Anne Lécu

"Un parfum de grand prix", extrait

Commentaire de l'évangile dit "de l'Onction à Béthanie" (Jn 12, 1-8), qui fait suite à la résurrection de Lazare : Marie, la soeur de Marthe, vient arroser les pieds de Jésus avec un parfum de grand prix.

"[Marie] a compris la leçon. C'est du temps qu'ils sont vivants qu'il faut se préoccuper des futurs morts que nous sommes. C'est du temps qu'ils sont vivants qu'il convient de les aimer, de les parfumer, de les embaumer.
En célébrant ainsi le corps de son Seigneur, en le oignant tel le Messie qu'il est, de parfum de grand prix, Marie annonce que le corps n'est pas voué à la destruction. Elle annonce l'imputrescible, la résurrection de la chair. Elle se tient à deux pieds dans la vie éternelle, si la vie éternelle c'est se fier à ce Messie-là, qui l'a relevée un chapitre plus tôt.**

Marie confirme la messianité de Jésus par cette onction.
Ce n'est ni un roi, ni un prêtre, ni un prophète qui oint le Christ, qui chrisme le Christ, qui messiannise le Messie, mais une femme, que certains aimeront confondre avec Marie de Magdala, que d'autres aimeront identifier à la prostituée de Luc qui non seulement a parfumé le Seigneur mais a lavé ses pieds de ses larmes et les essuie de ses cheveux [Lc 7, 37-50]. Le parfum de grand prix qui réjouit Jésus, c'est l'offrande que Marie fait de sa vie à cet instant-là, toute donnée à son Seigneur.
Voilà, cette fois c'est sûr. C'est bien lui le Messie. Et le parfum qui le consacre, l'onction, ce sont nos vies perdues, malmenées, livrées et délivrées. Celle ou celui qui donne ainsi sa vie au Fils de Dieu remplit la maison de parfum."

(Marcher vers l'innocence, Cerf, 2015, p. 128).

**Voir Jn 11 : Alors que Marie doute encore, quand elle pleure aux pieds de Jésus, qu'il peut ressusciter son frère Lazare déjà mis au tombeau.

Anne Lécu, Dominicaine, est médecin en prison. Elle est auteur de magnifiques petits ouvrages publiés notamment au Cerf.