A la découverte des Pères de l'Eglise...

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Extraits

Hilaire de Poitiers

"Le Seigneur dit : C'est ici mon repos à tout jamais et il choisit Sion pour le lieu de sa demeure. Mais Sion et son temple sont détruits. Où se tiendre le trône éternel de Dieu ? Où son repos à tout jamais ? Où sera son temple pour qu'il y habite ? L'Apôtre nous répond : le temple de Dieu, c'est vous ; en vous habite l'Esprit de Dieu. Voilà la maison et le temple de Dieu [...] Mais cette demeure, c'est Dieu qui l'édifie. Construite de main d'home, elle ne durerait pas, ni même si elle était fondée sur les doctrines humaines. Nos vains labeurs et nos inquiétudes ne suffisent pas à la protéger. Le Seigneur s'y prend bien autrement : il ne l'a pas fondée sur la terre ni sur les sables mouvants, mais elle repose sur les Prophètes et les Apôtres ; elle se construit sans cesse de pierres vivantes. Elle se développera jusqu'aux ultimes dimensions du corps du Christ. Sans cesse son édification se poursuit..." (Traité sur le Psaume 64, extrait cité in J.R. Boucher, 1994, Lectionnaire pour les dimanches et pour les fêtes, Cerf, pp. 361-362).

"Quelle est en nous l’action de l’Esprit ? Ecoutons les paroles du Seigneur lui-même : "J’ai encore beaucoup de choses à vous dire, mais vous ne pouvez les porter maintenant. Il vous est bon que je m’en aille, car si je m’en vais, je vous enverrai un avocat." Il dit encore : "Je prierai le Père et il vous enverra l’Avocat pour qu’il soit avec vous à jamais, l’Esprit de vérité qui vous conduira à la vérité tout entière ; car il ne parlera pas de lui-même, mais tout ce qu’il entendra, il vous le dira, et il vous annoncera les choses à venir." En ces mots nous sont révélés la volonté du donateur, ainsi que la nature et le rôle de celui qu’il nous donne. Car notre infirmité n’étant capable de connaître ni le Père ni le Fils, et difficile notre Foi en l’Incarnation de Dieu, le don de l’Esprit nous illumine, se faisant notre allié par son intercession. ?" (De Trinitate, XXXIII, in Lectionnaire pour les dimanches et pour les fêtes de Jean-René Bouchet, Cerf, 1994, pp. 221-222).

"Qui s'appuie sur le Seigneur ressemble au mont Sion, il ne chancelle pas, il est stable à jamais. Suivons l'Apôtre, suivons l'Evangile, suivons le Prophète. Appuyons-nous sur le Seigneur pour devenir conformes à son corps de gloire. Habitons maintenant l'Eglise, la Jérusalem de gloire. Habitons maintenant l'Eglise, la Jérusalem du ciel, afin d'être stables à jamais. Nous avons appris que cette maison doit être désirée et qu'elle est aimée par beaucoup ; l'Ecriture dit en effet : "Une chose qu'au Seigneur je demande, la chose que je cherche, c'est d'habiter la maison du Seigneur tous les jours de ma vie." Allons dans la maison du Seigneur. Là est notre joie, là notre allégresse, car on nous a dit : allons dans la maison du Seigneur, Jérusalem, bâtie comme une ville, jusqu'à ce qu'y entre - comme dit l'Apôtre - la plénitude des gentils, et alors le reste d'Israël sera sauvé. Alors nous serons la cité de Dieu, la sainte Jérusalem où tout ensemble fait corps, par l'unité de la foi, par la communion de l'amour, par la concorde du vouloir et des oeuvres, par le don d'un sacrement unique en tous, selon ce qui est écrit : ils avaient un seul coeur et une seule âme dans le Seigneur."(Traité sur le Psaume 64, cité in Lectionnaire pour les dimanches et pour les fêtes de Jean-René Bouchet, pp. 362-363).

Qu'il est bon, qu'il est joyeux pour des frères d'habiter ensemble ! Il est bon et joyeux pour des frères d'habiter ensemble parce qu'en habitant le même lieu, ils forment un groupement d'Eglise ; on les appelle frères, parce qu'ils sont d'accord par la charité qui leur donne un seul vouloir.
Nous savons que ce grand précepte s'est réalisé au début de la prédication des Apôtres, puisque nous pouvons lire : Tous ceux qui avaient adhéré à la foi avaient un seul coeur et une seule âme. Ainsi convenait-il au peuple de Dieu d'être des frères ayant un seul Père, de ne faire qu'un par un seul Esprit, de vivre unanimes dans une seule maison, d'être les membres d'un seul corps." (Commentaire sur le Psaume 132)

Le fleuve de Dieu regorge d'eau, c'est ainsi que tu apprêtes leur nourriture. Il n'y a pas de doute à avoir sur ce fleuve, car le Prophète dit aussi : L'élan du fleuve réjouit la cité de Dieu. Et le Seigneur lui-même dit, dans les Evangiles : Celui qui boit de l'eau que je lui donnerai, des fleuves d'eau vive couleront de son coeur, jaillissant en vie éternelle. Et encore : Celui qui croit en moi, comme dit l'Ecriture, des fleuves d'eau vive jailliront de son coeur. Jésus disait cela de l'Esprit Saint que devaient recevoir ceux qui croiraient en lui. Donc, ce fleuve de Dieu regorge d'eau. Car nous sommes inondés par les dons de l'Esprit Saint, et le fleuve de Dieu, regorgeant d'eau, se déverse en nous à partir de cette source de vie." (Comment. sur le Ps 64, 14-15)

"J'en ai conscience Père, Dieu tout-puissant : c'est à toi que je dois consacrer l'occupation principale de ma vie. Que toutes mes paroles et mes pensées s'entretiennent de toi." (Prière d'Hilaire de Poitiers au commencement du Traité sur la Trinité).

"Le ciel tout entier tient dans le paume de Dieu et la terre toute entière est enclose dans son poing. Or la parole de Dieu fait bien sûr toujours profit à l'intelligence d'un esprit religieux ; cependant elle contient encore plus de sens lorsqu'on l'examine au-dedans par la pensée qu'au moment où on la reçoit au dehors par l'ouïe . De fait le ciel enclos dans la paume de Dieu est en même temps son trône et la même terre qui tient dans son poing est l'escabeau de ses pieds. Cela ne permet pas de concevoir, sur le trône et l'escabeau, une apparence corporelle s'étalant dans l'attitude de quelqu'un d'assis, puisque ce qui est pour elle trône et escabeau, cette infinité puissante le prend dans sa paume et l'enclôt en son poing. Mais grâce à cela, on saurait que Dieu, au-dedans et au dehors, est toujours présent à l'origine des créatures, qu'il est à la fois transcendant et immanent, c'est-à-dire répandu autour de toutes choses et en elles. Tenir dans la paume et le poing manifesterait donc l'être puissant sur la nature extérieure ; le trône et l'escabeau montreraient les êtres extérieurs à lui subordonnés comme à l'être intérieur. Ces êtres extérieurs à lui, au-dedans desquels il réside, voici qu'à l'inverse, extérieur à eux, ce même Etre les enclôt, intérieurs à lui. C'est ainsi qu'il tient tout entier toutes choses et du dedans et du dehors : infini qu'il est, il n'est rien dont il soit absent et rien non plus qui ne soit en lui, qui est infini. (La Trinité 1, 6)

Hippolyte de Rome

"Dieu, qui était seul, et pour qui rien n'était contemporain de lui-même, décida de créer le monde. Par son intelligence, sa volonté et sa parole, il fit le monde et il eut aussitôt les créatures qu'il voulut, quand il voulut, comme il voulut [...] Mais, tout en étant seul, il était multiple. Car il n'était pas sans parole, sans sagesse, sans puissance ni décision. Tout était en lui et il était le Tout [...]. Sa Parole, qu'il tenait en lui-même et qui était invisible au monde créé, il la rend visible. Tout d'abord, il la profère comme une voix, il l'engendre comme la lumière issue de la lumière, il envoie comme Seigneur de la création sa propre intelligence. Et celle-ci, qui était d'abord visible à lui seul et invisible au monde créé, il la rend visible, afin que le monde, en voyant cette épiphanie, puisse être sauvé." (Traité contre l'hérésie de Noet, extrait).

Hugues de Saint-victor

"Lorsque nous voulons élever l’œil de l’esprit vers les réalités invisibles, il nous faut considérer les images des choses visibles en quelque sorte comme des repères pour la connaissance. Quand, dans le domaine des réalités spirituelles et invisibles, on dit que quelque chose est en haut, on ne donne pas à entendre que cela serait situé spatialement au sommet ou au point le plus élevé du ciel, mais on veut signifier que, de toutes les réalités, c’est la plus intime. Monter vers Dieu, c’est donc rentrer en soi-même ; et non seulement rentrer en soi-même, mais d’une manière qui ne se peut dire, passer, au plus intime de soi, au-delà de soi-même. Ainsi, celui-là qui, entrant en soi et pénétrant en sa propre intimité, si j’ose dire, passe au-delà de lui-même, celui-là monte véritablement vers Dieu." (Hugues de Saint-Victor, De vanitate mundi, , 715 A-C)

"Il pénètre vraiment les choses saintes,
celui qui perçoit les biens intérieurs en les goûtant ;
il possède un enseignement parfaitement saint,
celui qui enseigne ce qu'il savoure,
celui qui fait profiter de ce qu'il sent,
celui qui apprend non seulement à connaître le vrai,
mais à saisir le bien."
(In Hierarchiam caelestem, 1001B)

Irénée de Lyon

"L'oblation de l'Eglise, que le Seigneur a voulu qu'on offre dans le monde entier, est considérée comme un sacrifice pur devant Dieu et lui est agréable. Ce n'est pas qu'il ait besoin de notre sacrifice, mais celui qui offre est lui-même glorifié par ce qu'il offre, si son présent est agréé. Par ce présent, en effet, se manifestent l'honneur et la piété que nous rendons à notre Roi, et c'est ce présent que le Seigneur veut nous voir offrir en toute simplicité et innocence." (Contre les Hérésies, 4, 18,1)

"… vu autrefois par l’entremise de l’Esprit selon le mode prophétique, puis vu par l’entremise du Fils selon l’adoption, [Dieu] sera vu encore dans le royaume des cieux selon la paternité, l’Esprit préparant d’avance l’homme pour le Fils de Dieu, le Fils le conduisant au Père, et le Père lui donnant l’incorruptibilité et la vie éternelle, qui résultent de la vue de Dieu pour ceux qui le voient. Car, de même que ceux qui voient la lumière sont dans la lumière et participent à sa splendeur, de même ceux qui voient Dieu sont en Dieu et participent à sa splendeur. Or vivifiante est la splendeur de Dieu. Ils auront donc part à la vie, ceux qui voient Dieu. Tel est le motif pour lequel Celui qui est insaisissable, incompréhensible et invisible s’offre à être vu, compris et saisi par les hommes : c’est afin de vivifier ceux qui le saisissent et qui le voient. Car, si sa grandeur est inscrutable, sa bonté aussi est inexprimable, et c’est grâce à elle qu’il se fait voir et qu’il donne la vie à ceux qui le voient. Car il est impossible de vivre sans la vie, et il n’y a de vie que par la participation à Dieu, et cette participation à Dieu consiste à voir Dieu et à jouir de sa bonté." (Contre les hérésies, 4, 20, 5)

Jean Cassien

"Toute la vie du moine et la perfection du coeur consistent en une persévérance ininterrompue de prière. Autant qu'il est donné à la fragilité humaine, c'est un effort vers l'immobile tranquillité d'âme et une pureté perpétuelle. Et telle est la raison qui nous fait affronter le labeur corporel, et rechercher de toutes manières la contrition du coeur, avec une constance que rien ne lasse. Aussi bien, sont-ce là deux choses unies d'un lien réciproque et indissoluble : tout l'édifice des vertus n'a qu'un but, qui est d'atteindre à la perfection de la prière ; mais sans ce couronnement, qui en assemble les diverses parties, de manière à en former un tout qui se tienne, il n'aura ni solidité ni durée. Sans les vertus, en effet, ni ne s'acquiert ni ne se consomme la constante tranquillité de prière dont nous parlons ; mais en revanche, les vertus, qui lui servent d'assise, n'arriveront pas sans elle à leur perfection." (Conférences, IX, 2, SC n° 54, pp. 40-41)

Jean Chrysostome

"Que tout homme pieux et aimant Dieu participe à la joie de cette belle et lumineuse solennité. Que tout serviteur fidèle entre joyeux dans la joie de son maître. Que celui qui s'est donné la peine de jeûner reçoive maintenant le denier qui lui revient.
Que celui qui a travaillé dès la première heure reçoive à présent son juste salaire.
Si quelqu'un est venu après la troisième heure, qu'il célèbre cette fête dans la reconnaissance. Si quelqu'un a tardé jusqu'à la sixième, qu'il n'ait aucune hésitation, car il ne perdra rien. S'il en est un qui a remis jusqu'à la neuvième, qu'il s'approche sans hésitation. Et s'il en est un qui a traîné même jusqu'à la onzième, qu'il ne craigne pas, car le Seigneur est généreux, et il reçoit le dernier aussi bien que le premier et les premiers et les seconds, vous recevrez la même récompense". (Prière des Eglises de rite bizantin, t. II, Editions de Chevetogne, p. 271)

"Que tout homme pieux et ami de Dieu jouisse de cette belle et lumineuse solennité [la fête de Pâques] ! Que tout serviteur fidèle entre avec allégresse dans la joie de son Seigneur ! (Mt 25,21) Celui qui a porté le poids du jeûne, qu'il vienne maintenant toucher son denier. Celui qui a travaillé depuis la première heure, qu'il reçoive aujourd'hui le juste salaire. Celui qui est venu après la troisième heure, qu'il célèbre cette fête dans l'action de grâces. Celui qui est arrivé après la sixième heure, qu'il n'ait aucune doute, il ne sera pas lésé. Si quelqu'un a tardé jusqu'à la neuvième heure, qu'il approche sans hésiter. S'il en est un qui a traîné jusqu'à la onzième heure, qu'il n'ait pas honte de sa tiédeur, car le Maître est généreux, il reçoit le dernier comme le premier ; il accorde le repos à l'ouvrier de la onzième heure comme à celui de la première ; il fait miséricorde à celui-là, et comble celui-ci. Il donne à l'un, il fait grâce à l'autre. (Mt 20,1-16) Il accueille les pauvres et reçoit avec tendresse la bonne volonté ; il honore l'action et loue le bon propos." (Homélie pour le saint et grand jour de la Pâque)

"... l'ignorance des Ecritures est la source de maux innombrables. De là l'affreuse peste des hérésdies, de là le relâchement de la conduite, de là les travaux stériles. Car de même que des aveugles ne sauraient marcher droit, ainsi ceux qui ne jouissent pas de la lumière des divines Ecritures, sont condamnés à pécher et à s'égarer souvent, puisqu'ils marchent au milieu des plus épaisses ténèbres. Pour éviter ce malheur, ouvrons les yeux à l'éclat des paroles de l'Apôtre ; car la langue de Paul surpasse le soleil en splendeur, et son enseignement brille par dessus tous les autres. Parce qu'il a plus travaillé que les autres, il s'est attiré de grandes grâces du Saint-Esprit, et je le prouverais, non seulement par ses épîtres, mais encore par ses actes..." (Commentaire sur l'épître de St Paul aux Romains)

"La prière faite avec ardeur et dans la détresse, voilà la prière qui monte jusqu'au ciel. Et pour que tu saches bien que les prières ont plus de chances d'être exaucées lorsqu'elles sont proférées dans l'angoisse, écoute de que dit l'écrivain sacré : J'ai crié vers le Seigneur dans mon angoisse et il m'a exaucé (Ps 117, 5).
[...] Tu manques d'assurance ? C'est au contraire une grande sécurité et un grand avantage de croire que l'on manque de motif d'assurance, comme c'est une honte et une condamnation de croire que l'on a toute raison d'être sûr de soi.
[...]Quand bien même tu aurais accompli beaucoup de bonnes actions, et même si ta conscience ne te reproche rien, si tu crois avoir toute raion d'être sûr de toi, tu perds tout bénéfice de ta prière. Par contre, même si ta conscience est chargée du fardeau de millions de péchés, pour peu que tu sois convaincu d'être le dernier des hommes, tu pourras t'adresser à Dieu en toute assurance. (Sur l'incompréhensibilité de Dieu, Homélie V)

"Car quiconque a déjà, on lui donnera, et il sera comblé de biens; mais pour celui qui n'a point, on lui ôtera même ce qu'il a (Mt 13, 12). Cette parole, quoiqu'extrêmement obscure, fait voir néanmoins qu'il y a en Dieu une justice ineffable. Il semble que Jésus-Christ dise :
Si quelqu'un a de l'ardeur et du désir, Dieu lui donnera toutes choses. Mais s'il est froid et sans vigueur, et qu'il ne contribue point de son côté, Dieu non plus ne lui donnera rien :
On lui ôtera même, dit Jésus-Christ, ce qu'il croit avoir ; non que Dieu le lui ôte en effet, mais c'est qu'il le juge indigne de ses grâces et de ses faveurs.
Nous agissons nous-mêmes tous les jours de cette façon. Lorsque nous remarquons que quelqu'un nous écoute froidement, et qu'après l'avoir conjuré de s'appliquer à ce que nous lui disons, nous ne gagnons rien sur son esprit, nous nous taisons alors ; parce qu'en continuant de lui parler, nous attirerions sur sa négligence une condamnation encore plus sévère. Lorsqu'au contraire nous voyons un homme qui nous écoute avec ardeur, nous l'encourageons encore davantage, et nous répandons avec joie dans son âme les vérités saintes." (Chrysostome Sermon 45 sur Mt, 1)

"Apprenons à vivre selon la sagesse et à honorer le Christ comme il le veut lui-même. Car l'hommage qui lui est le plus agréable est celui qu'il demande, non celui que nous-mêmes choisissons. Lorsque Pierre croyait l'honorer en l'empêchant de lui laver les pieds, ce n'était pas de l'honneur, mais tout le contraire. Toi aussi, honore-le de la manière prescrite par lui en donnant ta richesse aux pauvres. Car Dieu n'a pas besoin de vases d'or mais d'âmes qui soient en or." (Sermon sur l'Evangile de Matthieu, 50, 3)

"L'homme, en effet est la première et la plus honorable de toutes les créatures ; et de tous ses membres, l'œil est le plus digne d'honneur, car c'est lui qui gouverne le corps, lui qui est le plus bel ornement du visage ; ce qu'est le soleil dans l'univers, l'œil l'est dans le corps de l'homme, c'est pour cela qu'il occupe la partie la plus élevée et qu'il y est placé comme sur son trône » (Homélie 56)

"Qu'y a-t-il d'étonnant que le soleil de justice, sur le point de se lever, ait voulu être annoncé par une étoile miraculeuse ? Elle s'arrêta au-dessus de la tête de l'enfant comme pour dire: "C'est lui". Elle le désignait en s'arrêtant au-dessus de lui, parce qu'elle ne pou vait le faire en parlant." (Commentaire sur St Matthieu)

"C'est quand le Christ les eut purifiés par son sacrifice que l'Esprit Saint descendit en eux. Pourquoi n'est-il pas venu pendant que Jésus était avec eux ? Parce que le sacrifice n'avait pas été offert. C'est seulement lorsque le péché eut été enlevé et que les disciples furent envoyés affronter les périls du combat, qu'il leur fallut un entraîneur. Mais alors, pourquoi l'Esprit n'est-il pas venu aussitôt après la résurrection ? Afin qu'ayant un plus vif désir de le recevoir, ils l'accueillent avec une plus grande reconnaissance. Tandis que le Christ était avec eux, ils n'étaient pas affligés; lorsqu'il fut parti, leur solitude les plongea dans une crainte profonde ; ils allaient donc accueillir l'Esprit avec beaucoup d'ardeur." (Homélie 75, 1; PG 59, 403-405)

"Tant que nous demeurons des brebis, nous sommes vainqueurs ; serions-nous entourés par des milliers de loups, nous sommes sauvés et nous l'emportons. Mais si nous devenons des loups, nous sommes dominés, parce que le secours du berger nous abandonne. Car il n'est pas le berger des loups, mais des brebis. Il s'éloigne, il quitte la place, parce que tu ne lui permets pas de montrer sa puissance." (Homélie sur l'Evangile de Matthieu, 33, 1)

"...l'homme surpasse en dignité toutes les créatures, pourquoi a-t-il été créé le dernier ? Certes, c'est avec raison. Car, lorsqu'un roi doit entrer dans une ville, il y envoie d'abord ses gardes et ses officiers, afin qu'ils disposent le palais pour son arrivée. Et de même, le Seigneur, qui devait établir l'homme roi et souverain de l'univers, voulut d'abord l'orner et l'embellir, et puis il créa l'homme auquel il a donné l'empire du monde. C'est ainsi qu'il montre combien il honore l'homme." (Sur la Genèse, 802).

"Personne n'était plus ignorant que Pierre, ni plus expérimenté que Paul. C'est lui-même qui l'avoue, et sans rougir : "A la vérité, je suis inhabile pour là parole, mais non pour la science". (II Cor. XI, 6.) Et pourtant cet ignorant et cet inhabile ont vaincu des milliers de philosophes, ont fermé la bouche à une foule de rhéteurs, uniquement. en vertu de leur zèle et de la grâce de Dieu. Quelle excuse aurons-nous donc, nous qui ne pouvons pas même suffire à vingt personnes, qui ne sommes pas même utiles aux membres de notre famille ? Ce sont là d'inutiles objections et de vains prétextes : ce n'est pas le défaut de science ou d'habileté qui empêché d'instruire, mais la paresse et le sommeil de l'indifférence." (Prologue pour les homélies sur l'Epitre aux Romains, 2, cf. textes des Pères de l'Eglise sur Jesusmarie.com)

"Voici la raison pour laquelle la récitation des psaumes est accompagnée de chants : Dieu, voyant l'indifférence d'un grand nombre d'hommes qui n'ont aucun goût pour la lecture des choses spirituelles, et ne peuvent supporter le travail sérieux d'esprit qu'elles demandent, a voulu leur rendre ce travail plus agréable, et leur ôter même le sentiment de la peine. Il a donc uni à des chants les vérités divines, afin de nous inspirer, par le rythme et le charme des mélodies, un goût plus vif pour ces hymnes sacrées. Rien, en effet, n'élève plus notre âme, ne lui donne pour ainsi des ailes, ne la soulève au-dessus de la terre, ne l'affranchit des liens du corps, ne lui donne un amour plus ardent pour la vraie sagesse, et ne lui inspire plus de mépris pour toutes les choses de la terre, qu'une douce harmonie et le chant mesuré et cadencé des saints cantiques. Ces chants ont tant de charme pour notre nature, qu'ils sèchent les larmes, apaisent le chagrin des enfants encore à la mamelle et les endorment sur le sein de leurs mères…" (Commentaire sur le Psaume 41, 1).

"De même que les cordes d'une lyre, quel qu'en soit le nombre, exhalent les plus mélodieux accents lorsqu'une main savante en harmonise les sons; de même les âmes qu'unit l'harmonie des sentiments exhalent les suaves accents de l'amour." (Homélie sur l'amour parfait, sur la juste rétribution du mérite et sur la componction)

"Voici les sentiments qu'on doit avoir en recevant les étrangers : l'empressement, la joie, la générosité. L'étranger est toujours timide et honteux. Si son hôte ne le reçoit pas avec joie, il se retire en se sentant méprisé, car il est pire d'être reçu de la sorte que de ne pas être reçu du tout." (Homélie sur les Actes des Apôtres, 45).

"Vois d'où [le sang du Christ] a commencé à couler et d'où il a pris sa source : il descend de la croix, du côté du Seigneur. Comme Jésus déjà mort, dit l'Evangile, était encore sur la croix, le soldat s'approcha, lui ouvrit le côté d'un coup de sa lance et il en jaillit de l'eau et du sang. Cette eau était le symbole du baptême, et le sang celui des mystères. [...] C'est donc le soldat qui lui ouvrit le côté ; il a percé la muraille du temple saint ; et moi, j'ai trouvé ce trésor et j'en ai fait ma richesse. Ainsi en a-t-il été de l'Agneau : les Juifs égorgeaient la victime, et moi j'ai recueilli le salut, fruit de ce sacrifice.
Et il jaillit de son côté de l'eau et du sang. Ne passe pas avec indifférence, mon bien-aimé, auprès du mystère. Car j'ai encore une autre interprétation mystique à te donner. J'ai dit que cette eau et ce sang étaient le symbole du baptême et des mystères. Or, l'Eglise est née de ces deux sacrements : par ce bain de la renaissance et de la rénovation dans l'Esprit, par le baptême donc, et par les mystères. Or, les signes du baptême et des mystères sont issus du côté. Par conséquent le Christ a formé l'Eglise à partir de son côté, comme il a formé Eve à partir du côté d'Adam." (Catéchèse baptismale, 3, 13-19, Sources Chrétiennes, vol. 50, pp. 174-177)

"N'insulte pas Dieu. Si tu dis que le soleil ne peut pas briller, tu insultes Dieu. Si tu dis que le chrétien ne peut pas être utile, tu insultes Dieu, tu en fais un menteur. Il est plus facile pour le soleil de ne pas dégager de chaleur ou de lumière, il serait plus facile à la lumière d'être identique aux ténèbres que pour le chrétien de ne pas briller." (St Jean Chrysostome, Hom. sur les Actes des Apôtres, 20, 4)

"Nous venons d'indiquer cinq chemins de la conversion : d'abord la condamnation de nos péchés, puis le pardon accordé aux offenses du prochain ; le troisième consiste dans la prière ; le quatrième dans l'aumône ; le cinquième dans l'humilité.
Ne reste donc pas inactif, mais chaque jour emprunte tous ces chemins ; ce sont des chemins faciles et tu ne peux pas prétexter ta misère. Car, même si tu vis dans la plus grande pauvreté, tu peux abandonner ta colère, pratiquer l'humilité, prier assidûment et condamner tes péchés. Ta pauvreté ne s'y oppose nullement. Mais qu'est-ce que je dis là ? alors que, sur ce chemin de la converion où il s'agit de donner ses richesses (c'est de l'aumône que je veux parler), même la pauvreté ne nous empêche pas d'accomplir le commandement. nous le voyons chez la veuve qui donnait ses deux piécettes..." (Homélie sur le diable tentateur, 2).

"Les vagues sont violentes, la houle est terrible, mais nous ne craignons pas d'être engloutis par la mer, car nous sommes debout sur le roc." (Homélies, Avant l'exil, 1)

"Vous êtes le sel de la terre. Qu'est-ce que cela veut dire ? Ont-ils remis en bon état ce qui était pourri ? Pas du tout. Il n'est pas possible d'améliorer ce qui est déjà corrompu, en y mettant du sel. Ils n'ont pas fait cela. Mais on avait préalablement rénové ce qu'on leur avait confié, après l'avoir délivré de son infection. C'est alors que les disciples salaient cette pâte afin de la garder dans la nouveauté donnée par leur Maître. Car délivrer de la pourriture du péché, ce fut l'action bienfaisante du Christ ; mais ne plus y laisser revenir, c'était la tâche à laquelle les disciples devaient donner leurs soins et leurs efforts." (Homélie sur l'Evangile de Matthieu, 15,6.7)

Jean Damascène

Si tu as compris que l'Incorporel s'est fait homme pour toi, alors c'est évident, tu peux exécuter son image humaine. Puisque l'Invisible est devenu visible en prenant chair, tu peux exécuter l'image de celui qu'on a vu.
Puisque celui qui n'a ni corps, ni forme, ni quantité, ni qualité, qui dépasse toute grandeur par l'excellence de sa nature, lui qui, de nature divine, a pris la condition d'esclave, s'est réduit à la quantité et à la qualité et s'est revêtu des traits humains, grave donc sur le bois et présente à la contemplation celui qui a voulu devenir visible." (Sur les images, I, 8, in M. Quenot, L'icône, p. 57).

Jean de la Croix

"Entrez en compte avec votre propre raison, afin d'accomplir ce qu'elle vous dicte dans la voie de Dieu ; ce qui vous profitera beaucoup plus devant Dieu que toutes les oeuvres que vous faites sans cette réflexion, et plus que toutes les saveurs spirituelles que vous recherchez."
(Les Maximes, 62)

"Puisque Dieu est inaccessible, veillez à ne vous reposer en aucune des choses que vos puissances peuvent comprendre et que vos sens peuvent sentir, de peur que vous ne vous contentiez de ce qui est moins que Dieu et que votre âme ne perde la légèreté qui est requise pour aller vers lui."
(Les Maximes, 74)

"Malgré tous les mystères et toutes les merveilles que les saints docteurs ont découverts ou que les saintes âmes ont pu contempler ici-bas, la plus grande partie en reste encore à dire et même à concevoir. Ce qui est dans le Christ est inépuisable ! C'est comme une mine abondante remplie d'une infinité de filons avec des richesses sans nombre ; on a beau y puiser, on n'en voit jamais le terme ; bien plus, chaque repli renferme ici et là de nouveaux filons à richesses nouvelles ; ce qui faisait dire à saint Paul du Christ : Dans le Christ se trouvent cachés tous les trésors de la sagesse et de la connaissance de Dieu. Mais l'âme ne peut y pénétrer ni les atteindre, si, comme nous l'avons dit, elle ne passe pas d'abord et n'entre pas dans la profondeur des souffrances extérieures et intérieures ; il faut, de plus, qu'elle ait reçu de Dieu une foule de faveurs intellectuelles et sensibles, et qu'elle se soit exercée longtemps dans la spiritualité ; ces faveurs sont en effet d'un ordre inférieur : ce sont des dispositions pour arriver aux cavernes élevées de la connaissance des mystères du Christ, la plus haute sagesse à laquelle on puisse parvenir ici-bas." (Le Cantique spirituel, 36.35).

"Le Père n'a dit qu'une parole : ce fut son Fils. Et dans un silence éternel il la dit toujours : l'âme aussi doit l'écouter en silence." (Maxime n° 147)

Léon le Grand

"La terre qui est promise aux doux et qui sera donnée en propriété aux indulgents, c’est le corps des saints. À cause du mérite de leur humilité, il sera transformé par une merveilleuse résurrection et revêtira la gloire de l’immortalité. Désormais, il ne s’opposera plus en rien à l’esprit et il s’accordera avec la volonté de l’âme dans une parfaite unité. Alors, en effet, l’homme extérieur sera la possession paisible et inviolable de l’homme intérieur. Les doux posséderont la terre dans une paix perpétuelle, et jamais rien ne viendra diminuer leur droit de propriété, lorsque cet être corruptible aura revêtu l’incorrigibilité, et cet être mortel l’immortalité (1 Co 15,53). Ce qui était péril se changera en récompense, et ce qui était un poids deviendra une gloire." (Homélies sur les Béatitudes 95, 5-6)

"Le Seigneur découvre sa gloire devant les témoins qu'il a choisis, et il éclaire d'une telle splendeur cette forme corporelle qu'il a en commun avec les autres hommes que son visage a l'éclat du soleil et que ses vêtements sont aussi blancs que la neige." (Homélie pour le 2e dimanche de Carême, 51, 3).

"Ce que chaque chrétien doit faire en tout temps, mes bien-aimés, doit donc être recherché maintenant avec plus d'empressement et de générosité. C'est ainsi que nous accomplirons le jeûne de quarante jours institué par les Apôtres ; nous ne nous conteterons pas de réduire notre nourriture, mais nous nous abstiendrons absolument du péché." (Homélie de Carême, 6, 1 : SC 49, p. 56).

"La grâce de Dieu devient plus admirable lorsque les hommes ayant vu disparaître ce qui leur inspirait de l'adoration, leur foi n'a pas connu le doute, leur espérance n'a pas été ébranlée, leur charité ne s'est pas refroidie." (Homélie pour l'Ascension, 2, 1)

"C'est à juste titre que la béatitude de voir Dieu est promise à la pureté du coeur. En effet, un regard souillé ne pourra pas voir la splendeur de la vraie lumière ; et ce qui sera la joie des âmes limpides sera le châtiment des âmes boueuses. Il faut donc détourner ses yeux des vanités terrestres qui les obscurcissent et nettoyer notre oeil intérieur de toute souillure d'iniquité ; c'est ainsi qu'un regard paisible se rassasiera de l'incomparable vision de Dieu." (Sermon de Saint Léon le Grand sur les Béatitudes, 95, 8)

Macaire d'Egypte, abbé

"Ceux qui s'approchent du Seigneur doivent s'adonner à la prière en grand repos, calmes et apaisés et non point par des cris inconvenants et confus. C'est le labeur de notre coeur, c'est la sobriété de nos pensées qui nous permettent d'approcher du Seigneur. Il ne convient pas à un serviteur de Dieu de s'établi r dans l'agitation, mais dans une grande douceur et sagesse comme dit le Prophète : "Vers qui jetterai-je les yeux, c'est vers le doux et le paisible qui tremble à mes paroles." Aux temps de Moïse et d'Elie, nous trouvons que, dans leur rencontre avec Dieu, la manifestation du Seigneur était précédée du ministère des trompettes et des puissances, mais le Seigneur n'était point là et sa présence se manifestait dans le repos, la paix et la tranquillité du coeur. "Voici, dit l'Ecriture, la voix d'une brise légère, en elle était le Seigneur." (Homélies spirituelles, 6)

Maxime le Confesseur

"Celui qui fait l'aumône à l'imitation de Dieu ne fait aucune différence entre bon et méchant, juste et injuste, lorsqu'ils sont dans la nécessité ; il distribue également à tous, selon leurs besoins, même s'il estime le vertueux, à cause de sa bonne intention, plus que le méchant." (Centuries sur la Charité, 1, 26-28).

"Non seulement l'amour se manifeste en distribuant les richesses, mais bien davantage en distribuant la parole de Dieu et en se mettant personnellement au service d'autrui." (Centuries sur la charité, 1, 39-40)

Maxime de Turin

"...Mes frères, nous devons tous exulter en ce saint jour. Que personne ne se soustraie à la joie commune parce qu’il a conscience de ses péchés, que personne ne soit écarté des prières communes par le fardeau de ses fautes ! En un tel jour, même le pécheur ne doit pas désespérer du pardon ; c’est en effet un grand privilège. Si le malfaiteur a obtenu le paradis, pourquoi le chrétien n’obtiendrait-il pas le pardon ?" (Homélie pour la Pâque, 53, 1-2-4).

"Le nombre de quarante, frères très chers, a une valeur symbolique, liée au mystère de notre salut. En effet, lorsque dans les premiers temps, la méchanceté des hommes eut envahi la surface du sol, c'est pendant quarante jours que Dieu fit tombre les eaux du ciel et inonda la terre entière sous les pluies du déluge. Dès cette époque, l'économie du salut était donc annoncée en figure : pendant quarante jours, la pluie tomba pour purifier le monde ; et maintenant, c'est aussi pendant les quarante jours du Carême que la miséricorde est offerte aux hommes pour qu'ils se purifient." (Sermon pour le Carême n° 2-3, Patrologie latine 39, 2028)

Odes de Salomon (Anonyme)

"La joie, celle des saints,
qui la vêtirait,
sinon eux seuls ?"
(Ode XXIII, 1)

Origène

"Lorsque quelqu'un nous donne un objet matériel, on ne peut pas dire qu'il nous donne l'ombre de cet objet (car il n'a pas l'intentnion de donner deux choses séparées, l'objet et son ombre mais l'ombre suit nécessairement l'objet donné), de même si nous considérons avec une certaine hauteur les grâces importantes que Dieu nous fait, nous pouvons dire que les biens matériels ne sont que l'ombre qui accompagne pour les saints les grâces spirituelles, immenses et célestes, pour leur profit et selon la disposition de Dieu. Le Seigneur agit toujours avec sagesse, même si nous ne connaissons pas le mobile de chacun de ses dons." (Origène, La prière, I, 5, 16, "Les Pères dans la foi", pp. 59-60)

"A l'homme qui recherche de belles perles (Mt 13,45), il faut appliquer les paroles suivantes : Cherchez et vous trouverez, et : Celui qui cherche, trouve (Mt 7,7-8). En effet, à quoi peuvent bien se rapporter "cherchez et celui qui cherche, trouve"? Disons-le sans hésiter : aux perles, et particulièrement à la perle acquise par l'homme qui a tout donné et tout perdu. A cause de cette perle, Paul dit : J'ai accepté de tout perdre afin de gagner le Christ (Ph 3,8). Par le mot tout il entend les belles perles, et par gagner le Christ l'unique perle de grand prix. (Commentaire sur l'évangile de Matthieu, 10, 9-10).

"Voici une comparaison pour inviter les hommes à prier et les empêcher de négliger la prière. Un homme ne peut pas avoir d'enfant sans s'unir à une femme. De même, pour obtenir ce qu'on désire, il faut prier avec de bonnes dispositions, avec foi, et se conduire dignement avant la prière. Il n'est pas nécessaire de dire beaucoup de paroles. Il ne faut pas non plus demander des choses sans importance, ni réclamer les biens de la terre, ni venir prier quand on est en colère ou troublé intérieurement. Pour comprendre ce que la prière exige, il faut avoir le coeur pur. De même, nous n'obtiendrons pas le pardon de nos péchés sans avoir pardonné du fond du coeur au frère qui nous demande pardon pour la peine qu'il nous a faite." (La prière, 8)

"Nous sommes en voyage, nous ne sommes venus en ce monde que pour passer de "vertus en vertus", et non pour rester sur terre par amour des objets terrestres, comme celui qui disait : "Je détruirai mes greniers et j'en construirai de plus grands" (Le 12,18). Ah ! que le Seigneur ne nous dise pas comme à lui : "Insensé, cette nuit, on te redemandera ton âme"." (Homélies sur les Nombres XXVII, 7)

"Tente donc, mon auditeur, toi aussi, d'avoir ton propre puits et ta propre fontaine, pour que toi aussi, lorsque tu prendras le livre des Ecritures, tu te mettes à tirer de ton propre fonds quelque intelligence ; et, selon la doctrine que tu as reçue dans l'Eglise, tente de boire, toi aussi, à la fontaine de ton esprit. Il y a en toi une nature d'eau vive, il y a des veines intarissables et des courants d'irrigation ; emploie-toi à creuser la terre et à la nettoyer des ordures, c'est-à-dire à repousser la paresse et à secouer la torpeur du coeur. Purifie ton esprit, pour qu'un jour vienne où tu boiras de tes propres fontaines et où tu puiseras de l'eau vive dans tes puits. Car si tu as reçu le Logos de Dieu en toi, si tu as reçu de Jésus l'eau vive avec fidélité, en toi s'ouvrira une fontaine d'eau jaillissant pour la vie éternelle." (Homélie sur la Genèse, XII, 5)

"Si un homme a quelque jour brûlé du fidèle amour du Verbe de Dieu; si, pour parler comme le prophète, un homme, un jour, a reçu de la "flèche de choix" la douce blessure, la douce plaie; si quelqu'un, un jour, a été percé du trait amoureux, au point, ensuite, jour et nuit, de soupirer après lui de désir, et de ne plus pouvoir rien dire d'autre, et de ne plus vouloir rien entendre d'autre, et de ne plus rien savoir d'autre, et de n'avoir plus goût à rien désirer d'autre, rien envier d'autre, ni rien espérer hors de lui, celui-là alors, à juste titre, pourra dire: je suis blessé d'amour." (Homélies sur le Cantique des Cantiques, 1)

Pierre Chrysologue

"Si le Seigneur revient avec le même corps, présente ses blessures, montre à nouveau les trous mêmes des clous, et donne comme preuves de sa résurrection les témoignages de la Passion, pourquoi l'homme croit-il qu'il doit quant à lui revenir dans un autre corps et non dans le sien ? Ou peut-être le serviteur méprise-t-il son corps alors que le Seigneur a gardé le nôtre ? Homme, accepte de croire que tu vivras à nouveau dans ton propre corps, sauf à n'être pas toi-même, si tu ressuscites dans un corps étranger." (Sermon 76, 1).

"Il y a trois actes, mes frères, trois actes en lesquels la foi se tient, la piété consiste, la vertu se maintient : la prière, le jeûne, la miséricorde. La prière frappe à la porte, le jeûne obtient, la miséricorde reçoit. Prière, miséricorde, jeûne, les trois ne font qu'un et se donnent mutuellement la vie.
En effet, le jeûne est l'âme de la prière, la miséricorde est la vie du jeûne. Que personne ne les divise : les trois ne peuvent se séparer. Celui qui en pratique seulement un ou deux, celui-là n'a rien. Donc, celui qui prie doit jeûner ; celui qui jeûne doit avoir pitié ; qu'il écoute l'homme qui demande, et qui en demandant souhaite être écouté ; il se fait entendre de Dieu, celui qui ne refuse pas d'entendre lorqu'on le supplie.
Celui qui pratique le jeûne doit comprendre le jeûne : il doit sympathiser avec l'homme qui a faim, s'il veut que Dieu sympathise avec sa propre faim ; il doit faire miséricorde, celui qui espère obtenir miséricorde ; celui qui veut bénéficier de la bonté doit la pratiquer ; celui qui veut qu'on lui donne doit donner. C'est être un solliciteur insolent, que demander pour soi-même ce qu'on refuse à autrui." (Homélie sur la prière, le jeûne et l'aumône, 43)

"Dieu, que le monde ne peut contenir, comment le regard humain, si étroit, pouvait-il le saisir ? Mais le code de l'amour ne considère pas ce que celui-ci peut être, ce qu'il doit et ce qu'il peut faire. L'amour ignore le jugement, il manque de raison, il ignore la mesure. L'amour ne se laisse pas consoler par l'impossibilité, il n'admet pas que la difficulté soit un remède. [...] Il est impossible que l'amour ne voie pas ce qu'il aime ; voilà pourquoi tous les saints ont jugé sans valeur tout ce qu'ils avaient obtenu, s'ils ne voyaient pas le Seigneur ..." (Sermon sur le mystère de l'Incarnation, (I), 147 : Dieu veut répondre à l'amour de l'homme qui désire voir Dieu)

Romain le Mélode

"La créature, née de la terre, périssait de soif : consumée par la chaleur ardente, elle errait au désert, sans eau, et dans son malheur, ne trouvait rien pour étancher sa soif. Aussi mon Sauveur, fontaine de tout bien, a fait jaillir des sources de vie en criant : "C'est d'Eve, sortie de ton flanc, que t'est venue la soif, bois à mon flanc tu n'auras plus jamais soif." Double est le fleuve qui en sort, il lave et abreuve les hommes souillés et Adame est dans la joie." (Hymne 38 : Triomphe de la Croix, SC 128)

Teilhard de Chardin, Pierre

"Jadis, on traînait dans votre temple les prémices des récoltes et la fleur des troupeaux. L’offrande que vous attendez vraiment, celle dont vous avez mystérieusement besoin chaque jour pour apaiser votre faim, pour étancher votre soif, ce n’est rien moins que l’accroissement du Monde emporté par l’universel devenir.
Recevez, Seigneur, cette Hostie totale que la Création, mue par votre attrait, vous présente à l’aube nouvelle. Ce pain, notre effort, il n’est de lui-même, je le sais, qu’une désagrégation immense. Ce vin, notre douleur, il n’est encore, hélas ! qu’un dissolvant breuvage. Mais, au fond de cette masse informe, vous avez mis – j’en suis sûr, parce que je le sens – un irrésistible et sanctifiant désir qui nous fait tous crier, depuis l’impie jusqu’au fidèle : "Seigneur, faites-nous un". (La messe sur le monde)

"La fleur que je tenais s’est fanée dans mes mains, un mur s’est dressé devant moi au tournant de l’allée… une flamme a consumé la feuille qui portait ma pensée… L’épreuve est venue… et je n’ai pas été définitivement triste… pourquoi donc Seigneur ? Parce que, dans cette faillite des supports immédiats que je risquais de donner à ma vie, j’ai expérimenté, d’une manière unique, que je ne reposais plus que sur votre consistance…" (Ecrits du temps de guerre, Œuvre, Seuil, tome XII, p. 167)

... notre pire faiblesse est de ne pas oser croire, ni assez longtemps, ni assez vaste. Un seul élément excepté de notre foi [...] - une seule minute de "pas assez" dans l'exercice de cette foi et tout l'édifice branle." (Etre plus, Seuil, "Points", p. 95)

"L'attente… est la fonction chrétienne par excellence, et le trait le plus distinctif peut-être de notre religion. Historiquement, l'attente n'a jamais cessé de guider, comme un flambeau les progrès de notre Foi. Les Israélites ont été de perpétuels "expectants" ; et les premiers chrétiens aussi. Car Noël qui aurait dû, semble-t-il, inverser nos regards et les concentrer sur le Passé, n'a fait que les reporter plus loin encore en avant. Un instant apparu parmi nous, le Messie ne s'est laissé voir et toucher que pour se perdre, une fois encore, plus lumineux et plus ineffable dans les profondeurs de l'avenir. Mais maintenant nous devons l'attendre encore et de nouveau… C'est une accumulation de désirs qui doit faire éclater la Parousie" (Le milieu divin, 197).

"Il suffit pour la Vérité d'apparaître une seule fois dans un seul esprit, pour que rien ne puisse jamais plus l'empêcher de tout envahir et de tout enflammer…" (Le coeur de la matière, 117), p. 118.

Tertullien

"Dieu lui-même est le plus parfait modèle de patience, ce qui doit nous engager à devenir patients comme lui. Car voyez d'abord comment il fait également luire son soleil sur les bons et sur les méchants; comment il permet que les uns et autres profitent indifféremment de l'utilité des saisons , des éléments et des dons de toute la nature. Tout Dieu qu'il est, il supporte l'ingratitude de tant de nations qui ne cessent de blasphémer son nom et d'outrager ses serviteurs, et qui portent l'insolence jusques à adorer les ouvrages bizarres de leurs propres mains. Enfin il souffre le libertinage, l'avarice, l'injustice , et tout ces autres dérèglements honteux que l'on voit se multiplier tous les jours dans le monde ; il souffre, dis-je, ces désordres avec tant de bonté que sa patience extrême semble faire quelque tort à sa toute-puissance. En effet, plusieurs en viennent à douter s'il y a un Dieu, parce qu'il ne comprennent pas pourquoi il est si lent à punir le crime." (De la patience, 2)

"Après avoir créé l'homme par pure bonté, Dieu lui imposa une loi. C'était encore sa bonté qui le faisait agir ainsi, car donner à l'homme le moyen d'adhérer à Dieu, n'était-ce pas chercher son bien ? Si Adam avait été livré à lui-même, affranchi de la soumission à Dieu, n'aurait-il pas ressemblé à ces animaux qui lui sont assujettis et que Dieu abandonne à leurs libres pencahts en les laissant dans leur basse condition ? Seul parmi tous les êtres animés, l'homme peut se glorifier d'avoir été jugé digne de recevoir de Dieu une loi. Animal doué de raison, capable de comprendre et de discerner, il réglera sa conduite en disposant de sa liberté et de sa raion, dans la soumission à celui qui lui a tout soumis (1 Cor 15, 28)." (Contre Marcion, Livre II, ch.4-5-9).

"Et Dieu, dit l’Ecriture, modela l’homme avec la glaise du sol. Ce n’était encore que de la glaise, et déjà le nom d’homme est prononcé. […] Quel honneur prodigieux pour le limon, ce rien, d’être touché par les mains de Dieu ! Ce simple contact n’aurait-il pas suffi à Dieu pour former l’homme, sans rien de plus ? Mais à voir Dieu travailler cette boue, on comprend qu’il s’agissait d’une œuvre extraordinaire. Les mains de Dieu étaient à l’ouvrage, elles touchaient, pétrissaient, étiraient, façonnaient cette glaise qui ne cessait de s’ennoblir à chaque impression des mains divines. Imagine-toi Dieu occupé, appliqué tout entier à cette création : mains, esprit, activité, conseil, sagesse, providence, amour surtout orientaient son travail ! C’est qu’à travers ce limon qu’il pétrissait, Dieu entrevoyait déjà le Christ, qui un jour serait homme, comme ce limon : Verbe fait chair, comme cette terre qu’il avait entre les mains.
Tel est le sens de cette première parole du Père à son Fils : Faisons l’homme à notre image et à notre ressemblance. Dieu modela donc l’homme selon l’image de Dieu, c’est-à-dire selon le Christ. […] Dès lors ce limon qui revêtait l’image du Christ – telle qu’elle se manifesterait dans son Incarnation future – n’était pas seulement l’œuvre de Dieu, il était aussi le gage de Dieu ! (De la résurrection des morts, ch. 5-6, cité in Sr. Isabelle de la Source, Lire la Bible avec les Pères, 1. La Genèse, pp. 21-22)

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