a prédit. Crainte de Dieu, loi de la justice, amour, bienfaisance, on n'est plus fidèle en rien. Personne ne pense à la crainte de ce qui doit advenir, personne ne réfléchit au jour du Seigneur.
Réveillons-nous dans toute la mesure du possible, frères bien-aimés et, après avoir chassé le sommeil où nous tenait notre vieille indolence, restons éveillés pour observer et appliquer les prescriptions du Seigneur. Soyons conformes à ce qu'il nous a lui-même prescrit en ces termes : Que vos reins soient ceints et vos lampes allumées, soyez pareils à des gens qui attendent leur seigneur à son retour de noces pour lui ouvrir lorsqu'il viendra frapper à la porte. Bienheureux ces serviteurs qu'à son arrivée leur seigneur trouvera en train de veiller [Lc 12, 35-37]".
(L'unité de l'Eglise 26-27, SC 500, pp. 247-249).

"Si nous nous adressons au Père avec la prière du Fils, apprise de lui, nous serons plus aisément entendus. Quelle autre prière peut être spirituelle sinon celle que le Christ nous a donnée, car c'est grâce à lui que nous avons reçu l'Esprit ? Quelle prière vraie en présence du Père, sinon celle que le Fils, qui est la vérité, a proférée ?
[...] Prions donc, frères, bien-aimés, comme Dieu, notre maître nous l'a enseigné. Implorer Dieu, avec les paroles qui viennent de lui est une prière qui lui est bienvenue et familière. Que le Père reconnaisse la voix de son Fils quand nous lui adressons notre demande. Que celui qui habite notre coeur soit également notre voix ! Il est auprès du Père notre avocat, pour nos péchés, quand, pécheurs, nous lui demandons le pardon de nos fautes. Utilisons les mots mêmes de notre avocat, car il a dit : "Tout ce que vous demanderez au Père en mon nom, il vous l'accordera (Jn 16, 23). Combien plus efficace encore sera notre prière au nom du Christ, sinous prions avec sa propre prière !" (La prière du Seigneur, 2-3 ; voir La prière en Afrique chrétienne, DDB, Paris, 1982, p. 42).

"Jusqu’où va la bienveillance du Seigneur, jusqu’où s’étend l’abondance de sa complaisance et de sa bonté, pour qu’il ait voulu que nous prononcions sous le regard de Dieu une prière qui nous fait donner à Dieu le nom de père, et que, comme le Christ est fils de Dieu, nous aussi nous soyons appelés fils de Dieu !" (La prière du Seigneur, 11).

"Vous craignez que votre revenu ne vienne à manquer si vous secourez généreusement les pauvres. Mais ne savez-vous pas, misérables, que tandis que vous craignez que vos biens ne vous manquent, votre santé et votre vie peuvent être en péril ? Vous vous préoccupez de ce que vos richesses ne diminuent pas, sans prendre garde que vous vous diminuez vous-mêmes en aimant plus l’argent que votre âme... " (Des bonnes oeuvres et de l’aumône, 9-10)

Cyrille d'Alexandrie (v. 380-444)

"Par une nuit obscure, la beauté étincelante des étoiles resplendit, chacune brille de sa propre lumière. Mais lorsque jaillit le scintillement du soleil, dès lors ce qui luisait partiellement (cf. 1 Co 13, 10) disparaît en quelque sorte, et son propre éclat, vaincu par le rayonnement du soleil, devient faible et inerte. De la même manière, à mon avis, notre connaissance actuelle cessera à ce moment-là et ce qui luisait partiellement disparaîtra quand aura jailli la lumière parfaite et qu'elle aura répandu sur nous en plénitude l'éclat de la connaissance divine.
Alors en toute liberté de parole, le Christ nous entretiendra de son propre Père, puisque nous pourrons désormais en être capables. Alors nous n'aurons plus besoin d'aucune figure, énigme ou parabole, mais d'une certaine manière à visage découverft et avec une pensée sans entrave, nous saisirons la beauté de la divine nature de Dieu le Père et contemplerons la gloire qui resplendit de lui. (Commentaire sur St Jean, 11, cité in Magnificat n° 235, juin 2012.)

"Si nous formons tous entre nous un même corps dans le Christ, et non pas seulement entre nous, mais ave lui, puisque évidemment il est en nous par sa propre chair, comment donc notre unité entre nous et dans le Christ n'est-elle pas déjà visible ? Car le Christ est le lien de l'unité, étant en lui-même Dieu et homme.
Quant à l'unité dans l'Esprit, nous suivrons le même chemin et nous dirons encore qu'ayant tous reçu un seul et même Esprit, je veux dire l'Esprit Saint, nous sommes en quelque sorte mêlés intimement les uns avec les autres et avec Dieu. En effet, bien que nous soyons une multitude d'individus, et que le Christ fasse demeurer en chacun de nous l'Esprit de son Père qui est le sien, il n'y a cependant qu'un seul Esprit indivisible, qui rassemble en lui-même les esprits distincts les uns des autres du fait de leur existence individuelle, et qui les fait apparaître pour ainsi dire comme ayant tous une seule existence en lui." (Commentaire sur l'Evangile de Jean, 11, 11)

"De même que la souche de la vigne fournit et distribue aux sarments la qualité naturelle qui lui est propre et qui est en elle, c'est ainsi que le Verbe, Fils unique de Dieu le Père, introduit chez les saints une sorte de parenté avec sa nature en leur donnant l'Esprit, surtout à ceux qui lui sont unis par la foi et par une parfaite sainteté. Il les nourrit et fait progresser leur piété, il développe en eux la science de toute vertu et de toute bonté." (Commentaire sur l'Evangile de Jean).

Cyrille de Jérusalem (v. 315-386)

"Si l'intelligence comprend très rapidement, la langue a par contre besoin de phrases et d'une longue suite d'interprètes : les mots. [...] L'intelligence embrasse la terre et la mer et toutes les bornes de l'univers en un éclair, mais ce qu'elle saisit en un instant, elle l'expose en de nombreuses paroles.
Lorsqu'il s'agit de Dieu, nous disons non pas tout ce qu'il faut dire - il est seul à le connaître - mais tout ce que comprend la nature humaine, tout ce que peut porter notre faiblesse. Nous n'expliquons pas en effet ce qu'est Dieu, mais nous l'avouons de bonne foi, nous ignorons le fin mot sur Dieu. Quand il s'agit de Dieu, c'est en effet une grande science que de reconnaître son ignorance. [...]
"Mais, dira-t-on, si la substance divine est incompréhensible, toi alors, pourquoi exposes-tu ce qui s'y rapporte ?" Est-ce que, sous prétexte que je suis incapable de boire tout le fleuve, je me priverai d'en prendre modestement ce qu'il m'en faut ? Est-ce que, sous prétexte que la constitution de mes yeux m'interdit d'embrasser le soleil tout entier, je ne vais pas non plus le regarder autant que mes propres nécessités m'y obligent ? Ou encore, sous prétexte qu'entré dans un grand verger, je ne puis manger tous les fruits qui s'y trouvent, veux-tu que j'en sorte finalement avec la faim ? Je loue et glorifie celui qui nous a faits, car un ordre divin l'a prescrit : Que tout être animé loue le Seigneur (Ps 144, 10.21). Louer le Maître, non l'expliquer, tel est mon propos actuel ; je sais bien, je n'arriverai pas à louer dignement, mais je pense que c'est oeuvre de piété du moins de l'entreprendre..."
Catéchèse baptismale, 5, 2.5, "Les Pères dans la Foi, 53-54, Migne, 1993, pp. 95.97)

"Le premier genre de foi est celui qui se rapporte aux dogmes ; il implique l’adhésion de l’âme à un objet. Il est utile à l’âme selon la parole du Seigneur : Celui qui écoute ma parole et croit en celui qui m’a envoyé possède la vie éternelle et il ne vient pas en jugement...
Il y a un deuxième genre de foi : celui qui nous est donné par le Christ à titre purement gracieux. A celui-ci est donné, grâce à l’Esprit, le langage de la sagesse de Dieu ; à un autre, toujours grâce à l’Esprit, le langage de la connaissance de Dieu ; un autre reçoit, dans l’Esprit, le don de la foi ; un autre encore, des pouvoirs de guérison.
Cette foi qui est conférée par l’Esprit à titre gracieux n’est pas seulement dogmatique ; elle réalise ce qui est au-delà des forces humaines. Celui qui possède une telle foi dira à cette montagne : Passe d’ici là-bas, et elle y passera. Quand quelqu’un dira même cela avec foi, croyant que cela se fera, sans hésiter dans son coeur, alors il recevra la grâce du miracle.
C’est au sujet de cette foi qu’il est dit : Si vous aviez de la foi gros comme un grain de moutarde...
Toi, donc, possède cette foi qui dépend de Dieu et qui te porte vers lui ; alors tu recevras de lui cette foi qui agit au-delà des forces humaines." (Catéchèse 5, La foi et le symbole, 12-13)

"Un homme qui se trouvait d'abord dans l'obscurité, en voyant soudain le soleil, a le regard éclairé et voit clairement ce qu'il ne voyait pas auparavant : ainsi celui qui a l'avantage de recevoir le Saint-Esprit a l'âme illuminée, et il voit de façon surhumaine ce qu'il ne connaissait pas." (Catéchèse 18 sur le Symbole de la Foi, 25)

"Purifie ton cœur, pour qu’il reçoive la grâce avec plus d’abondance. En effet, le pardon des péchés est également donné à tous, mais la participation à l’Esprit Saint est accordée à chacun selon la mesure de sa foi. Si tu te donnes peu de mal, tu recueilleras peu. Si tu travailles beaucoup, ton salaire sera important. C’est toi-même qui es en jeu, veille à ton propre intérêt.
Si tu as un grief contre quelqu’un, pardonne. Tu t’approches du baptistère pour recevoir le pardon de tes péchés : il est nécessaire que toi aussi, tu sois indulgent au pécheur." (Catéchèse baptismale n° 1)

"On t'appelait "catéchumène" lorsque tu étais seulement environné par l'écho. Tu entendais parler d'une espérance mais sans la voir, de mystères, mais sans les comprendre, des Ecritures, mais sans en voir la profondeur. L'écho, désormais, ne résonne plus autour de toi ; l'écho résonne en toi : car l'Esprit qui l'habite fait désormais de ton intelligence une maison divine." (Accueil aux catéchumènes, n° 6)

"L'eau que je lui donnerai deviendra en lui source jaillissante pour la vie éternelle. C'est une eau toute nouvelle, vivante, et jaillissante, jaillissant pour ceux qui en sont dignes. Pour quelle raison le don de l'Esprit est-il appelé une "eau" ? C'est parce que l'eau est à la base de tout ; parce que l'eau produit la végétation et la vie ; parce que l'eau descend du ciel sous forme de pluie ; parce qu'en tombant sous une seule forme, elle opère de façon multiforme. [...] Elle est différente dans le palmier, différente dans la vigne, elle se fait toute à tous. Elle n'a qu'une seule manière d'être, et elle n'est pas différente d'elle-même. La pluie ne se transforme pas quand elle descend ici ou là mais, en s'adaptant à la constitution des êtres qui la reçoivent, elle produit en chacun ce qui lui convient.
L'Esprit Saint agit ainsi. Il a beau être un, simple et indivisible, il distribue ses dons à chacun, selon sa volonté. De même que le bois sec, associé à l'eau, produit des bourgeons, de même l'âme qui vivait dans le péché, mais que la pénitence rend capable de recevoir le Saint-Esprit, porte des fruits de justice. Bien que l'Esprit soit simple, c'est lui, sur l'ordre de Dieu et au nom du Christ, qui anime de nombreuses vertus.
Il emploie la langue de celui-ci au service de la sagesse : il éclaire par la prophétie l'âme de celui-là ; il donne à un autre le pouvoir de chasser les démons ; à un autre encore celui d'interpréter les divines Ecritures. Il fortifie la chasteté de l'un, il enseigne à un autre l'art de l'aumône, il enseigne à celui-ci le jeûne et l'ascèse, à un autre il enseigne à mépriser les intérêts du corps, il prépare un autre encore au martyre. Différent chez les différents hommes, il n'est pas différent de lui-même, ainsi qu'il est écrit : Chacun reçoit le don de manifester l'Esprit en vue du bien de tous."
(Catéchèse sur le Saint-Esprit : Extraits de la Catéchèse 18 sur le Symbole de la Foi, 23-25)

Dorothée de Gaza (début du 6e siècle)

"Plus on est uni au prochain, plus on est uni à Dieu. Pour que vous compreniez le sens de cette parole, je vais vous donner une image tirée des Pères. Supposez un cercle tracé sur la terre, c’est-à-dire une ligne tirée en rond avec un compas et un centre. On appelle précisément centre le milieu du cercle. Appliquez votre esprit à ce que je vous dis. Imaginez que ce cercle, c’est le monde ; le centre, Dieu ; et les rayons, les différentes voies ou manières de vivre des hommes. Quand les saints, désirant approcher de Dieu, marchent vers le milieu du cercle, dans la mesure où ils pénètrent à l’intérieur, ils se rapprochent les uns des autres en même temps que de Dieu. Plus ils s’approchent de Dieu, plus ils se rapprochent les uns des autres, et plus ils se rapprochent les uns des autres, plus ils s’approchent de Dieu. Et vous comprenez qu’il en est de même en sens inverse, quand on se détourne de Dieu pour se retirer vers l’extérieur : il est évident alors que, plus on s’éloigne de Dieu, plus on s’éloigne les uns des autres, et que plus on s’éloigne les uns des autres, plus on s’éloigne aussi de Dieu. Telle est la nature de la charité." (Dorothée de Gaza : Instructions diverses de notre saint Père Dorothée à ses disciples VI, 77-78, in Œuvres spirituelles ; SC 92, Cerf, Paris, 2001, pp. 285-287).

"Celui qui s'accuse soi-même, quelle joie, quel repos il possède, partout où il va ! Qu'une peine, qu'un outrage, qu'une épreuve quelconque lui survienne, il juge d'avance qu'il en est digne et il n'est jamais troublé. Y a-t-il un état qui soit davantage exempt de soucis ?
Mais, dira-t-on, si un frère me tourmente, et qu'en m'examinant je constate que je ne lui en ai fourni aucun prétexte, comment pourrai-je m'accuser moi-même ?
En fait, si quelqu'un s'examine avec crainte de Dieu, il découvrira qu'il a certainement donné un motif de reproche par une action, une parole, ou une attitude. Et s'il voit qu'en rien de tout cela il n'a, soi-disant, donné aucun motif d'hostilité pour le présent, c'est vraisemblablement qu'il a tourmenté ce frère une autre fois, pour le même sujet ou pour un autre, ou bien encore parce qu'il a tourmenté une autre fois un autre frère. Et c'est pour cela, parfois même pour une autre faute, qu'il devait souffrir ainsi.
Il arrive aussi qu'un frère, se croyant installé dans la paix et la tranquillité, lorsqu'on lui dit une parole pénible, soit plongé dans le trouble. Et il juge qu'il a raison de s'affliger, se disant en lui-même : "S'il n'était pas venu me parler et me troubler, je n'aurais pas péché."
C'est une illusion, c'est un faux raisonnement. Celui qui lui a dit cette parole, y a-t-il introduit la passion ? Il lui a révélé la passion qui était en lui, afin qu'il s'en repente, s'il le veut. Ainsi, ce frère était pareil à un pain de pur froment, d'apparence brillante, mais qui, une fois rompu, ferait voir sa corruption.
Il était installé dans la paix, croyait-il, mais il avait au-dedans de lui une passion qu'il ignorait. Qu'un frère lui dise une seule parole, et aussitôt a jailli la corruption qui était cachée en lui. S'il veut obtenir miséricorde, qu'il se repente, qu'il se purifie, qu'il progresse, et il verra qu'il devra plutôt remercier son frère d'avoir été pour lui la cause d'un tel profit. En effet, les épreuves ne l'accableront plus autant. Plus il progressera, plus elles lui paraîtront légères. A mesure en effet que l'âme progresse, elle se fortifie et devient capable de supporter tout ce qui lui arrive." (Instruction spirituelle, Office romain des lectures, Livre des jours, Le Cerf, Desclée de Brouwer, Mame, 1976, pp. 688-689).

Ephrem de Nisibe

"Au désert notre Seigneur multiplia le pain, et à Cana il changea l'eau en vin (cf. Jn 1, 11). Il habitua ainsi leur bouche à son pain et à son vin, jusqu'au temps où il leur donnerait son corps et son sang. Il leur fit goûter un pain et un vin transitoires, pour exciter en eux le désir de son corps et de son sang vivifiants. Il leur donna libéralement ces menues choses, pour qu'ils sachent que son don suprême serait gratuit. Il les leur donna gratuitement, bien qu'ils eussent pu les lui acheter, afin qu'ils sachent qu'on ne leur demanderait pas de payer une chose inestimable ; car s'ils pouvaient payer le prix du pain et du vin, ils ne pourraient payer son corps et son sang. Il nous a attirés par ces choses agréables au palais, afin de nous entraîner vers ce qui vivifie les âmes.
De la petite quantité de pain est née une multitude de pains ; comme lors de la première bénédiction : Soyez féconds et multipliez vous (Gn 1, 28). Les morceaux ont fructifié par sa bénédiction, à la manière de femmes auparavant stériles et privées d'enfants, et des fragments multiples en sont provenus."
(cite>Diatessaron XII, 1.3, SC n° 121, p. 213-215).

"Il descend à la hâte, le pasteur de tous,
pour rechercher Adam, la brebis perdue,
Il remonte en le portant sur ses épqules,
offrande au Maître du troupeau.
Bénie soit sa hâte !

Il se répand, rosée et pluie vivante,
sur Marie, cette terre assoiffée.
Puis il tombe dans le Shéol comme une graine,
Il remonte comme une gerbe et un pain nouveau.
Bénie soit son offrande !

Sa science a extirpé l'erreur
de l'humanité qui se perdait.
Par elle le Mauvais a été trompé et perturbé.
Elle a déversé sur les nations toute la connaissance.
Bénie soit son jaillissement !

Des hauteurs la Puissance est descendue jusqu'à nous,
et en sortant du sein l'Espérance nous est apparue.
Du tombeau la Vie s'est levée sur nous,
et à la droite le Roi s'est assis pour nous.
Bénie soit sa majesté !

Des hauteurs il a jailli comme un fleuve,
et de Marie, comme un plant.
Du bois il s'est détaché comme un fruit,
il est monté au ciel comme les prémices.
Bénie soit sa volonté !

[...]Marie l'a porté comme un nourrisson,
le prêtre l'a porté comme une offrande [cf. Lc 2, 28],
la croix l'a porté comme une victime,
le ciel l'a porté comme Dieu.
Louange à son Père !

[...]Sa divinité vient de Dieu,
son humanité, des mortels ;
son sacerdoce, de Melchisédech
et sa royauté, de la lignée de David.
Bénie soit sa synthèse !

Au banquet nuptial il est parmi les invités [cf. Jn 2, 2],
et durant la tentation, parmi les jeûneurs.
Pendant l'agonie, il est parmi les vigilants,
et dans le Sanctuaire, il est enseignant.
Béni soit son enseignemet !

[...]Il a été tenté par le Mauvais
et interrogé par le Peuple ;
soumis à l'enquête par Hérode,
il réprouve par le silence celui qui cherche à le sonder.
Béni soit Celui qui l'a engendré !

Dans le fleuve on le range parmi les baptisés,
et dans la mer on le compte parmi les dormeurs ;
on le suspend au bois comme une victime,
on le dépose au tombeau comme un cadavre.
Béni soit son abaissement !

Qui avons-nous, Seigneur, qui soit comme toi ?
Grand qui s'amenuise, Veilleur qui s'endort,
pur qui est baptisé, Vivant qui trépasse,
roi qui est humilié afin que tous soient exaltés.
Bénie soit ton exaltation !"
(Hymne sur la RésurrectionI (extraits), in Célébrons la Pâque, Migne, "Les Pères dans la foi", n° 58, 2009, pp. 154-156).

"Les Apôtres étaient là, assis, attendant la venue de l'Esprit.
Ils étaient là comme des flambeaux disposés et qui attendent d'être allumés par l'Esprit Saint pour illuminer toute la création par leur enseignement [...] Ils étaient là comme des cultivateurs portant leur semence dans le pan de leur manteau qui attendent le moment où ils recevront l'ordre de semer. Ils étaient là comme des marins dont la barque est liée au port du commandement du Fils et qui attendent d'avoir le doux vent de l'Esprit. Ils étaient là comme des bergers qui viennent de recevoir leur houlette des mains du Grand Pasteur de tout le bercail et qui attendent que leur soient répartis les troupeaux.
Et ils commencèrent à parler en des langues diverses selon que l'Esprit leur donnait de s'exprimer".
Ô cénacle, pétrin où fut jeté le levain qui fit lever l'univers tout entier. Cénacle, mère de toutes les Eglises. Sein admirable qui mit au monde des temples pour la prière. Cénacle qui vit le miracle du buisson ! Cénacle qui étonna Jérusalem par un prodige bien plus grand que celui de la fournaise qui émerveilla les habitants de Babylone ! Le feu de la fournaise brûlait ceux qui étaient autour, mais protégeait ceux qui étaient au milieu de lui. Le feu du Cénacle rassemble ceux du dehors qui désirent le voir tandis qu'il réconforte ceux qui le reçoivent. Ô feu dont la venue est parole, dont le silence est lumière. Feu qui établis les coeurs dans l'action de grâces."
(Sur l'effusion du Saint Esprit, 25, 5, 15, 20 (traduit par Jean-René Bouchet, Lectionnaire pour les dimanches et pour les fêtes, p. 243-244).

"[Eve] était la vigne dont la mort avait ouvert la clôture, [...]. Ainsi Eve, la mère de tous les vivants, était-elle devenue source de mort pour tous les vivants.
Mais un surgeon a levé : Marie, la vigne nouvelle, a remplacé Eve, la vigne antique. Le Christ, la Vie nouvelle, a fait en elle sa demeure. Ainsi, lorsque la mort conduisant son troupeau viendrait comme d’habitude, sans méfiance, avec ses fruits mortels, la Vie qui détruit la mort serait cachée dans la Vigne nouvelle. Et lui, lorsque la mort l’eut englouti, sans rien craindre, il délivra la vie, et avec elle la multitude des hommes." (Homélie de St Ephrem sur notre Seigneur, 3-4.9 in Livre des Jours, pp. 385 sq).

"Comme les Juifs le mettaient en accusation parce qu'il avait guéri un jour de sabbat, Jésus ne s'est pas excusé en disant : Je n'ai pas transgressé la loi, mais : Je l'ai transgressée, comme le Père qui est dans les cieux. Car mon Père travaille, et moi aussi je travaille [Jn 5, 17].
En effet, les créatures : anges, luminaires, rosée, pluie, sources et fleuves fonctionnent le jour du sabbat ; car les anges ne reçoivent pas interdiction d'accomplir leur ministère le jour du sabbat, ni les cieux de donner la rosée et la pluie, ni les luminaires de poursuivre leur course, ni la terre de donner des fruits, ni les hommes de respirer et de donner des fils au monde, mais on met au monde le jour du sabbat sans qu'il y ait un précepte qui le défende, et on circoncit le huitième jour, en laissant de côté la loi ; et il en est ainsi pour d'innombrables choses.
Si les créatures ont cette liberté, combien plus le Créateur ? Aussi le Fils de l'homme est maître du sabbat [Mt 12, 8]." (Ephrem de Nisibe : Commentaire sur l'Evangile concordant ou Diatessron XIII, 3-4)

"Notre Seigneur se présenta silencieux devant Pilate pour la défense de la vérité outragée. D’autres remportent la victoire par des apologies, mais notre Seigneur la remporta par son silence, parce que la récompense due au silence divin, c’était la victoire de la vraie doctrine. Il parlait pour enseigner, et il se tut au tribunal. Il ne tut pas ce qui nous exaltait, et il ne lutta pas contre ceux qui l’irritaient. Les paroles de ses calomniateurs faisaient comme une couronne à sa tête. Il se tut afin que son silence les fit hurler plus fort encore, et que toutes ces vociférations embellissent sa couronne. S’il avait parlé, ses paroles de vérité auraient imposé silence à ces connivences qui s’appliquaient à tresser sa couronne…"
(Commentaire de l’Evangile concordant ou Diatessaron, XX, 16, SC 121).

"Qui donc est capable de comprendre toute la richesse d'une seule de tes paroles, Seigneur ? Ce que nous en comprenons est bien moindre que ce que nous en laissons, comme des gens assoiffés qui boivent à une source. Les perspectives de ta parole sont nombreuses, comme sont nombreuses les orientations de ceux qui l'étudient. Le Seigneur a coloré sa parole de multiples beautés, pour que chacun de ceux qui la scrutent puisse contempler ce qu'il aime. Et dans sa parole il a caché tous les trésors, pour que chacun de nous trouve une richesse dans ce qu'il médite." (Diatessaron, 1, 18-19, Sources chrétiennes, 121).

"La parole de Dieu est un arbre de vie qui, de tous côtés, te présente des fruits bénis ; elle est comme ce rocher qui s'est ouvert dans le désert pour offrir à tous les hommes une boisson spirituelle. Selon l'Apôtre, ils ont mangé un aliment spirituel, ils ont bu à une source spirituelle." (Diatessaron, 1, 18-19)

Tourne-moi vers ton enseignement
Car j'ai cherché à me détourner
Et j'ai vu que je m'appauvrissais,
Car l'âme n'est riche que dans le commerce avec toi.
Gloire à ta méditation !
Toujours, quand j'ai médité sur toi
J'ai reçu de toi un trésor
Et là où je t'ai contemplé
Une source a coulé de toi
Et j'ai puisé tant que j'ai pu.
Gloire à ta source !
Elle est cachée, ô mon Seigneur, ta source,
A qui n'a pas soif de toi,
Et vide, la salle de ton trésor,
Pour qui te hait :
La charité est le trésorier.
De ton trésor céleste.
Quand je m'éloigne de ta compagnie,
Ta beauté excite mon désir,
Et quand j'accompagne ta Majesté,
Ta gloire me remplit de crainte :
Que je m'éloigne ou que j'approche,
Je suis le vaincu, de toutes façons.
[...]
J'ai médité, et j'ai parlé de toi,
Non que je t'aie compris ;
Puis j'ai succombé, et je me suis tu à nouveau,
Non que je t'aie perdu.
Je me suis perdu en toi, et je suis resté sans voix :
Gloire à toi, Etre caché."
(Hymne de la foi 32, 1-6)

Epiphane de Salamine (v. 315-403)

"Mon côté a guéri la douleur de ton côté. Et mon sommeil te fait sortir maintenant du sommeil de l’enfer. Lève-toi et partons d’ici, de la mort à la vie, de la corruption à l’immortalité, des ténèbres à la lumière éternelle. Levez-vous et partons d’ici et allons de la douleur à la joie, de la prison à la Jérusalem céleste, des chaînes à la liberté, de la captivité aux délices du paradis, de la terre au ciel. Mon Père céleste attend la brebis perdue, un trône de chérubin est prêt, les porteurs sont debout et attendent, la salle des noces est préparée, les tentes et les demeures éternelles sont ornées, les trésors de tout bien sont ouverts, le Royaume des Cieux qui existait avant tous les siècles vous attend." (Epiphane : Homélie sur l’ensevelissement du Christ, extraits tirés de J.R.Bouchet, Lectionnaire pour les dimanches et les fêtes, Cerf, 1994, pp. 186-189).

Eucher de Lyon (Ve siècle)

"Le désert est le temple sans bornes de notre Dieu ; car celui qui habite dans le silence doit certainement se plaire dans les lieux retirés. C'est là que souvent il s'est manifesté à ses saints, c'est à la faveur de la solitude qu'il a daigné rencontrer les hommes. C'est dans le désert que Moïse, la face inondée de lumière, voit Dieu [Ex 3].
Quelqu'un, dit-on demandait à un autre quel était à son avis, le séjour de Dieu ; celui-ci le pria de vouloir bien le suivre au lieu où il le mènerait. Alors il le conduisit dans la profondeur d'un vaste désert, et lui motnrant l'immensité de la solitude : Voilà, dit-il, où est Dieu.
Le peuple de Dieu, quand il doit être libéré d'Egypte et délivré des oeuvres terrestres, ne gagne-t-il pas des lieux écartés, ne se réfugie--il pas dans les solitudes ? Oui, c'est dans le désert qu'il va approcher ce Dieu qui l'a arraché à la servitude. Et le Seigneur se faisait le chef de son peuple, en guidant ses pas à travers le désert. Sur la route, de jour et de nuit, il déployait une colonne, flamme ardente ou nuée rayonnante, signe venu du ciel [Ex 40, 36-38].
Faut-il ajouter qu'ils ne parvinrent à la Terre de leurs désirs qu'après avoir séjourné au désert ? Qu'il soit l'hôte du désert, celui qui veut devenir le citoyen des cieux !" (Eucher de Lyon : Eloge du désert, 3-4, 8, 16 in Sr Isabelle de la Source, Lire la Bible avec les Pères, vol. 2, Mediaspaul, 1990).

Eusèbe de Césarée

"Beaucoup d'autres encore, en plus de ceux-ci, étaient célèbres à cette époque et possédaient le premier rang de la succession des Apôtres. Disciples remarquables de ces hommes, ils édifiaient des Eglises sur les fondements que les Apôtres avaient commencé d'établir partout. Ils développaient de plus en plus la prédication. Ils semaient les semences salutaires du royaume des cieux sur toute l'étendue de la terre habitée.
En effet, un très grand nombre de disciples ont été alors marqués dans leur esprit, par le Verbe de Dieu, d'un très vif amour de la sagesse. D'abord ils accomplissaient le conseil du Seigneur en distribuant leurs biens aux pauvres. Puis ils quittaient leur pays pour accomplir leur fonction d'évangéliste, voulant prêcher, à ceux qui ne l'avaient pas encore entendue, la parole de la foi, et transmettre les Ecritures et la bonne nouvelle divine. Ils déposaient seulement les fondements de la foi dans des pays étrangers, et y établissaient d'autres pasteurs auxquels ils confiaient le soin d'élever ceux qu'ils venaient d'introduire dans l'Eglise. Cela fait, ils repartaient vers d'autres peuples dans d'autres contrées, soutenus par la grâce et le secours de Dieu. Car les puissances multiples et merveilleuses de l'Esprit divin agissaient encore par eux en ce temps-là. C'est pourquoi, dès la première audition, les foules, comme un seul homme recevaient dans leurs âmes la piété envers le créateur de toutes choses. Mais il nous est impossible de citer par leurs noms tous ceux qui, lors de la première succession des Apôtres , devinrent les pasteurs et les évangélistes des Eglises du monde.
Nous retiendrons seulement le souvenir de ceux dont les ouvrages ont transmis jusqu'à nous la tradition de l'enseignement des Apôtres. Tels sont, en particulier, Ignace (d'Antioche) et Clément, dans la lettre, reçue de tous, qu'il adressa au nom de l'Eglise des Romains à celle des Corinthiens..." (Eusèbe de Césarée, Histoire Ecclésiastique, III, 37-38,1)

François d'Assise

"Tu es le seul Saint, Seigneur Dieu,
toi qui fais des merveilles !
Tu es fort, tu es grand,
tu es le Très-Haut, tu es le roi tout-puissant,
toi, Père saint, roi du ciel et de la terre.
Tu es trois et tu es un, Seigneur Dieu,
tu es le bien, tu es tout bien,
tu es le souverain bien,
Seigneur Dieu vivant et vrai.
Tu es amour et charité, tu es sagesse
tu es humilité, tu es patience
tu es beauté, tu es douceur
tu es sécurité, tu es repos,
tu es joie, tu es notre espérance et notre joie,
tu es justice, tu es mesure,
tu es toute notre richesse et surabondance.
Tu es beauté, tu es douceur,
tu es notre abri, notre gardien et notre défenseur,
tu es la force, tu es la fraîcheur ?
Tu es notre espérance
tu es notre foi
tu es notre amour
tu es notre grande douceur,
tu es notre vie éternelle,
grand et admirable Seigneur,
Dieu tout-puissant, ô bon sauveur !"
(Louanges du Dieu Très-Haut)

Gaudence de Brescia (mort en 410)

"La raison pour laquelle le Seigneur a voulu que les sacrements de son corps et de son sang devaient être offerts sous les espèces du pain et du vin est double. Tout d'abord, pour que l'agneau immaculé de Dieu transmette au peuple pur une pure victime, susceptible d'être immolée sans feu ni sang ni odeur nauséabonde, et offerte par tous de façon rapide et facile.
Ensuite puisqu'il faut que le pain soit fait avec de nombreux grains de froment réduits en farine et mêlés à de l'eau, puis cuit par le feu, c'est avec raison qu'en lui est reconnue la figure du corps du Christ, qui forme, nous le savons, un seul corps, fait de la multitude du genre humain tout entier, et qui a été consumé par le feu de l'Esprit Saint [cf. Lc 4, 11].
De la même façon, le vin de son sang lui aussi a jailli des nombreuses grappes cueillies à la vigne qu'il a lui-même plantée, il est passé au pressoir de la croix et il bouillonne par sa propre vertu dans le coeur fidèle de ceux qui y goûtent en larges coupes."
(Traité 2 ; CSEL 68, pp. 31-32 ; traduction de G. Bady in Magnificat n° 209, avril 2010, pp. 260-261).

Germain de Constantinople (mort en 733)

"Adam où es-tu ? crie à nouveau le Christ en croix. Je suis venu là à ta recherche et, pour pouvoir te trouver, j’ai tendu les mains sur la croix. Les mains tendues, je me tourne vers le Père pour rendre grâces de t’avoir trouvé, puis je les tourne aussi vers toi pour t’embrasser. Je ne suis pas venu pour juger ton péché, mais pour te sauver par mon amour des hommes, je ne suis pas venu te maudire pour ta désobéissance, mais te bénir par mon obéissance. Je te couvrirai de mes ailes, tu trouveras à mon ombre un refuge. Ma fidélité te couvrira du bouclier de la croix et tu ne craindras pas la terreur des nuits car tu connaîtras le jour sans déclin. Je chercherai ta vie, cachée dans les ténèbres et à l’ombre de la mort, je n’aurai de repos, jusqu’à ce qu’humilié et descendu jusqu’aux enfers pour t’y chercher, je t’aie reconduit dans le ciel." (extrait de In Domini corporis sepulturam cité dans J.R. Bouchet, Lectionnaire pour les Dimanches et pour les Fêtes, Cerf, 1994, pp. 182-183).

Grégoire le Grand

"Thomas, l’un des douze (dont le nom signifie Jumeau) n’était pas avec eux quand Jésus était venu. Ce disciple était le seul absent. A son retour, quand on lui raconta ce qui s’était passé, il ne voulut pas le croire. Le Seigneur vint une seconde fois, et il présenta au disciple incrédule son côté à toucher, lui montra ses mains et, en lui montrant les cicatrices de ses blessures, guérit en lui la blessure de l’incrédulité. Que remarquez-vous en tout cela, frères très chers ? Croyez-vous que tout cela se soit produit par hasard ? Que ce disciple choisi ait été d’abord absent ; qu’en arrivant ensuite il entende ce récit ; qu’en l’entendant, il doute ; qu’en doutant, il touche, et qu’en touchant il croie ?
Non, cela ne s’est pas produit par hasard, mais selon un plan divin. En effet, la clémence divine agit alors d’une manière admirable pour que ce disciple qui doutait, tandis qu’il touchait les blessures que son maître portait dans la chair, guérisse en nous les blessures de l’incrédulité. En effet l’incrédulité de Thomas a été plus avantageuse pour notre foi que la foi des disciples qui ont cru. Car, tandis que ce disciple, en touchant, est ramené à la foi, notre esprit, en dominant toute hésitation, est confirmé dans la foi ; […] ce disciple, en doutant et en touchant, est devenu témoin de la réalité de la résurrection […]
Il toucha donc, et il s’écria : Mon Seigneur et mon Dieu. Jésus lui dit : Parce que tu m’as vu, tu crois. Or, l’Apôtre Paul a dit : La foi est la manière de posséder déjà ce qu’on espère, et de connaître des réalités qu’on ne voit pas. Il est donc bien clair que la foi fait connaître ce qui ne peut pas se voir. Ce qu’on voit, en effet, ne produit pas la foi mais la constatation. Alors que Thomas a vu, lorsqu’il a touché, pourquoi lui est-il dit : Parce que tu m’as vu, tu as cru ? Mais ce qu’il a cru n’était pas ce qu’il a vu. Car la divinité ne peut être vue par l’homme mortel. C’est donc l’homme qu’il a vu, et c’est Dieu qu’il a reconnu en disant : Mon Seigneur et mon Dieu. Il a donc cru tout en voyant, puisqu’en regardant un vrai homme, il a proclamé que celui-ci était Dieu, et cela, il n’avait pas pu le voir.
Ce qui suit nous donne de la joie : Heureux ceux qui croient sans avoir vu ! Par cette phrase, c’est nous qui sommes spécialement désignés, nous qui nous attachons par l’esprit à celui que nous n’avons pas vu dans la chair. […] Car celui-là croit véritablement qui met en pratique, par ses actions, ce qu’il croit. Au contraire, Paul dit de ceux dont la foi est purement nominale : Ils font profession de connaître Dieu, mais par leurs actes ils le renient. Et Jacques : La foi sans les œuvres est morte..
(Homélie sur l’Evangile de Jean, 26, 7-9).

"Dans une construction, une pierre porte une pierre, puisqu'une pierre s'y pose sur une pierre, et que celle qui en porte une autre est portée par une autre. Ainsi, oui, ainsi dans la sainte Eglise, chacun porte un autre que lui, et il est porté par un autre que lui. Voisins, ils se supportent mutuellement, si bien que par eux s'élève l'édifice de la charité, d'où l'avertissement de Paul : Portez le fardeau les uns des autres, et vous accomplirez ainsi la loi du Christ (Ga 6, 2). Et il indique ce qui est la force secrète de la Loi : La plénitude de la Loi, c'est la charité (Rm 13, 10).
Si donc je n'ai pas à coeur de supporter votre conduite, et si vous dédaignez de tolérer la mienne, comment va s'élever l'édifice de notre mututelle charité, une réciproque dilection ne nous unissant pas par la patience ? Dans un édifice, comme nous venons de le dire, la pierre qui porte est portée ; si je tolère la conduite de ceux qui sont encore des commençants dans la pratique du bien, j'ai été moi-même toléré par ceux qui m'ont précédé dans la crainte du Seigneur et m'ont porté, de façon que, porté, j'apprenne à porter. Mais eux aussi ont été portés par leurs aînés.
Le poids total de l'édifice est porté, lui, par son fondement, car seul notre Rédempteur soutient le fardeau de nos vies à tous."
(Homélies sur Ezéchiel II, 1, 5, Sourc. Chrét. n° 360, pp. 59-61).

"Ceux qui, sans désirer le bien d'autrui, ne font pas largesse du leur, doivent bien savoir que la terre d'où est tirée ce bien est commune à tous les hommes, et que par conséquent elle offre à tous en commun de quoi les nourrir.
Ils se croient donc en vain irréprochables, ceux qui revendiquent le don commun de Dieu comme leur bien propre ; ceux qui, faute de donner ce qu'ils ont reçu, vont de meurtre en meurtre, parce qu'autant de fois qu'ils cachent chez eux ce qui pourrait nourrir des pauvres en train de mourir, autant de vies ils font périr chaque jour.
Quand nous procurons le nécessaire à ceux qui en ont besoin, nous leur rendons ce qui est leur bien, nous ne faisons pas largesse du nôtre ; nous acquittons une dette plus que nous n'accomplissons une oeuvre de miséricorde.
Aussi la Vérité a-t-elle dit elle-même, en parlant d'une précaution à avoir dans nos témoignages de miséricorde : Veillez à ne pas pratiquer votre justice devant les hommes ! (Mt 6, 1)".
(Règle pastorale III, 21 ; Sources chrétiennes n° 382, p. 395).

"Ayant ainsi parlé, il souffla sur eux et il leur dit : Recevez l’Esprit Saint (Jn 20, 22). Il faut nous demander pourquoi notre Seigneur a donné une fois l’Esprit Saint alors qu’il était sur la terre, et une fois alors qu’il siégeait dans le ciel. Il n’y a pas d’autre passage où l’on montre clairement l’Esprit Saint comme donné, sinon maintenant où il est reçu dans un souffle, et ensuite, quand venant du ciel, il se manifeste dans des langues distinctes.
Pourquoi donc est-il donné d’abord aux disciples sur la terre, puis envoyé du ciel, sinon parce qu’il y a une double loi de charité : l’amour de Dieu et l’amour du prochain ? L’Esprit est donné sur la terre pour qu’on aime le prochain ; l’Esprit est donné du ciel pour qu’on aime Dieu. Comme la charité est une et qu’il y a deux préceptes (cf. Mt 22, 37-39), de même, il y a un seul Esprit, mais deux façons pour lui d’être donné : d’abord par le Seigneur présent sur la terre, ensuite du ciel ; de fait, c’est dans l’amour du prochain que l’on apprend comment on doit parvenir à l’amour de Dieu."
(Homélies sur l’Evangile, II, 26, 3 (Sources chrétiennes, n° 522, Paris 2008, p. 141).

"Le cèdre a sa place dans l’Eglise, pour que quiconque l’approche respire la bonne odeur des vertus spirituelles, que ne s’émousse pas en lui l’attrait de la vie éternelle, qu’il s’enflamme au contraire de l’amour des dons célestes.
L’épine a sa place dans l’Eglise, pour que, à son exemple, celui qui a été touché de componction par la prédication de la parole apprenne lui aussi à toucher le cœur de ceux qui le suivent par cette même prédication de la parole.
Le myrte a sa place dans l’Eglise, pour que l’homme qui, dans le feu de l’épreuve, aura reçu de son prochain compatissant la parole et le secours qui consolent et tempèrent, apprenne lui-même comment apporter à son prochain affligé la consolation qui tempère la peine.
L’olivier a sa place dans l’Eglise, pour que celui qui expérimente l’active compassion d’autrui apprenne à compatir lui aussi à l’indigence de son prochain.
Le sapin a sa place dans l’Eglise, pour que quiconque reconnaît en lui la vigueur de la contemplation sente s’échauffer en lui le désir de contempler les récompenses éternelles.
L’orme a sa place dans l’Eglise ; quand on voit un homme subvenir aux besoins de gens riches des dons de l’esprit, sans pouvoir lui-même porter le fruit de ces dons, on doit soi-même pourvoir à la vie de saintes gens avec toute la générosité possible, et porter ainsi les grappes spirituelles qu’on ne peut produire soi-même.
Le buis a sa place dans l’Eglise ; si l’on remarque que beaucoup de gens encore faibles ont la verdeur de la vraie foi, qu’on rougisse d’être soi-même sans foi.
Comme, à l’intérieur de la sainte Eglise, il est des hommes de mœurs différentes, de classes différentes, il est indispensable que tous s’instruisent ensemble."
(Homélie 20 sur l’Evangile, 13, SC 485, Cerf, Paris, 2005, p. 471).

"Quand [le Seigneur dans l'Ecriture Sainte] se nomme Maître, il veut dire que nous avons été créés ; quand il se nomme Père, il veut dire que nous avons été adoptés ; quand il se nomme Epoux, il veut dire que nous lui avons été unis. Or le fait d'avoir été unis à Dieu est bien plus que d'avoir été créés et adoptés." (Commentaire sur le Cantique des Cantiques, 8 ; SC 314, p. 83).

"A votre avis, frères, qu’est-ce que l’amour, si ce n’est un feu ? Et le péché, si ce n’est comme de la rouille ? Voilà pourquoi ses nombreux péchés lui seront remis [Lc 7, 47] ; c’est comme si l’on avait dit : "Elle a mis entièrement le feu à la rouille du péché, parce qu’elle brûle du feu ardent de l’amour". La rouille du péché est d’autant plus largement décapée que plus fortement s’embrase le coeur du pécheur au feu de la charité." (Grégoire le Grand : Sermon 33).

"Celui qui reçoit des bienfaits, mais qui, à l’époque des bienfaits, ne redoute aucunement l’épreuve, se précipite dans l’orgueil sous l’effet de la joie. Celui qui est broyé par les épreuves mais qui, à l’époque des épreuves, ne trouve aucun réconfort dans les bienfaits qu’il a eu le bonheur de recevoir, voit s’anéantir son équilibre spirituel par un désespoir total.
Il faut donc joindre les deux, pour que l’un vienne toujours soutenir l’autre de telle sorte que le souvenir du bienfait reçu atténue la peine causée par l’épreuve, et que l’éventualité et la crainte de l’épreuve refrènent la joie du bienfait." (Commentaire moral du Livre de Job, 3, 16).

Les apôtres, "...qu’ont-ils abandonné à l’appel du Seigneur, et combien cela valait-il ? Ils n’avaient à peu près rien. Mais en pareil cas, frères très chers, nous devons prendre en compte l’attachement du cœur plus que la valeur marchande. Il a beaucoup laissé, celui qui n’a rien gardé pour lui ; il a beaucoup laissé, celui qui a tout abandonné, si peu que ce soit. Nous, bien sûr, nous sommes attachés à ce que nous avons, et par le désir cherchons ce que nous n’avons pas. Pierre et André ont donc abandonné beaucoup quand, l’un et l’autre, ils ont renoncé jusqu’au désir d’avoir. Il a abandonné beaucoup, celui qui a renoncé, en même temps qu’à son bien, à la convoitise. [...]
Nos biens extérieurs, même minimes, contentent le Seigneur. Il tient compte du cœur et non de la fortune. Il ne pèse pas scrupuleusement ce dont on lui fait offrande, mais l’amour avec lequel on agit. Car, à peser la valeur matérielle des choses, nos saints marchands ont acheté la vie éternelle des anges avec des filets et un bateau. Le royaume de Dieu n’a pas de prix, et pourtant il coûte exactement ce qu’on possède." (Homélies sur l’Evangile, V, 2 ; SC 485, pp. 169-171).

"Aux yeux de Dieu, une main n'est jamais vide de présents si le coeur est plein d'un trésor de bonne volonté, ce qui fait dire au psalmiste : "En moi, Dieu, sont les voeux dont je m'acquitterai, louanges pour toi [Ps 55, 13]. Cela revient à dire en clair : même si, au-dehors, je n'ai pas de présent à t'offrir, je trouve pourtant au-dedans de moi-même quelque chose à déposer sur l'autel de ta louange, car, si tu ne te nourris pas de nos dons, tu te laisses apaiser par l'offrande du coeur. On ne peut rien offrir à Dieu de plus précieux qu'une bonne volonté.
Or la bonne volonté, c'est redouter les revers pour un autre comme pour nous-mêmes, nous réjouir du succès du prochain comme de notre propre réussite ; c'est croire nôtres les pertes d'autrui, compter comme nôtres ses profits ; c'est aimer un ami non pour le monde mais pour Dieu, supporter un ennemi jusqu'à l'aimer ; c'est ne faire à personne ce qu'on ne voudrait pas subir, ne refuser à personne ce qu'on est en droit de désirer ; c'est non seulement courir au secours de notre prochain selon nos forces, mais vouloir lui être utile au-delà même de nos forces." (Homélies sur l'Evangile, V, 3).

"Heureux ceux qui croient sans avoir vu ! Par cette phrase, c'et nous qui sommes spécialement désignés, nous qui nous attachons par l'esprit à celui que nous n'avons pas vu dans la chair. [...] Car celui-là croit véritablement qui met en pratique, par ses actions, ce qu'il croit. Au contraire, Paul dit de ceux dont la foi est purement nominale : Ils font profession de connaître Dieu, mais par leurs actes ils le renient. Et Jacques : La foi sans les oeuvres est morte." (Homélie sur l'Evangile de Jean, 26, 9)

"Je veux vous inviter à tout abandonner, sans vous y obliger. Si vous ne pouvez pas abandonner entièrement le monde, retenez les biens de ce monde, mais de telle façon qu'ils ne vous retiennent pas dans le monde. Possédez, mais ne vous laissez pas posséder. Il faut que votre esprit domine ce que vous avez ; autrement, si votre esprit est vaincu par l'amour des biens terrestres, c'est plutôt lui qui sera possédé par les biens qui lui appartiennent." (Homélie sur l'Evangile, 36, 11)

Grégoire de Nazianze

"Si, de même qu’il y a un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême, un seul Dieu, le Père de tous et par tous et en tous (Ep 4, 5-6), il y avait une seule voie de salut, celle qui passe par la discussion et l’étude, et si ceux qui s’écartent de cette voie devaient perdre le tout et être rejetés loin de Dieu et de l’espérance de l’au-delà, rien ne serait plus risqué que de donner de tels conseils et de les suivre.
Mais il y a, dans les choses humaines, nombre de vies et d’options différentes, plus grandes ou moins grandes, plus brillantes ou moins brillantes, et il y a, de même, dans les choses divines, non pas un seul moyen de salut ni une seule voie pour la vertu, mais plusieurs, et la cause pour laquelle il existe de multiples demeures auprès de Dieu (cf. Jn 14, 2) – refrain qui est sur les langues de tous -, ce n’est pas autre chose que l’existence de plusieurs voies menant au but, alors, pourquoi délaissons-nous les voies les plus sûres pour nous tourner vers la seule qui est risquée, si glissante, et qui mène je ne sais où ?"
(Discours 32, 33, SC n° 318, Paris, 1985, pp. 153-155).

"Frères et bien aimés, ne soyons pas les mauvais économes des biens que l'on nous a confiés (cf. Lc 12, 41-48), si nous ne voulons pas entendre gronder la voix de Pierre : "Rougissez, vous qui retenez le bien d'autrui. Imitez l'équité de Dieu et il n'y aura plus de pauvres" (cf. 1 P 4, 10). Ne nous tuons pas à amasser de l'argent quand nos frères meurent de faim, pour ne point nous exposer à de sévères remontrances, comme aux paroles du divin Amos : "Prenez garde, vous qui dites : Quand le mois sera-t-il passé afin que nous vendions, et le sabbat écoulé, pour que nous ouvrions nos dépôts ?" (Am 8, 5). Et il menace encore de la colère de Dieu les marchands qui truquent leurs balances.
Imitons cette loi sublime et première d'un Dieu qui laisse tomber sa pluie sur les justes et sur les méchants et fait lever son soleil sur tous les hommes sans distinction (Mt 5, 45). Aux créatures qui vivent sur terre, il octroie d'immenses espaces, des sources, des fleuves, des forêts. Pour les espèces ailées, il crée l'air, et l'eau pour la faune aquatique. Il fournit en abondance pour chacun sa première subsistance. Et ses dons ne tombent pas aux mains des forts, ni ne sont mesurés par une loi, ni partagés entre des Etats. Tout est commun, tout est en abondance. Il ne donne rien qui ne soit grand. Ainsi honore-t-il l'égalité naturelle, par l'égal partage de ses grâces : ainsi révèle-t-il l'éclat de sa munificence."
(Discours 14 sur l'amour des pauvres, 24-25, in Riches et pauvres dans l'Eglise ancienne, Trad. F. Quéré, "Lettres chrétiennes", 2, Migne, 2011, pp. 152-153).

"La loi des hommes est injuste et inégale. Pourquoi donc ont-ils châtié la femme et laissé l’homme impuni ? L’épouse qui a déshonoré le lit de son mari est adultère, et la conséquence en est pour elle les dures sanctions des lois ; au contraire, l’homme qui est infidèle à sa femme n’encourt aucune peine. Je n’accepte pas cette législation ; je n’approuve pas cette coutume. Ce sont des hommes qui ont légiféré de la sorte ; voilà pourquoi cette législation est dirigée contre la femme ; ils ont placé aussi les enfants sous l’autorité des pères, et ils ont négligé les intérêts du sexe faible.
Dieu n’agit pas ainsi ; mais il dit : Honore ton père et ta mère (Ex 20, 12) – tel est le premier commandement, assorti de promesses – pour qu’il t’advienne du bien (Ep 6, 2) ; ensuite : Celui qui maudit son père ou sa mère, qu’il meure de mort (Ex 21, 17) ! Il a, à la fois, loué le bien et châtié le mal. Et encore : La bénédiction d’un père affermit les maisons des enfants ; mais la malédiction d’une mère déracine les fondations (Si 3, 11). Remarquez l’égalité de la législation : un unique créateur de l’homme et de la femme (Gn 1, 27) ; une unique poussière qu’ils sont tous les deux (Gn 3, 19) ; une image unique (Gn 1, 26-27), une loi unique, une mort unique (Gn 3, 19), une résurrection unique (1 Co 15, 21-23). Nous sommes nés à la fois de l’homme et de la femme ; unique est la dette des enfants à l’égard de ceux qui les ont engendrés."
(Discours 37, 6, SC 318, pp. 283-285).

"Il nous faut commencer par dire ceci : la divinité ne peut être désignée par aucun nom. Cela, non seulement les raisonnements le démontrent, mais encore les plus sages et les plus anciens Hébreux nous ont donné de quoi le conjecturer. Ayant pour honorer la divinité des caractères particuliers, ils n'ont pas supporté de voir ces mêmes lettres écrites pour n'importe quel autre être après Dieu, et même pour désigner Dieu, car ils pensaient que la divinité devait être sans rapport - et jusqu'à ce point - avec ce qui est nôtre ; quand auraient-ils accepté qu'un mot sujet à se dissoudre désignât la nature qui ne se dissout pas et qui est à part ?
Personne, en effet, n'a jamais respiré la totalité de l'air ; et la substance de Dieu, aucun esprit ne l'a conçue, aucun mot ne l'a embrassée entièrement, mais, d'après ce qui est autour de lui, nous nous faisons une esquisse de ce qui est en lui et nous composons une image à la fois obscure et faible, et diverse par ses divers éléments.
En tout cas, d'après ce que nous pouvons atteindre, les termes "Celui qui est" et "Dieu" sont plutôt, en quelque sorte, des noms de la substance, et surtout "Celui qui est" : il se désigna ainsi lui-même en rendant ses oracles à Moïse sur la montagne (cf. Ex 3, 14). Or, "ce qui est", c'est réellement le propre de Dieu."
(Discours 30, 17-18, SC 250

"Nous te bénissons maintenant, mon Christ, Verbe de Dieu, lumière de la lumière sans principe et dispensateur de l’Esprit, troisième lumière unie en une seule et même gloire !
Tu as dissipé les ténèbres, tu as produit la lumière, afin de tout créer dans la lumière et de rendre stable l’instable matière, en lui donnant forme dans le monde et sa belle harmonie d’aujourd’hui.
Tu as illuminé la pensée de l’homme par la raison et la sagesse, en plaçant ici-bas l’image de la splendeur d’en haut, afin que par la lumière il voie la lumière et devienne tout entier lumière.
C’est toi qui as fait briller le ciel de mille feux, toi qui as fait céder doucement la nuit au jour et le jour à la nuit selon ton ordre, rendant honneur à la loi de la fraternité et de l’amour.
Grâce à la nuit, tu mets fin à la fatigue de la chair qui peine tant ; grâce au jour, tu l’éveilles pour son ouvrage et pour les oeuvres que tu aimes, afin qu’en fuyant les ténèbres, nous devancions le jour, ce jour que la triste nuit ne fera pas sombrer.
Que la pensée, loin du corps, converse avec toi, Dieu, qui es Père, Fils et Saint-Esprit, à qui soit l’honneur, la gloire, la puissance dans les siècles. Amen.
(Grégoire de Nazianze : Hymne du soir, Poèmes, 1, 1, 32).

"Dieu n’a pas voulu que ses bienfaits nous fussent imposés de force, mais qu’ils fussent reçus volontairement. Aussi a-t-il agi comme un pédagogue ou un médecin, supprimant quelques traditions ancestrales, en tolérant d’autres… Ainsi, par des changements partiels, les hommes se sont trouvés comme furtivement entraînés vers l’Evangile. L’Ancien Testament a clairement manifesté le Père, obscurément le Fils. Le Nouveau a révélé le Fils et fait entendre la divinité de l’Esprit. Aujourd’hui, l’Esprit vit parmi nous et se fait plus clairement connaître. Il eût été périlleux, en effet, alors que la divinité du Père n’était point reconnue, de prêcher ouvertement le Fils ; et tant que la divinité du Fils n’était point admise, d’imposer, si j’ose dire, en surcharge, le Saint-Esprit. On eût pu craindre que, comme des gens chargés de trop d’aliments ou comme ceux qui fixent sur le soleil des yeux encore débiles, les fidèles ne perdissent cela même qu’ils avaient déjà acquis. Il fallait, au contraire, par des additions partielles et, comme dit David, par des ascensions de gloire en gloire, que la splendeur de la Trinité rayonnât progressivement." (Discours théologiques, cité in Jean-René Bouchet : Lectionnaire pour les dimanches et pour les fêtes, Cerf, 1994, pp. 235-236)

"Quel est, à mon sujet, ce nouveau mystère ? Je suis petit et grand, humble et élevé, mortel et immortel, terrestre et céleste, cela avec le monde, ceci avec Dieu, cela avec la chair, ceci avec l'esprit. Il faut que je sois enseveli avec le Christ, que je ressuscite avec le Christ, que je sois héritier avec le Christ, que je devienne fils de Dieu, que je sois appelé Dieu même !
Voilà ce que veut nous dire ce Dieu qui s'est fait homme et qui s'est fait pauvre pour nous, afin de ressusciter la chair, de sauver l'image, de recréer l'homme, afin que nous devenions tous un dans le Christ, qui s'est fait en nous tous absolument tout ce qu'il est précisément lui-même, pour que nous ne soyons plus homme ou femme, barbare ou Scythe, esclave ou homme libre, distinctions de la chair, mais pour que nous portions en nous-mêmes seulement l'empreinte divine, par laquelle et pour laquelle nous sommes nés, si bien formés et marqués par elle que par elle seule nous pouvons être reconnus." (Discours 7, Pour la mort de son frère Césaire, § 23, SC 405, Ed. du Seuil, 1995, p. 239-241)

"C'est en toi que nous reposons, Verbe de Dieu,
quand nous restons chez nous : à toi nous attachons notre loisir.
Assis, nous sommes à toi ; à toi en nous levant et en nous arrêtant ;
à toi encore quand nous partons ; et maintenant, c'est sur tes indications
que nous marchons droit devant nous. Mais puisses-tu m'envoyer
l'un de tes anges pour me guider, un accompagnateur favorable
qui me conduirait au moyen d'une colonne de feu et de nuée,
qui d'un mot fendrait la mer et arrêterait les cours d'eau,
qui dispenserait avec largesse une nourriture venue d'en haut comme d'en bas.
La croix, tracée par mes mains, réfrénerait l'audace
des ennemis..."
(extrait des Oeuvres poétiques : "Vers du même. Sur la route", "Les Belles Lettres", 2004, p.46)

"Ce n'est pas à tout le monde, sachez-le, ce n'est pas à tout le monde qu'il appartient de discuter sur Dieu; ce n'est pas quelque chose qui s'achète à bas prix et qui est le fait de ceux qui se traînent à terre. J'ajouterai: ce n'est ni toujours, ni devant n'importe qui, sur toute chose que l'on peut discuter, mais à certains moments, devant certaines personnes et dans une certaine mesure. Ce n'est point à tout le monde qu'il appartient de discuter sur Dieu, mais à ceux qui sont déjà éprouvés, qui sont avancés dans la contemplation et qui, avant tout, ont purifié leur âme et leur corps, ou tout au moins travaillent à les purifier. En effet, toucher la Pureté, sans être pur, c'est peut-être aussi imprudent que de regarder un rayon de soleil avec des yeux malades." (Premier discours théologique (Discours 27), 3)

"Alors que lui, notre Dieu et notre Seigneur, n'a pas honte d'être appelé notre Père, allons-nous renier nos frères ?" (Homélie sur l'Amour des Pauvres, 14, 24)

"Dieu n’a pas voulu que ses bienfaits nous fussent imposés de force, mais qu’ils fussent reçus volontairement. Aussi a-t-il agi comme un pédagogue ou un médecin, supprimant quelques traditions ancestrales, en tolérant d’autres… Ainsi, par des changements partiels, les hommes se sont trouvés comme furtivement entraînés vers l’Evangile. L’Ancien Testament a clairement manifesté le Père, obscurément le Fils. Le Nouveau a révélé le Fils et fait entendre la divinité de l’Esprit. Aujourd’hui, l’Esprit vit parmi nous et se fait plus clairement connaître." (Grégoire de Nazianze, Discours théologiques, d’après J.R. Bouchet, Lectionnaire pour les dimanches et pour les fêtes, Cerf, 1994, p. 235)

"Le Christ est ressuscité d'entre les morts, levez-vous, vous aussi. Le Christ qui dormait s'éveille, éveillez-vous. Le Christ sort du tombeau, libérez-vous des chaînes du péché ! Les portes de l'enfer s'ouvrent, la mort est détruite, le vieil homme est déposé, et le nouveau, enfin libéré : Puisque vous êtes devenus dans le Christ une créature nouvelle, renouvelez-vous : C'est la Pâque du Seigneur, la Pâque du Seigneur, je le dirai une troisième fois en l'honneur de la Trinité, c'est la Pâque du Seigneur ! C'est la fête des fêtes, la solennité des solennités, qui surpasse non seulement les fêtes humaines, mais même celles du Christ, comme la lumière du soleil surpasse celle des étoiles. C'est le jour de la résurrection et le commencement de la vraie vie. Eclatons de lumière et de joie en cette fête et embrassons-nous mutuellement." (Homélie pour la fête de Pâques, cité in J.R. Bouchet : Lectionnaire pour les dimanches et pour les fêtes, Cerf, 1994, p. 201)

"Dieu qui enrichit les autres s'appauvrit, car il adopte la pauvreté de ma chair pour que moi je m'enrichisse de sa divinité. Lui qui est plénitude s'anéantit, il se dépouille de sa propre gloire pour un peu de temps, afin que moi, je participe à sa plénitude." (Homélie 45 : extraits donnés dans Livre des jours, Le Cerf - Desclée de Brouwer - Desclée - Mame, 1975, pp. 11-12)

"Il n'était pas prudent, quand on ne confessait pas encore la divinité du Père, de proclamer ouvertement le Fils et, quand la divinité du Fils n'était pas encore admise, d'ajouter l'Esprit-Saint comme un fardeau supplémentaire - pour employer une expression un peu hardie - ; sinon, accablés pour ainsi dire par une nourriture trop lourde, et dirigeant vers la lumière du soleil des yeux encore trop faibles, les hommes auraient risqué de perdre toutes leurs possibilités ; au contraire, par les adjonctions partielles, par des "ascensions" suivant le mot de David, par des avancées et des progressions "de gloire en gloire", la lumière de la Trinité éclatera en plus brillantes clartés. [...]
"Il est une idée que d'autres peut-être ont eue déjà, mais qui me paraît le fruit de ma propre réflexion ; je vais l'ajouter à ce qui vient d'être dit. Le Sauveur avait comblé ses disciples d'une multitude d'enseignements, mais il en avait certains qui ne pouvaient pas, disait-il, être portés par eux à ce moment, sans doute pour les causes que j'ai indiquées ; c'est pourquoi il les tenait secrets. Et il ajoutait que tout nous serait enseigné par l'Esprit, lors de sa venue. L'un de ces enseignements était, je crois, la divinité même de l'Esprit, éclaircie plus tard, à un moment où la connaissance en était désormais opportune et possible à saisir, après le rétablissement du Sauveur dans sa gloire, car on ne lui refusait plus créance à cause de cette merveille. Lui-même aurait-il pu promettre, ou l'Esprit-Saint aurait-il pu enseigner quoi que ce soit de plus grand ? Si vraiment il est une chose que l'on doive tenir pour grande et digne de la magnificence de Dieu, c'est cette promesse ou cet enseignement.
Telle est la pensée que j'ai sur ces questions. Puissé-je l'avoir encore, ainsi que mes amis, et vénérer Dieu le Père, Dieu le Fils et Dieu le Saint-Esprit, trois propriétés, une divinité, sans division de gloire, d'honneur, de substance et de royauté !"
(Discours théologiques, 31, 26-28)

"Imitons cette loi sublime et première d'un Dieu qui laisse tomber sa pluie sur les justes et sur les méchants et fait lever son soleil sur tous les hommes sans distinction. Aux créatures qui vivent sur terre, il octroie d'immenses espaces, des sources, des fleuves, des forêts. Pour les espèces ailées, il crée l'air, et l'eau pour la faune aquatique. Il fournit en abondance pour chacun sa preière subsistance. Et ses dons ne tombent pas aux mains des forts, ni ne sont mesurés par une loi, ni partagés entre des états. Tout est commun, tout est en abondance. Il ne donne rien qui ne soit grand. Ainsi honore-t-il l'égalité naturelle, par l'égal partage de ses grâces : ainsi révèle-t-il l'éclat de sa munificence." (Discours, 14, 25, De l'amour des Pauvres, in A.G. Hamman, Riches et pauvres, pp. 122-123).

""Heureux les miséricordieux, dit le Seigneur : ils obtiendront miséricorde ! La miséricorde n'est pas la moindre des béatitudes. [...] La nuit elle-même ne doit pas arrêter ta miséricorde [...] Ton mérite est doublé par ta promptitude. Le don fait avec chagrin et par contrainte n'a ni grâce ni éclat. C'est avec un coeur en fête, non en se lamentant, qu'il faut faire le bien." (Homélie sur l'amour des pauvres, 14, 38-40).

"L'Incarnation : "[Le Verbe de Dieu] qui enrichit les autres s'appauvrit, car il adopte la pauvreté de ma chair pour que moi je m'enrichisse de s adivinité. Lui qui est plénitude s'anéantit, il se dépouille de sa propre gloire pour un peu de temps, afin que moi, je participe à sa plénitude." (Homélie pour la Pâque, 45)

Grégoire de Nysse

"L’exhortation à la vertu t’invite à faire de ta vie un psaume qui ne résonne pas des bruits de la terre – par bruits, je veux dire les pensées -, mais produise le son pur et parfaitement audible qui vient des hauteurs et des régions célestes.
En entendant le mot "chant", nous comprenons, de manière figurée, la bonne tenue extérieure de la vie. L’air de la mélodie qui sort des instruments de musique est seul à parvenir aux oreilles, les paroles qui sont chantées, par elles-mêmes, ne sont pas unies aux sons, tandis que, dans le chant, l’un et l’autre sont rassemblés : ainsi en va-t-il également de ceux qui poursuivent la vertu. Pour ceux qui mènent avec ferveur une vie morale, leur bonne tenue extérieure est comme un langage qui publie la belle harmonie de leur vie.
La prière n’est pas affaire de mots, mais de vie."
(Sur les titres des Psaumes II, iii, 32 ("Sources chrétiennes" n° 466, Cerf, Paris 2002, p. 281-283).

"« Tout ce que […] nous pouvons percevoir de la nature divine dépasse les limites de notre condition mais l’humilité nous est connaturelle et nous est commune avec tous ceux qui vivent sur terre, façonnés de la glèbe à laquelle ils retournent (cf. Gn 2,7 et 3, 19) Si donc tu imites Dieu en ce qui est conforme à ta nature et ne dépasse pas tes ressources, il revêts comme un vêtement la forme bienheureuse de Dieu.
Qu’on ne s’imagine pas qu’il est aisé et facile d’acquérir l’humilité. Au contraire, ceci est plus difficile que l’acquisition de toute autre vertu. Pourquoi ? Parce qu’à l’heure où se reposait l’homme qui avait semé le bon grain, l’ennemi sema la part la plus considérable de la semence, l’ivraie de l’orgueil, qui a pris racine en nous (Mt 13, 25).
Comme celui qui se précipita dans la faute, tout le malheureux genre humain à sa suite fut entraîné dans la même chute. Il n’existe pas de ce fait désastre plus grave pour notre nature que l’orgueil.
Comme presque tous les hommes sont naturellement portés à la superbe, le Seigneur commence les Béatitudes, en écartant le mal initial de l’orgueil et en conseillant d’imiter le véritable Pauvre volontaire qui en vérité est bienheureux de manière à lui ressembler, selon notre pouvoir, par une pauvreté volontaire pour avoir part à sa propre béatitude…."
(Les béatitudes, I, 4).

"[Paul] nous a révélé ce que signifie le titre de Christ, lorsqu'il nous dit que le Christ est puissance de Dieu et sagesse de Dieu ; en outre, il l'a appelé paix et lumière inaccessible où Dieu habite, sanctification et rédemption, grand prêtre, agneau pascal, pardon pour les âmes, lumière éclatante de la gloire, expression parfaite de la substance, créateur des mondes, nourriture et boisson spirituelle, rocher et eau, fondement de la foi, pierre angulaire, image du Dieu invisible, grand Dieu, tête du corps qui est l'Eglise, premier-né avant toute créature, prémices de ceux qui se sont endormis, premier-né d'entre les morts, premier-né d'une multitude de frères, médiateur entre Dieu et les hommes, Fils unique couronné de gloire et d'honneur, Seigneur de gloire, commencement de ce qui existe, [...] roi de justice et ensuite roi de paix, et roi de tous les hommes, avec une puissance royale sans aucune limite. Il y a encore beaucoup de noms à ajouter à ceux-là, et leur nombre les rend difficiles à compter. Mais si nous rassemblons tous ces noms et si nous rapprochons leurs diverses significations, ils nous montreront tout ce que signifie le nom de Christ, si bien que nous pourrons comprendre toute la grandeur de ce nom inexprimable.
[...] Puisque nous avons reçu communication du plus grand, du plus divin et du premier de tous les noms, au point que nous sommes honorés du titre même de Christ en étant appelés "chrétiens", il est nécessaire que tous les noms qui traduisent ce mot se fassent voir aussi en nous, afin qu'en nous cette appellation ne soit pas mensongère, mais qu'elle reçoive le témoignage de notre vie."
(Traité sur la perfection chrétienne, Introduction).

"Pesant est l’or, pesant tout ce qui concourt à nous enrichir. Légère est la vertu, elle nous élève sans cesse. Poids et légèreté s’excluent. Il n’est pas possible à qui est alourdi par la matière de se sentir l’âme légère.
Si donc nous voulons nous élever, désencombrons-nous de ce qui nous tire vers le bas, pour pouvoir atteindre Celui qui est dans les hauteurs. Le psalmiste nous apprend comment y parvenir : "Il a semé et distribué aux pauvres ; sa justice demeure d’éternité en éternité" [Ps 111, 9]."
(Les Béatitudes, I, 7, "Les Pères dans la foi", n° 10, p. 38.)

"L’exhortation à la vertu t’invite à faire de ta vie un psaume qui ne résonne pas des bruits de la terre – par bruits, je veux dire les pensées -, mais produise le son pur et parfaitement audible qui vient des hauteurs et des régions célestes.
En entendant le mot "chant", nous comprenons, de manière figurée, la bonne tenue extérieure de la vie. L’air de la mélodie qui sort des instruments de musique est seul à parvenir aux oreilles, les paroles qui sont chantées, par elles-mêmes, ne sont pas unies aux sons, tandis que, dans le chant, l’un et l’autre sont rassemblés : ainsi en va-t-il également de ceux qui poursuivent la vertu. Pour ceux qui mènent avec ferveur une vie morale, leur bonne tenue extérieure est comme un langage qui publie la belle harmonie de leur vie.
La prière n’est pas affaire de mots, mais de vie." (Sur les titres des Psaumes II, iii, 32 (Sources chrétiennes 466, Cerf, Paris 2002, p. 281-283).

"Supposons quelqu'un qui, par la pleine chaleur de midi, chemine, la tête brûlée des rayons du soleil, toute l'humidité de son corps aspirée par cette flamme, le sol est rude que foulent ses pieds, la route est rocailleuse, aride. Mais voici tout à coup qu'il rencontre une fontaine dont les eaux sont limpides et coulent transparentes ; ses flots en abondance lui offrent doucemnt d'étancher sa soif. Va-t-il s'asseoir près de cette source et se mettre à philosopher sur sa nature, à en scruter l'origine, le comment et le pourquoi, examinant avec soin les questions que se posent les faiseurs de vains discours, à savoir qu'une vapeur venue d'en haut, dans les profondeurs de la terre bondit et devient un filet d'eau, ou que les veines de la terre, débordant des profondeurs d'en bas, s'écoulent pour jaillir en source ? Ou plutôt, congédiant tout cela, ne se penchera-t-il pas pour approcher ses lèvres des eaux vives, rafraîchir sa bouche, combler son désir et remercier celui qui lui a fait ce don ?
Imite donc, à ton tour, cet assoiffé. Rappelle-toi ce qui a été dit et comme on l'a dit : Heureux ceux qui ont soif [Mt 5, 6]"
(Sermon pour son ordination in "Les Pères dans la foi", n° 46, Migne, 1991, pp. 60-61).

"La santé du corps est un bien pour la vie humaine. Or, on est heureux non seulement de connaître la définition de la santé, mais de vivre en bonne santé. Car si un homme fait l'éloge de la santé et prend une nourriture malsaine qui lui gâte le sang, quel profit trouvera-t-il à ces éloges tandis qu'il est tourmenté par la maladie ? Comprenons de la même manière l'affirmation que nous avons discutée. Le Seigneur Jésus ne dit pas qu'on est heureux de savoir quelque chose au sujet de Dieu, mais qu'on est heureux de le posséder en soi-même. En effet, heureux les coeurs purs, car ils verront Dieu. Il ne pense pas que Dieu se laisse voir face à face par celui qui aura purifié le regard de son âme. Mais peut-être la noblesse de cette parole nous suggère-t-elle ce qu'une autre parole exprime plus clairement : Le Royaume de Dieu est au-dedans de vous. Voici ce qu'elle nous enseigne : celui qui a purifié son coeur de toute créature et de tout attachement déréglé voit l'image de la nature divine dans sa propre beauté." (Homélie sur les Béatitudes, 6).

Qu'est-ce que se dire chrétien ?"
"Il est bien possible qu'en cherchant à répondre à cette question, nous ne perdions pas notre temps. Car si nous arrivions à trouver précisément la signification de ce nom, cela nous aiderait grandement à vivre d'une manière vertueuse en nous efforçant par une conduite élevée d'être véritablement ce dont nous portons le nom. C'est un peu comme si quelqu'un avait le désir de se voir appeler médecin ou rhéteur ou géomètre, il n'accepterait pas que ce titre lui soit contesté sous le prétexte d'incompétence, parce qu'à l'expérience on ne l'aurait pas trouvé tel qu'on le nomme. Tout au contraire, celui qui veut que l'un de ces titres lui soit reconnu, pour que cette appellation ne soit pas entachée de fausseté, authentifiera cette façon de l'appeler en exerçant son art. C'est la même chose pour nous. Si nos recherches nous amenaient à trouver ce que vise véritablement la professiond e foi chrétienne, nous ne choisirions pas de ne pas être ce que ce nom annonce à notre propos..." (La profession chrétienne)

"Si tu purifies par un effort de vie parfaite, les souillures attachées à ton coeur, la beauté divine brillera de nouveau en toi. C'est ce qui arrive avec un morceau de fer, lorsque la meule le débarrasse de sa rouille. Auparavant il était noirci, et maintenant il brille et rayonne au soleil.
De même l'homme intérieur, que le Seigneur appelle "le coeur", lorsqu'il aura enlevé les taches de rouille qui altéraient et détérioraient sa beauté, retrouvera la ressemblance de son modèle, et il sera bon. Car ce qui ressemble à la Bonté est nécessairement bon.
Donc celui qui se voit lui-même découvre en soi l'objet de son désir. Et ainsi celui qui a le coeur pur devient heureux parce que en découvrant sa propre pureté, il découvre, à travers cette image, son modèle. Ceux qui voient le soleil dans un miroir, même s'ils ne fixent pas le ciel, voient le soleil dans la lumière du miroir aussi bien que s'ils regardaient directement le disque solaire. De même vous, qui êtes trop faibles pour saisir la lumière, si vous vous retournez vers la grâce de l'image établie en vous dès le commencement, vous possédez en vous-même ce que vous recherchez."
(Homélies sur les Béatitudes, 6).

"Ceux qui filtrent le vin n'en méconnaissent pas l'utilité, et une fois purifié, ils boivent du bon vin. De même, attentif et conscient de ce qui est étranger à notre nature, le Verbe avec la finesse de sa psychologie n'a pas exclu la faim de notre vie, parce qu'elle en assure la conservation ; mais il l'a filtrée, lui aussi, en rejetant le superflu, en disant : celui-là connaît le pain de vie qui concilie la parole de Dieu et les besoins de la nature." (Homélies sur les Béatitudes, 4, Migne - Les Pères dans la foi, pp. 62-63).

"Puisque nous avons reçu communication du plus grand, du plus divin et du premier de tous les noms, au point que nous sommes honorés du titre même de Christ en étant appelés "chrétiens", il est nécessaire que tous les noms qui traduisent ce mot se fassent voir aussi en nous, afin qu'en nous cette appellation ne soit pas mensongère, mais qu'elle reçoive le témoignage de notre vie." (Traité sur la perfection humaine)

"L’impression que l’on éprouve lorsque, du haut d’un promontoire, lorsqu’on jette les yeux sur l’immensité de la mer, mon esprit la ressent quand, du haut des paroles escarpées du Seigneur, comme du sommet d’une falaise, il contemple l’abîme infini de ses contours.
On voit souvent au bord de la mer, s’élever un de ces éperons rocheux qui offrent aux flots une surface abrupte du haut jusqu’en bas et dont la crête surplombe l’abîme. Le vertige que l’on ressent de cette hauteur, en jetant les yeux sur les gouffres marins, mon âme l’éprouve aussi aujourd’hui, où cette grande parole du Seigneur la dresse au-dessus des abîmes : Heureux les cœurs purs : ils verront Dieu [Mt 5, 8]." (Grégoire de Nysse : Les Béatitudes, VI, 1-2, in « Les Pères dans la Foi » n° 10, Migne, pp. 81-82).

"…de commencements en commencements, vers des commencements qui n'ont pas de fin", (8e Homélie sur le Cantique des cantiques)

"Celui qui monte ne s'arrête jamais, allant de commencement en commencement, et le commencement des biens toujours plus grands n'a jamais de fin. Jamais le désir de celui qui progresse ne s'en tient au bien déjà connu : un autre désir, plus intense, puis un autre, encore plus profond, par la suite, poussent l'âme qui s'élève sans cesse sur la route de l'infini, par des biens toujours supérieurs." (Le Cantique des Cantiques, Homélie 8)

"De deux aveugles, l'un est né avec cette infirmité, l'autre a connu la lumière mais a perdu la vue dans un accident malencontreux. Le sort ne les fait pas souffrir de la même manière. Celui qui sait ce qui lui fait défaut souffre de se voir dépossédé de la vue ; l'autre qui n'a jamais connu jusqu'à présent pareil bienfait, passera sa vie sans s'affliger ; comme il a toujours vécu dans l'obscurité, il ne s'imaginera pas être privé d'un bien.
Le premier aspirera passionnément par tous les moyens à retrouver le bienfait de la lumière pour obtenir ce dont il se sait privé cruellement. Le second vivra dans la nuit, jusqu'à sa vieillesse, et, faute d'avoir connu la lumière, considère son état comme un bien.
Il en est de même de celui qui a compris quels sont les véritables biens, en même temps que sa misère - il se considèrera malheureux et sera dans la tristesse, parce qu'actuellement il a perdu ce bien.
Ce ne sont pas les larmes que le Verbe appelle bienheureuses mais la connaissance du bien et la douceur de se savoir privé de ce qu'on cherche." (Les Béatitudes, 3e Béatitude, 3)

"Il n'est pas difficile de comprendre pourquoi notre texte appelle bienheureux ceux qui souffrent, car ils seront consolés pour l'éternité. Nous puisons la consolation dans la communion avec le Consolateur." (Béatitudes, 3e Béatitude, 6).

Guerric d'Igny

"L'impur passera-t-il par la voie sainte ? A Dieu ne plaise ! Quelque souillé qu'il soit en y venant, ce n'est pourtant pas souillé qu'il y passera ; car, dès lors qu'il y passe, aussitôt il n'est plus souillé. La voie sainte, en effet, est ouverte à l'homme encore souillé ; mais, aussitôt introduit, elle le purifie en effaçant tout ce qu'il a commis, tel un second baptême de pénitence. Ici, en vérité, ce n'est pas Jean, mais Jésus qui baptise (Jn 1, 33) du baptême de pénitence. Ici nous est accessible la source de la maison de David pour l'ablution du pécheur et de la femme souillée (Zacharie 13, 1). Cette voie accueille donc celui qui est souillé, mais elle ne le laisse point passer ainsi, car elle est la voie étroite (Mt 7, 14) et, pour ainsi dire, le trou resserré où le serpent en mue peut s'engager avec sa vieille peau, mais dont il ne peut sortir avec elle : il ressort de l'étroit passage renouvelé et mieux vêtu de sa nudité même, débarrassé de son ancienne saleté. C'est donc avec raison qu'on nous demande d'imiter la prudence du serpent, puisque nous ne pouvons être renouvelé autrement qu'en étant mis à l'étroit dans un passage resserré."
(Ve Sermon pour l'Avent, 5, Sources chrétiennes n° 166, p. 161).

"Voici venue désormais la plénitude du temps (Gal. 4, 4).
Cherche la plénitude du temps dans la profusion, non des biens temporels, mais des biens éternels, non des récoltes des champs, mais de celles des cieux. Si les cieux répandent d'en haut leur rosée et que les nuées font pleuvoir le juste, si la terre germe le Sauveur et que la justice naît avec lui (Is 45, 8), si enfin ces jours du Seigneur voient naître non seulement la justice, mais encore l'abondance de la paix (Ps 71, 7), ne sois pas en quête de temps plus heureux. Le royaume de Dieu n'est en effet rien d'autre que la justice et la paix, avec la joie dans l'Esprit-Saint (Rm 14, 17) qui en résulte. Même pour les temps que nous vivons, un tel état de choses est considéré comme le meilleur et le plus beau : d'une part la justice règle les moeurs ; de l'autre, l'abondance, unie à la paix, procure une vie tranquille et joyeuse. Enfin, la terre est emplie de la miséricorde du Seigneur (Ps 32, 5), le Seigneur a couronné l'année de ses bienfaits et ses champs regorgent (Ps 64, 12) de toute grâce spirituelle."
(4e Sermon pour la Nativité, 1, SC n° 166, pp. 205-207)

"Le Christ Seigneur, il ne s’agit pas seulement de l’inviter, mais de l’attirer, par la violence de la prière et par la véhémence de la ferveur, dans l’hôtellerie du cœur, suivant l’exemple des deux disciples dont l’Evangile nous rapporte l’histoire. Et lui, s’il fait parfois semblant d’aller plus loin (Lc 24, 28), ce n’est assurément pas pour autre chose que pour éprouver la ferveur de ta charité. De même, les deux anges faisaient semblant de refuser, tandis que Loth, les ayant salués, les conjurait d’entrer. "Pas du tout, disaient-ils, nous resterons sur place !" Mais que dit ensuite l’Ecriture Loth les contraignit avec force pour les amener chez lui (Gn 19, 2-3). Pieuse violence, qui s’empare du Royaume des cieux (Mt 11, 12) ! Louable importunité, qui nous permet d’obtenir pour hôte le Christ ou des anges !
Toi aussi, si le souffle de la grâce semble s’éloigner de toi, ne désespère pas, mais insiste avec importunité jusqu’à * ce qu’il réponde : Grande est ta foi ! Qu’il te soit fait selon ta demande (Mt 15, 28).
(Troisième Sermon pour l’Avent, 3, SC 166, p. 129).

"Le Christ Seigneur, il ne s’agit pas seulement de l’inviter, mais de l’attirer, par la violence de la prière et par la véhémence de la ferveur, dans l’hôtellerie du cœur, suivant l’exemple des deux disciples dont l’Evangile nous rapporte l’histoire. Et lui, s’il fait parfois semblant d’aller plus loin (Lc 24, 28), ce n’est assurément pas pour autre chose que pour éprouver la ferveur de ta charité. De même, les deux anges faisaient semblant de refuser, tandis que Loth, les ayant salués, les conjurait d’entrer. "Pas du tout, disaient-ils, nous resterons sur place !" Mais que dit ensuite l’Ecriture : Loth les contraignit avec force pour les amener chez lui (Gn 19, 2-3). Pieuse violence, qui s’empare du Royaume des cieux (Mt 11, 12) ! Louable importunité, qui nous permet d’obtenir pour hôte le Christ ou des anges !
Toi aussi, si le souffle de la grâce semble s’éloigner de toi, ne désespère pas, mais insiste avec importunité jusqu’à ce qu’il réponde : Grande est ta foi ! Qu’il te soit fait selon ta demande (Mt 15, 28)."
(Guerric d’Igny : Troisième Sermon pour l’Avent, 3, SC 166, p. 129).

"... lorsque tu invites Jésus, prends garde à ne pas inviter le Dieu de Majesté dans une hôtellerie sordide et indigne, où tu ne peux toi-même habiter dans le calme à cause d'une épouse acariâtre, ou de la fumée, ou de la pluie qui pénètre [Prov. 19, 13 ; 27, 15]. Sa demeure ne peut être ailleurs que dans la paix [Ps 75, 3], et seuls la justice et le jugement lui préparent un trône [Ps 88, 15]. "Voici, est-il écrit, qu'ils me cherchent de jour en jour et veulent connaître mes voies, comme une nation qui aurait pratiqué la justice et n'aurait pas abandonné le droit de son Dieu." [Is 58, 2] "La justice et le droit, est-il encore écrit, lui préparent un trône." Ne cherche pas à t'excuser, disant qu'il est trop coûteux et trop au-dessus des ressources de ta pauvreté de préparer une demeure à un hôte si noble et si puissant. Tu as sous la main ce qu'il te faut pour cela. Je ne dirai rien qui dépasse les forces humaines, en raison de l'infirmité de ta chair [Rm 6, 19], ou plutôt de l'étroitesse de ton esprit. Fais des aveux complets pour le passé, et aie bonne volonté pour l'avenir, puisque la paix est promise aux hommes de bonne volonté [Lc 2, 14] ; et par ce jugement et cette justice, tu auras préparé un trône au Très-Haut."
(Troisième Sermon pour l'Avent, 4).

"Combien misérable, combien stupide et sot, mieux encore, combien hostile et nuisible à soi-même, l'animal qui se laisse frustrer de ce jour qui est bon et laisse échapper une parcelle du don qui est bon ! Par là, il se rend étranger à la grâce céleste qui lui est proposée, et laisse passer, le coeur triste et à jeûn, le jour de la réfection et de la joie parfaite. C'est comme si la plénitude surabondante du temps n'était pas encore venue, comme si le pain céleste n'avait pas encore empli les crèches des simples et des humbles. La Sagesse vise un tel homme, hostile et nuisible à soi-même, ingrat et insolent vis-à-vis de Dieu, lorsqu'elle dit : "L'oeil mauvais se tourne vers le mal et ne sera pas rassasié de pain. Il restera affamé et triste devant sa table" [Siracide 14, 10]. Pourquoi son âme ne sera-t-ele pas rassasiée de pain ? Parce que son oeil se tourne vers le mal. Et son oeil ne se retournera pas non plus pour voir le bien, pour contempler avec piété et avec foi les mets qui lui sont servis à la large table du riche. "Funeste en effet, est-il écrit, l'oeil de l'envieux : il détourne sa face et méprise son âme." [Sir. 14, 8].
N'en doutons pas, mes frères, si nous ne détournons pas notre face de la contemplation de celui qui gît dans la crèche, nous pouvons, par le seul regard, être bienheureusement nourris, et nous dirons : "Le Seigneur me nourrit et rien ne me manquera ; il m'a placé ici dans un vrai paturage" [Ps 22, 1-2]. Alors nous saurons clairement qu'est venue la toute désirable plénitude du temps auquel Dieu a envoyé son Fils, grâce à qui nous sommes déjà remplis d'une telle plénitude de biens..." (4e Sermon pour la Nativité, 5).

"... si tu as préparé au Seigneur une voie immaculée, il daignera souvent y poser ses pas et allongera tes propres pas, pour que, le coeur dilaté, tu coures dans la voie des commandements, dont tu te plaignais peut-être de trouver étroite l'entrée. C'est que la Sagesse, selon son propre témoignage, se promène sur les sentiers de la justice ; et "qui se saisit de la justice, la trouvera, et elle viendra à sa rencontre comme une mère très honorée" [Sir 15, 1-2]. Elle s'en va partout à la recherche de ceux qui sont dignes d'elle, et "sur ses sentiers elle leur montre un visage joyeux, allant au-devant d'eux en toute prudence." [Sag 6, 17]. Si tu as à te plaindre de ce qu'elle ne vient à toi que rarement ou jamais, examine si tu n'aurais pas corrompu ta voie..." (Troisième Sermon pour l'Avent, 3).

« ... puisqu’il ne faut pas que le délai imposé à l’espérance attiédisse notre foi ou rende inquiète notre patience, et que nous devenions alors semblables à ceux qui croient pour un temps et qui se retirent au moment de la tentation, voilà ce que nous crie du haut du ciel celui qui donne la foi, puis l’ayant donnée, l’éprouve, et enfin, l’ayant éprouvée, la couronne : "Que celui qui croira ne soit pas pressé" [Is 28, 16], à savoir : de contempler l’objet de sa foi. En effet, si nous espérons une chose que nous ne voyons pas encore, nous l’attendons avec patience. [...] Oui, attendre vraiment le Seigneur, c’est lui conserver notre foi, et quoique privés de la consolation de sa présence, ne pas suivre le séducteur, mais demeurer suspendu à son retour."
(Premier Sermon pour l’Avent, 3 ; SC 166, p. 99).

"... Sois prêt; véritable Israël, à aller à la rencontre du Seignuer ! Non seulement sois prêt à lui ouvrir lorsqu'il sera là et frappera à la porte, mais encore va-t'en allègrement et joyeusement à sa rencontre tandis qu'il est encore loin, et ayant pour ainsi dire pleine confiance pour le jour du jugement, prie de tout coeur pour que son règne vienne. Si donc tu veux alors être trouvé prêt, prépare-toi avant le jugement une justice comme le conseille le Sage. Sois donc prêt à accomplir toute bonne oeuvre [Tite 3, 1], et ne le sois pas moins à endurer tous les maux, afin que ta bouche puisse chanter, sans que ton coeur le démente : "Mon coeur est prêt, ô Dieu, mon coeur est prêt !" Prêt avec ton secours à accomplir toute justice, et prêt à supporter toute injustice ; si bien prêt aux deux, que je chanterai et que je psalmodierai dans ma gloire [Ps 107, 2], c'est-à-dire que pour l'un et l'autre je me répandrai en louange et me glorifierai." (Troisième Sermon pour l'Avent, 2 ; SC 166, pp. 123-125).

"Si donc tu t’es enfui au loin et t’es fixé au désert [Ps 54, 8], restes-y, et attends là celui qui te sauvera de la pusillanimité d’esprit et de la tempête [Ps 54, 9]. Quelles que soient les guerres qui fondront sur toi en tempête, quelle que soit la pénurie dont tu auras à souffrir au désert, même en fait de nourriture, ne retourne pas en Egypte par la pensée, cédant à la pusillanimité d’esprit. Le désert te nourrira mieux avec la manne, je veux dire avec le pain des anges, que l’Egypte avec des marmites pleines de viande [Ex 16, 3-4]. Au désert, Jésus, lui, jeûna ; mais quant à la multitude qui le suivait dans la solitude, il l’y a nourrie plusieurs fois et d’une façon merveilleuse [Mt 4, 1-2 ; 14, 13-21 ; 15, 32-38]. Plus souvent et plus merveilleusement encore, il t’y rassasiera, toi qui l’y as suivi avec d’autant plus de mérite que ton propos était plus saint. Au moment où tu croiras qu’il t’a depuis longtemps abandonné, lui, n’oubliant pas sa bonté, te consolera et te dira : « Je me suis souvenu de toi, ému de pitié au souvenir de ta jeunesse et de l’amour de tes fiançailles, quand tu m’as suivi au désert [Jér 2, 2]. » Alors, en vérité, il fera de ton désert un paradis de délices [Is 51, 3] [...] ainsi tout passage de l’Ecriture qui auparavant te paraissait stérile et aride regorgera soudain, à la bénédiction de Dieu, d’une étonnante abondance de richesse spirituelle." (IVe Sermon pour l’Avent, 1, SC n° 166, pp. 135-137).

"Même si le temps paraît long à celui que la peine ou l’amour oppressent, c’est vrai qu’il est court. Il vient, il vient le Seigneur ; notre crainte et notre désir, le repos et la récompense de ceux qui peinent, la douceur et la satiété de ceux qui l’aiment." (Premier Sermon pour l’Avent, 4).

""Voici que vient le Roi, accourons tous au-devant du Sauveur." A celui qui annonce sa venue, à celui qui apporte les eaux qu’il a puisées dans la joie aux sources du Sauveur, qu’il soit Isaïe ou un autre Prophète, nous répondons avec les mots d’Elisabeth, car c’est du même Esprit que nous sommes abreuvés : "D’où vient que mon Seigneur vienne à moi ? Voici, en effet, qu’à peine ton salut eût frappé mes oreilles, mon esprit a tressailli en mon cœur, bondissant de joie au-devant de Dieu son Sauveur." Et c’est vrai, frères, qu’il faut courir dans l’exultation de nos esprits au-devant du Christ qui vient. Que le voyant venir de loin, nous l’adorions le saluions et l’acclamions en disant : "Salut, toi qui viens nous sauver, béni sois-tu, toi qui viens nous bénir. Viens Seigneur, sauve-moi et je serai sauvé, montre ta face et nous serons sauvés. Nous t’avons espéré, sois notre bras et notre salut durant le temps d’épreuve."" (Deuxième Sermon pour l’Avent, 1).

"Préparez le chemin du Seigneur. Le chemin du Seigneur, frères, qu'il nous est demandé de préparer se prépare en marchant. On y marche dans la mesure où on le prépare. Même si vous vous êtes beaucoup avancés sur ce chemin, il vous reste toujours à le préparer, afin que, du point où vous êtes parvenus, vous soyez toujours tendus au-delà. Voilà comment, à chaque pas que vous faites, le Seigneur à qui vous préparez les voies vient au-devant de vous, toujours nouveau, toujours plus grand. Aussi est-ce avec raison que le juste prie ainsi : Enseigne-moi le chemin de tes volontés et je le chercherai toujours. On donne à ce chemin le nom de vie éternelle, peut-être parce que bien que la providence ait examiné le chemin de chacun et lui ait fixé un terme jusqu'où il puisse aller, cependant la bonté de celui vers lequel vous vous avancez n'a pas de terme." (Guerric d'Igny : Sermon V pour l'Avent, 1, in Lectionnaire pour les dimanches et fêtes de Jean-René Bouchet, Cerf, 1994, pp. 36-37).

"Et toi Seigneur, tu nous as préparé un chemin, si seulement nous consentons à nous y engager. Tu nous as enseigné le chemin de tes volontés en disant : Voici le chemin, suivez-le sans vous égarer à droite ou à gauche. C'est le chemin que le Prophète avait promis : "Il y aura une route droite et les insensés ne s'y égareront pas." J'ai été jeune, maintenant je suis vieux et, si j'ai bonne mémoire, je n'ai jamais vu d'insensés sur ton chemin, Seigneur, c'est tout juste si j'ai vu quelques sages qui aient pu le suivre tout au long. Malheur à vous qui êtes sages à vos yeux et qui vous dites prudents, votre sagesse vous a éloignés du chemin du salut et ne vous a pas permis de suivre la folie du Sauveur." (Cinquième Sermon pour l'Avent)

"De même qu'ils [les mages] commencèrent par la vision de l'étoile, progressèrent jusqu'à celle de l'enfant, puis parvinrent à celle de Dieu, ainsi notre foi naît de la prédication des luminaires célestes, se fortifie à la vue de certaines images qui nous montrent dans un miroir et en énigme [1 Co 13, 12] Dieu comme incarné, et parviendra à sa consommation quand les réalités véritables, présentes et dévoilées, seront vues par ceux qui contempleront face à face ce que l'on n'atteint maintenant que d'une manière peu distincte, fugitive, en énigme ; quand la foi elle-même se changera en connaissance, l'espérance en possession, le désir en jouissance." (IIe Sermon pour l'Epiphanie, 5).

"On peut constater [...] que le Verbe de Dieu s’est fait pour nous non seulement visible et palpable, mais encore perceptible au goût et à l’odorat. [Ps 33, 9, Cant. 4, 11]. C’est ainsi par toutes les portes des sens qu’il s’est frayé un accès jusqu’à notre âme : de même que la mort avait pénétré par les sens, la vie à son tour revenait à travers eux. Si donc le Verbe s’est fait chair, c’est pour nous, qui tout entiers sommes chair, que cela s’est fait : pour que nous, qui auparavant ne pouvions qu’entendre le Verbe de Dieu, nous puissions le voir maintenant fait chair, le goûter, et faire appel à tous nos sens pour confirmer le témoignage de l’ouïe. De la sorte, c’est d’un commun accord et d’une seule voix que tous nos sens peuvent proclamer : « Ce que nous avons entendu, nous l’avons vu. » [Ps 47, 9]." (Ve Sermon pour la Nativité, 1, p. 225)

"Frères, "ayez la paix entre vous", nous commande le Maître pacifique et doux ; mais il précise auparavant : "Ayez du sel en vous" (Mc 9, 49). Il sait en effet que la douceur de la paix est la nourrice des vices si la rigueur du zèle ne les a pas auparavant saupoudrés du piquant du sel. Ainsi en est-il pour les viandes, qu’un temps clément fait grouiller de vers si le feu du sel ne les a pas desséchées. Ayez donc la paix entre vous, mais une paix qui soit assaisonnée du sel de la sagesse. Recherchez la douceur, mais une douceur qui brûle du zèle de la foi." (4e Sermon sur St Benoît, 2)

Guigues II le Chartreux (mort en 1188 ?)

"Un jour, pendant le travail manuel, je commençai à penser à l'exercice spirituel de l'homme, et tout à coup s'offrirent à la réflexion de mon esprit quatre degrés spirituels : lecture, méditation, prière, contemplation. C'est l'échelle des moines, qui les élève de la terre au ciel. Certes, elle a peu d'échelons ; elle est immense pourtant et d'une incroyable hauteur. Sa base repose sur la terre, son sommet pénètre les nuées et scrute les secrets des cieux [Gn 28, 12]. Les degrés sont divers en noms et en nombre, et ils sont distincts également en ordre et en importance. Si quelqu'un étudie avec soin l'efficacité de chacun d'eux sur nous, leurs mutuelles différences et leur hiérarchie, il y trouvera tant d'utilité et de douceur qu'il estimera court et facile tout le labeur et l'application [Gn 29, 20] dépensés sur cet objet.
La lecture est l'étude attentive des Ecritures, faite par un esprit appliqué. La méditation est une opération de l'intelligence, procédant à l'investigation studieuse d'une vérité cachée, à l'aide de la propre raison. La prière est une religieuse application du coeur à Dieu pour éloigner des maux ou obtenir des biens. La contemplation est une certaine élévation en Dieu de l'âme attirée au-dessus d'elle-même et savourant les joies de la douceur éternelle. Ayant décrit les quatre échelons, il nous reste à voir leurs offices à notre égard." (Lettre sur la vie contemplative (l'Echelle des Moines), II)

Guillaume de Saint-Thierry (v. 1085-1148)

"Toi seul, tu es vraiment Seigneur, mon Dieu, toi pour qui dominer sur nous, c'est nous sauve, tandis que pour nous, te servir, ce n'est pas autre chose que d'être sauvés par toi. Comment donc en effet sommes-nous sauvés par toi, Seigneur, de qui vient le salut, et qui répands sur ton peuple ta bénédiction, si ce n'est en recevant de toi de t'aimer et d'être aimés par toi ? Et pour cela, Seigneur, tu as voulu que le Fils de ta droite, l'homme que tu as affermi, soit appelé Jésus, c'est-à-dire Sauveur. C'est lui qui sauvera son peuple de ses péchés ; en dehors de lui il n'y a pas de salut.. C'est lui qui nous a appris à l'aimer quand le premier il nous a aimés, et jusqu'à la mort de la croix. Par son amour et sa dilection, il éveille en nous l'amour pour lui, lui qui le premier nous a aimés jusqu'à l'extrême.
Oui, il en est bien ainsi : tu nous as aimés le premier, pour que nous t'aimions. Non que tu aies besoin de notre amour ; c'est nous qui ne pouvions, sans t'aimer, devenir ce que tu voulais réaliser en nous créant. C'est pourquoi, souvent, dans le passé, cite>ayant parlé à nos pères par les prophètes, sous des formes fragmentaires et variées, dans les derniers temps, dans ces jours où nous sommes, tu nous as parlé par le Fils, ton Verbe ; c'est par lui que les cieux ont été faits, et par le souffle de sa bouche tout l'univers. Parler par ton Fils, pour toi, ce n'est pas autre chose que de mettre en plein soleil, de faire voir avec éclat combien et comment tu nous as aimés, puisque tu n'as pas épargné ton propre Fils, mais tu l'as livré pour nous tous. Et lui aussi, il nous a aimés, et il s'est livré lui-même pour nous.
Telle est la Parole, le Verbe tout-puissant que tu nous adresses, Seigneur. Tandis que tout baignait dans le silence, c'est-à-dire au profond de l'erreur, il descendit des royales demeures, pour abattre durement l'erreur et doucement mettre en valeur l'amour. Et tout ce qu'il a fait, tout ce qu'il a dit sur terre, jusqu'aux opprobres, jusqu'aux crachats et aux gifles, jusqu'à la croix et au sépulcre, ce ne fut rien d'autre que ta parole par ton Fils, parole qui nous provoquait à l'amour, parole qui éveillait en nous l'amour pour toi."
(La contemplation de Dieu, 9-10, Sc 61).

"L'Esprit de vérité vous conduira dans la vérité tout entière (Jn 16, 13). Nul ne sait les secrets de l'homme, si ce n'est l'esprit de l'homme qui est en lui. Pareillement ce qui est de Dieu, nul ne le connaît, si ce n'est l'Esprit de Dieu (1 Co 2, 11). Hâte-toi donc de devenir participant de l'Esprit Saint. Il est présent dès qu'on l'invoque ; et on ne l'invoque que s'il est déjà présent.
Pour ce qui est de percevoir ou d'apprendre la vérité tout entière, il est bien vain d'attendre de la bouche d'un homme, quel qu'il soit, la révélation et l'explication de ce qui n'a pu être perçu ou appris de la bouche de la Vérité même (cf. Jn 14, 6). Puisque la Vérité même l'affirme, Dieu est esprit, et que ceux qui l'adorent doivent nécessairement l'adorer en esprit et en vérité (Jn 4, 24), de même ceux qui désirent le connaître ou le comprendre ne doivent attendre que de l'Esprit Saint l'intelligence de la foi, le sens de cette vérité pure et sans mélange.
L'esprit est la charité qui attire ; il est la douceur qui affecte l'âme ; il est l'accès de l'homme auprès de Dieu ; il est l'amour de qui aime, il est la dévotion ; il est la piété. C'est lui qui révèle la justice de Dieu au fidèle qu'il conduit de la foi à la foi, lorsqu'il donne grâce pour grâce et, pour la foi qu'on accorde à ce qui est entendu, la foi illuminée."
(Le miroir de la foi, 71-72, SC n° 30, Cerf, pp. 137-139).

"Les richesses infinies de ta gloire, Seigneur, étaient profondément cachées dans le ciel de ton secret, jusqu'à ce que, par la lance du soldat, les sacrements de notre rédemption se répandent du côté ouvert de ton Fils, notre Seigne et notre Rédempteur ; de telle sorte que nous ne mettions plus, comme Thomas, nos doigts en son côté, mais que nous entrions tout entiers jusqu'à ton coeur, Jésus, par cette porte ouverte, là où la miséricorde est certaine, jusqu'à ton âme sainte, pleine de toute la plénitude de Dieu, pleine de grâce et de vérité, de notre salut et de notre consolation.
Ouvre-nous, Seigneur, la porte de l'arche de ton côté, pour qu'entrent tous ceux que tu sauveras de la venue de ce déluge qui inonde la terre ; ouvre-nous le côté de ton corps, pour qu'entrent ceux qui désirent voir les secrets du Fils, et qu'ils reçoivent les sacrements qui en débordent et le prix de leur rédemption. Ouvre la porte de ton ciel, pour que ceux que tu as rachetés voient les biens du Seigneur sur la terre des vivants, eux qui peinent encore sur la terre des mourants ; qu'ils les voient et qu'ils les désirent, qu'ils brûlent et qu'ils courent, eux pour qui tu as été fait la voie par laquelle on va jusque-là, la vérité à laquelle on va, la vie pour laquelle on va : la voie, exemple d'humilité ; la vérité, exemple de pureté ; la vie, celle qui est éternelle.
(Oraison méditative VI, traduction de Max de Longchamp, in Magnificat n° 269, avril 2015, pp. 299-300

"Seigneur, je me tiens devant toi comme un pauvre, mendiant et aveugle, tandis que tu me vois, moi qui ne te vois pas. La poitrine pleine de ton désir, je m'offre à toi tout entier, moi et tout ce que je suis, tout ce que je peux, tout ce que je sais ; je t'offre aussi le fait même que je languis après toi et défaille. Mais où te trouver ? Je ne le trouve pas.
Où es-tu, Seigneur, où es-tu ? Et où, Seigneur, n'es-tu pas ? Je sais, je suis certain qu'ici, maintenant, tu es avec moi, toi en qui nous nous mouvons et nous sommes. Mais puisque tu es avec moi, pourquoi moi aussi ne suis-je pas avec toi ?
Tu m'envoies parfois comme certaines petites bouchées de ta consolation ; mais qu'est-ce là à côté du désir de ma faim ? Je t'en prie, dis à mon âme, ô son salut, pourquoi tu lui as inspiré le désir de toi. Est-ce seulement pourqu'il me torture, me déchire et me tue ? Ah, si seulement il l'avait tué ! Je t'en prie, Seigneur, est-ce là ma géhenne ? Oui, qu'elle le soit. Et que jamais elle ne cesse de me torturer, et que jamais je ne cesse de brûler en elle, et qu'il ne me soit en rien permis de respirer un jour, une heure, un moment, jusqu'à ce que j'apparaisse en ta présence, et qu'apparaisse pour moi ta gloire !
(Oraisons méditatives, III, 3-7; SC 324, 1985, pp. 65-69)

"Pour toi, âme fidèle, lorsque ta nature hésite devant les mystères trop profonds de la foi, dis sans crainte, non pour t’opposer, mais avec le désir d’obéir : Comment cela arrivera-t-il ? Que ta question soit une prière, qu’elle soit amour, piété, humble désir. Qu’elle ne scrute pas avec hauteur la majesté divine, mais cherche le salut dans les moyens de salut du Dieu de notre délivrance. Alors l’Ange du grand Conseil te répondra : Lorsque viendra le consolateur que je vous enverrai du Père, il rendra témoignage de moi et vous enseignera toutes choses : toute vérité vous viendra de l’Esprit de vérité. Qui donc connaît les secrets de l’homme, si ce n’est l’esprit de l’homme qui est en lui ? De même, nul ne connaît les secrets de Dieu, sinon l’Esprit de Dieu. Hâte-toi donc de communier à l’Esprit Saint. Il est là dès qu’on l’invoque ; si on l’invoque, c’est qu’il est déjà présent. Appelé, il vient ; il arrive dans l’abondance des bénédictions divines. C’est lui le fleuve impétueux qui réjouit la cité de Dieu. Lors de sa venue, s’il te trouve humble et sans inquiétude, mais tremblant à la parole de Dieu, il reposera sur toi et te révélera ce que Dieu cache aux sages et aux prudents de ce monde. Commenceront à briller pour toi toutes ces vérités que la Sagesse pouvait dire aux disciples alors qu’elle était sur terre, mais qu’ils ne pouvaient porter avant la venue de l’Esprit de vérité qui leur enseignerait toute vérité." (Le miroir de la foi, 6)

D'autres Pères et d'autres textes...

Ce site a été réalisé et est remis à jour par Marie-Christine Hazaël-Massieux.