Les Pères de l'Eglise et le mystère de la foi

Chapitre 4e

Et en Jésus Christ, son Fils unique, notre Seigneur, qui a été conçu du Saint Esprit…

Dire "Je crois en Dieu" implique que dans le même temps on dise "en Dieu le Père… Créateur" et "en son Fils Unique" et en cet Esprit que Jésus-Fils lui-même nous a annoncé.

Nous avons vu que Dieu est, et étant, il est nécessairement (par définition) "Père", "Fils" et "Esprit". Dire que Dieu est Père, c’est en même temps dire qu’il est Fils : comment serait-on "père" sans "fils" ? Et comment Père et Fils si étroitement unis ne seraient-ils pas aussi "Union", "Amour", "Souffle de vie", c’est ce que nous appelons "l’Esprit Saint". Et tant que dure Dieu (qui est éternel !), Il se répand en Amour, c’est-à-dire en création, c’est-à-dire en souffle vital. La création est en quelque sorte l’émanation de Dieu (et en particulier nous-mêmes qui sommes "parcelle de sa création" selon l’expression d’Augustin).

Son fils unique

Dieu unique ne peut avoir qu’un Fils : à un père unique répond un fils unique. L’unique père ne peut avoir qu’un fils unique, même si aussi est annoncée l’adoption d’une "multitude de frères" par St Paul en Romains 8, 29.

On soulignera l’importance de la notion d’unique dans la Bible. Quelques exemples :

Abraham est prêt à sacrifier son fils unique, Isaac (figure du Christ bien entendu) :

Genèse 22, 2 "Dieu dit : "Prends ton fils, ton unique, que tu chéris, Isaac, et va-t'en au pays de Moriyya, et là tu l'offriras en holocauste sur une montagne que je t'indiquerai.""

La thématique du fils unique se retrouve à maintes reprises. Autre exemple (plusieurs en Zacharie) :

Zacharie 12, 10 "Mais je répandrai sur la maison de David et sur l'habitant de Jérusalem un esprit de grâce et de supplication, et ils regarderont vers moi au sujet de celui qu'ils ont transpercé, ils se lamenteront sur lui comme on se lamente sur un fils unique ; ils le pleureront comme on pleure un premier-né."

Mais avec Dieu, tout est unique : le jour, le nom de Dieu, le père, l’époux, mais aussi le sacrifice et l’oblation… sont uniques, le Souverain (roi) et Dieu lui-même bien sûr :

Zacharie 14, 9 "Alors Yahvé sera roi sur toute la terre; en ce jour-là, Yahvé sera unique, et son Nom unique."

C’est encore l’unique Seigneur qui nous est envoyé, et St Jean insiste sur cet Unique-Engendré, Fils unique de Dieu, notre Seigneur Jésus-Christ.

A rapprocher d’ailleurs encore de :

Cantique 6, 9 "Unique est ma colombe, ma parfaite. Elle est l'unique de sa mère, la préférée de celle qui l'enfanta."

Cette phrase, à propos de l’Amour du Bien-aimé pour la bien-aimée, nous apprend la perfection qui est liée à l’unicité : comment l’Amour est unique… Certes par ce retour constant sur le mot "unique", la Parole de Dieu veut nous dire l’unicité de Dieu-Fils (il est le seul de son "espèce", il est le seul Dieu-Fils). Mais plus profondément il faut entendre unique comme signe de perfection. Parce que le Fils est unique, sur Lui est portée toute la perfection de l’Amour du Père, toute la perfection de la Génération… L’unicité est une nécessité. On notera la force de ce mot car sur un seul est reporté toutes les qualités, toute l’affection, la totalité des dons possibles. C’est donc encore ce que l’on trouve dans le Credo sous la forme "seul" : "Je crois en un seul Seigneur, Jésus-Christ" ou "Je reconnais un seul baptême" (Credo de Nicée-Constantinople), et dans diverses proclamations de foi (cf. le chant : "Un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême, un seul Dieu et Père !", mais aussi cette prière de Jean-Paul II : "Il n'y a qu'un seul Seigneur, une seule Foi, un seul baptême".

Soulignons encore que Dieu s’est fait fils de l’homme à cause du trop grand amour dont il a aimé l’homme :

"A cause de toi, moi ton Dieu, je suis devenu ton fils ; à cause de toi, moi ton Seigneur, j’ai pris la forme d’esclave ; à cause de toi, moi qui demeure au-dessus des cieux, je suis descendu sur la terre et sous la terre. Pour toi, homme, je me suis fait comme un homme sans protection, libre parmi les morts. Pour toi qui es sorti du jardin, j’ai été livré aux juifs dans le jardin et j’ai été crucifié dans le jardin…", Homélie de St Epiphane sur l'ensevelissement du Christ, cité in J.R. Bouchet, Lectionnaire pour les dimanches et pour les fêtes, Cerf, p. 187

...notre Seigneur

Qu’est-ce que le Seigneur ? Il est parfois difficile pour nos contemporains d’utiliser ce mot qui nous renvoie à une époque ancienne où l’on désignait par "Monseigneur" un noble, quelqu’un qui était placé plus haut dans la hiérarchie sociale (société hiérarchique que conçoit mal notre société contemporaine) : signe de respect, d’allégeance, reconnaissant la "noblesse" de celui à qui on s’adresse. Ce mot a donné "monsieur", certes - mais l’on dit de moins en moins "monsieur, madame" à notre époque avec un "bonjour !" qui confond toutes les structures sociales !

Les Pères ne s’embarrassent pas des scrupules égalitaires de nos sociétés ou des subtilités hiérarchiques. Guerric d’Igny (1080 - 1157 ) nous dit que le Seigneur pour nous est d’abord et toujours "le Sauveur". Il ne veut retenir que cela : le Seigneur est celui qui nous sauve, celui que nous attendons et que nous espérons :

"J’espérais le Seigneur d’un grand espoir, il s’est penché vers moi. Ils ont reconnu dans la faiblesse de la chair la splendeur de la divinité et ils ont dit : "Voici notre Seigneur ; nous l’avons attendu et il nous sauvera. C’est lui notre Sauveur, nous l’avons espéré, nous exulterons et nous bondirons de joie en son salut." […]
Heureux l’homme dont l’espérance est le nom du Seigneur. Il dit : "Ma part c’est le Seigneur, aussi je l’attendrai." Bon est le Seigneur pour ceux qui l’espèrent, pour l’âme qui le cherche. Il est bon d’attendre dans le silence le salut du Seigneur. "Jusqu’au bout, mon âme ira pour ton salut, j’espère en ta parole." Je suis sûr qu’il viendra et, s’il tarde, je l’attendrai, car il est sur le chemin. Je crois à tes commandements, Seigneur, aide mon incrédulité afin que je m’établisse dans l’attente, dans l’espérance, jusqu’à ce que je vois ce que je crois. "Voici, je viens bientôt, dit le Seigneur, et ma récompense est avec moi : donner à chacun selon ses œuvres" ; et il dit à Jérusalem : "Bientôt viendra ton salut. Pourquoi te ronges-tu de tristesse ?" Même si le temps paraît long à celui que la peine ou l’amour oppressent, c’est vrai qu’il est court. Il vient, il vient le Seigneur, notre crainte et notre désir, le repos et la récompense de ceux qui peinent, la douceur et la satiété de ceux qui l’aiment." (Sermon I, 1, 2, 4 pour l’Avent)

C’est vrai que le terme de "seigneur" est surtout appliqué aux rois : Guerric continue :

""Voici que vient le Roi, accourons tous au-devant du Sauveur." A celui qui annonce sa venue, à celui qui apporte les eaux qu’il a puisées dans la joie aux sources du Sauveur, qu’il soit Isaïe ou un autre Prophète, nous répondons avec les mots d’Elisabeth, car c’est du même Esprit que nous sommes abreuvés : "D’où vient que mon Seigneur vienne à moi ? Voici, en effet, qu’à peine ton salut eût frappé mes oreilles, mon esprit a tressailli en mon cœur, bondissant de joie au-devant de Dieu son Sauveur." Et c’est vrai, frères, qu’il faut courir dans l’exultation de nos esprits au-devant du Christ qui vient. Que le voyant venir de loin, nous l’adorions le saluions et l’acclamions en disant : "Salut, toi qui viens nous sauver, béni sois-tu, toi qui viens nous bénir. Viens Seigneur, sauve-moi et je serai sauvé, montre ta face et nous serons sauvés. Nous t’avons espéré, sois notre bras et notre salut durant le temps d’épreuve."" (Sermon II, 1 pour l’Avent).

Rappelons aussi que "Jésus" signifie "Dieu sauve" : l'hébreu "Iéshoua", nom propre qui signifie Iahvé est salutaire, lahvé sauve.

Précisément Jésus-Christ est le "Seigneur des Seigneurs" - il n’y a pas de confusions avec le terme utilisé pour les rois de la terre ! Le Nouveau Testament applique au Christ ce que le Deutéronome, notamment (Dt 10, 17) ou les Psaumes (136, 3) disaient de Dieu :

1 Timothée 6,15 "… que fera paraître aux temps marqués le Bienheureux et unique Souverain, le Roi des rois et Seigneur des seigneurs,"

Apocalypse 17, 14 "Ils mèneront campagne contre l'Agneau, et l'Agneau les vaincra, car il est Seigneur des seigneurs et Roi des rois, avec les siens: les appelés, les choisis, les fidèles."

Petit commentaire de ce mot de "Seigneur" dans le Credo trouvé sur le site : http://www.orthodoxa.org/FR/orthodoxie/theologie/credo2.htm" (un commentaire du credo) par P. André Borrely, Recteur de la paroisse St Irénée, Marseille (France) paru in revue Orthodoxes à Marseille n° 68 :

Et en un seul Seigneur...
"En confessant la seigneurie de Jésus Christ, le Credo de l'Eglise exprime, à la suite de saint Paul, sa conviction qu'en inaugurant par sa mort et sa résurrection le Royaume de Dieu, et en recevant de son Père céleste la souveraineté suprême, le Christ est devenu le Seigneur des Seigneurs, reconnu par l'univers tout entier et infiniment supérieur aux prétendus "Kyrioi" que sont les empereurs.
"Possédant forme de Dieu, le Christ Jésus n'a pas regardé comme une prérogative d'être égal à Dieu, mais il s'est anéanti en prenant forme d'esclave, en devenant pareil aux hommes. Et quand il a eu figure humaine, il s'est abaissé à obéir jusqu'à mourir et mourir en croix. Aussi Dieu l'a-t-il exalté et lui a-t-il accordé le Nom qui est au-dessus de tout nom, pour qu'au Nom de Jésus, tout genou plie, dans les cieux, sur terre et sous terre, et que toute langue confesse que Jésus Christ est Seigneur, à la gloire de Dieu le Père" (Ph 2, 5-11)."

qui a été conçu du Saint Esprit

La question du Fils, en lien avec le Père ayant été examinée, il faut maintenant parler du Saint-Esprit (on y reviendra plus bas aussi dans le commentaire du Credo). Peut-on parler du Saint-Esprit ?

Augustin commente :

"Sur le Père et le Fils, nombreux sont les livres écrits par des (docteurs) savants et spirituels. Autant que des hommes le peuvent à des hommes, ils s'y sont appliqués à faire saisir comment le Père et le Fils ne sont pas un seul (individu) mais une seule (réalité), ou encore ce qu'est proprement le Père et ce qu'est le Fils : celui-là le générateur, celui-ci l'engendré ; celui-là (n'étant pas issu) du Fils, mais celui-ci du Père… Au contraire, l'Esprit Saint n'a pas été encore étudié avec autant d'abondance et de soin par les doctes et grands commentateurs des divines Ecritures, de telle sorte qu'il soit aisé de comprendre également son caractère propre, qui fait que nous ne pouvons l'appeler ni Fils ni Père mais seulement Esprit Saint." (De la foi et du symbole, 9, 18-19).

"Conçu du Saint-Esprit" : La conception de Jésus, vrai homme, mais vrai Dieu, ne peut être expliquée que par son lien au Père et à l’Esprit : le mystère de la conception virginale de Marie constitue souvent un "bloquage" pour bien des croyants et si Marie a été reconnue "mère de Dieu" dès le concile d’Ephèse en 431, ce n’est pas sans mal (précisément parce qu’il y avait de fortes contestations autour de la double nature humaine et divine du Christ et qu’il s’agissait pour les pères du Concile de dénoncer les hérésies), et à toute occasion, les discussions sont reprises dans l’Eglise en raison d’un mystère qui est beaucoup trop profond pour être compris, bien que nécessaire. Nous verrons ci-dessous le comportement fort raisonnable d’un théologien comme Sesboüé.

Sans attendre de comprendre pour cela, il est important de parler de l’Esprit Saint nous dit Cyrille de Jérusalem en conclusion de cette magnifique Catéchèse baptismale sur l’Esprit : "On ne se lasserait pas de parler de l’Esprit Saint" !

"L'eau que je lui donnerai deviendra en lui source jaillissante pour la vie éternelle. C'est une eau toute nouvelle, vivante, et jaillissante, jaillissant pour ceux qui en sont dignes. Pour quelle raison le don de l'Esprit est-il appelé une "eau" ? C'est parce que l'eau est à la base de tout ; parce que l'eau produit la végétation et la vie ; parce que l'eau descend du ciel sous forme de pluie ; parce qu'en tombant sous une seule forme, elle opère de façon multiforme. [...] Elle est différente dans le palmier, différente dans la vigne, elle se fait toute à tous. Elle n'a qu'une seule manière d'être, et elle n'est pas différente d'elle-même. La pluie ne se transforme pas quand elle descend ici ou là mais, en s'adaptant à la constitution des êtres qui la reçoivent, elle produit en chacun ce qui lui convient.

L'Esprit Saint agit ainsi. Il a beau être un, simple et indivisible, il distribue ses dons à chacun, selon sa volonté. De même que le bois sec, associé à l'eau, produit des bourgeons, de même l'âme qui vivait dans le péché, mais que la pénitence rend capable de recevoir le Saint-Esprit, porte des fruits de justice. Bien que l'Esprit soit simple, c'est lui, sur l'ordre de Dieu et au nom du Christ, qui anime de nombreuses vertus.

Il emploie la langue de celui-ci au service de la sagesse : il éclaire par la prophétie l'âme de celui-là ; il donne à un autre le pouvoir de chasser les démons ; à un autre encore celui d'interpréter les divines Ecritures. Il fortifie la chasteté de l'un, il enseigne à un autre l'art de l'aumône, il enseigne à celui-ci le jeûne et l'ascèse, à un autre il enseigne à mépriser les intérêts du corps, il prépare un autre encore au martyre. Différent chez les différents hommes, il n'est pas différent de lui-même, ainsi qu'il est écrit : Chacun reçoit le don de manifester l'Esprit en vue du bien de tous.

[...]

Son entrée en nous se fait avec douceur, on l'accueille avec joie, son joug est facile à porter. Son arrivée est annoncée par des rayons de lumière et de science. Il vient avec la tendresse d'un défenseur véritable, car il vient pour sauver, guérir, enseigner, conseiller, fortifier, réconforter, éclairer l'esprit : chez celui qui le reçoit, tout d'abord ; et ensuite, par celui-ci, chez les autres.

Un homme qui se trouvait d'abord dans l'obscurité, en voyant soudain le soleil, a le regard éclairé et voit clairement ce qu'il ne voyait pas auparavant : ainsi celui qui a l'avantage de recevoir le Saint-Esprit a l'âme illuminée, et il voit de façon surhumaine ce qu'il ne connaissait pas."

Catéchèse de St Cyrille de Jérusalem sur le Saint-Esprit : Extraits de la Catéchèse 18 sur le Symbole de la Foi, 23-25

On peut tenter toutes les comparaisons pour parler de l’Esprit-Saint : elles sont toutes insuffisantes, mais nous devons toujours nous en réclamer car l’Esprit-Saint est ce Paraclet annoncé par Jésus, cet Esprit du Christ à l’œuvre dans le monde, la présence actuelle de Dieu dans son Eglise. Sans l’Esprit-Saint, pas d’Eglise, pas de salut, pas de chemin vers Dieu. C’est pourquoi il est important de souligner que l’Esprit-Saint est donné tout particulièrement aux croyants dans les sacrements (manifestations visibles de ce qui est invisible, signes de cette action de Dieu que nous oublions si facilement) – et dans tous les sacrements.

Mais l’Esprit planait sur les eaux à la création, et l’Apocalypse se termine par cet appel qui unit une fois de plus l’Esprit et l’Eglise (l’épouse) : "L'Esprit et l'Épouse disent : "Viens !" Que celui qui entend dise : "Viens!" Et que l'homme assoiffé s'approche, que l'homme de désir reçoive l'eau de la vie, gratuitement. […] Amen viens Seigneur Jésus. Que la grâce du Seigneur Jésus soit avec tous ! Amen." (Ap 22, 17-21)

Ce n’est que symboliquement que l’on peut parler de l’Esprit Saint. Et quand nous disons du Christ Jésus qu’il a été "conçu du Saint-Esprit" la référence principale est à l’Amour de Dieu : Amour qui se répand comme une eau bienfaisante sur ceux qui l’accueillent. Et Marie est celle qui a accueilli de façon totale l’annonce (cf. l’annonciation) de cet Amour de Dieu pour elle, Dieu qui l’a choisie pour que le Fils de Dieu entre dans l’humanité en plénitude, mais humblement comme tout homme).

Grégoire de Nazianze essaye de nous faire comprendre cette conception du Fils de Dieu dans le sein de Marie :

"Le Verbe de Dieu qui est éternel, invisible, incompréhensible, incorporel, principe né du principe, lumière née de la lumière, source de la vie et de l'immortalité, empreinte exacte du premier modèle, marque ineffaçable, ressemblance identique du Père, intention et pensée de celui-ci, progresse vers son image. Il prend chair pour sauver la chair, il s'unit à une âme raisonnable pour sauver mon âme ; il veut purifier le semblable par le semblable et il devient totalement homme, sauf en ce qui concerne le péché.

Il est conçu par la Vierge, préalablement purifiée par le Saint-Esprit dans son âme et dans sa chair, car, s'il fallait honorer la génération, il fallait honorer davantage la virginité. Il se présente comme Dieu incarné, formant un seul être de deux principes opposés, la chair et l'esprit. L'esprit donnait la divinité, la chair était divinisée.

Lui qui enrichit les autres s'appauvrit, car il adopte la pauvreté de ma chair pour que moi je m'enrichisse de sa divinité. Lui qui est plénitude s'anéantit, il se dépouille de sa propre gloire pour un peu de temps, afin que moi, je participe à sa plénitude.

Quel trésor de bonté ! Quel grand mystère en ma faveur ! J'ai reçu l'image, et je ne l'ai pas gardée. Le Verbe a participé à ma chair afin de sauver l'image et de rendre la chair immortelle ! Il s'unit à nous par une deuxième union, beaucoup plus étonnante que la première.

Il fallait que l'homme soit sanctifié par un Dieu devenu homme ; après avoir terrassé notre tyran, il nous délivrerait et nous ramènerait vers lui, par la médiation du Fils, pour l'honneur du Père. C'est ainsi que le Fils se montre obéissant en toutes choses envers lui pour accomplir son plan de salut.

Ce bon Pasteur est venu rechercher la brebis égarée, en donnant sa vie pour ses brebis, sur les montagnes et les collines où tu offrais des sacrifices. il a retrouvé celle qui était égarée, il l'a chargée sur ces épaules qui ont porté aussi le bois de la croix et, après l'avoir saisie, il l'a ramenée à la vie d'en haut.

Cette lumière éclatante du Verbe est précédée par la lampe qui brûle et qui éclaire ; la parole, par la voix qui crie dans le désert ; l'Epoux, par l'ami de l'Epoux, celui qui prépare pour le Seigneur un peuple choisi en le purifiant dans l'eau en vue de l'Esprit.

Il nous a fallu un Dieu qui s'incarne et qui meure pour que nous vivions. Nous sommes morts avec lui pour être purifiés ; morts avec lui, nous sommes ressuscités avec lui ; ressuscités avec lui, avec lui nous sommes glorifiés."

(Grégoire de Nazianze, Homélie pour la Pâque (Hom. 45), 9.22.26.28)

Grégoire de Nazianze, ailleurs, résume cette révélation progressive de Dieu : ses raisons et ses formes :

"Dieu n’a pas voulu que ses bienfaits nous fussent imposés de force, mais qu’ils fussent reçus volontairement. Aussi a-t-il agi comme un pédagogue ou un médecin, supprimant quelques traditions ancestrales, en tolérant d’autres… Ainsi, par des changements partiels, les hommes se sont trouvés comme furtivement entraînés vers l’Evangile. L’Ancien Testament a clairement manifesté le Père, obscurément le Fils. Le Nouveau a révélé le Fils et fait entendre la divinité de l’Esprit. Aujourd’hui, l’Esprit vit parmi nous et se fait plus clairement connaître. Il eût été périlleux, en effet, alors que la divinité du Père n’était point reconnue, de prêcher ouvertement le Fils ; et tant que la divinité du Fils n’était point admise, d’imposer, si j’ose dire, en surcharge, le Saint-Esprit. On eût pu craindre que, comme des gens chargés de trop d’aliments ou comme ceux qui fixent sur le soleil des yeux encore débiles, les fidèles ne perdissent cela même qu’ils avaient déjà acquis. Il fallait, au contraire, par des additions partielles et, comme dit David, par des ascensions de gloire en gloire, que la splendeur de la Trinité rayonnât progressivement." (Discours théologiques, cité in Jean-René Bouchet : Lectionnaire pour les dimanches et pour les fêtes, Cerf, 1994, pp. 235-236)

Cette méditation du mystère de la venue de Dieu parmi les hommes est première, et la croyance en la conception virginale de Marie ne peut venir qu’après avoir parlé de la mort, de la vie, de la résurrection de Jésus, et à la lumière de cette vie de Dieu parmi les hommes. C’est ce que dit très explicitement Bernard Sesboüé dans Croire. Invitation à la foi catholique pour les femmes et les hommes du XXIe siècle, Droguet et Ardant, 1999, p. 218 :

"Une saine pédagogie de la foi ne doit […] pas commencer par l’affirmation de la conception virginale. Bien des raisons, même des raisons bibliques, invitent à aborder ce thème, après avoir parlé de la vie, de la mort et de la résurrection de Jésus. Ces récits ont été en effet écrits après la résurrection. Ils ont profité de la lumière intense que celle-ci projette sur l’identité de Jésus et sur la totalité de son itinéraire. Personnellement, je ne peux croire à la conception virginale de Jésus qu’à cette lumière. Il faudra donc en traiter après l’ensemble de la vie de Jésus…".
Ce site a été réalisé et est remis à jour par Marie-Christine Hazaël-Massieux.