Un chemin spirituel : les Confessions de St Augustin.

Chapitre 1er

Le contexte des Confessions (Eglise du IV siècle, l’Afrique du Nord, Milan…) et le plan de l’oeuvre

Nous avons vu dans l’introduction la visée profonde des Confessions, leur ligne directrice, compréhensible d’ailleurs à partir du sens du mot confession. Reste à établir, si c’est possible, la raison immédiate de ce livre : ce qui a amené Augustin à écrire cet ouvrage qu’avec le recul nous pouvons interpréter comme nous l’avons fait précédemment en référence aux deux sens du mot et à l’intention avouée d’Augustin.

Les Confessions ont été écrites entre 397 et 401 : Augustin est baptisé depuis 10 ans (baptême à Pâques 387). Il est évêque d’Hippone depuis 396.

Causes immédiates des Confessions

On évoque plusieurs hypothèses de causes immédiates, qu’il convient d’exposer un instant, puisqu’on peut difficilement choisir parmi elles :

Sans doute, aucune de ces raisons n’est suffisante, et peut-être même que telle ou telle n’est pas opportune : par exemple c’est peut-être la parution des Confessions qui a amené les calomnies des Donatistes ! La demande de Paulin de Nole n’est pas prouvée.

Sans doute pouvons-nous, dans la foi, penser qu’Augustin a écrit cette œuvre parce que c’était là le "temps favorable", "le jour du salut" selon 2 Co 6, 1-10… Importe-t-il précisément, quand on médite avec quelqu’un qu’on a appelé "le Père de la grâce", de chercher toujours des causes matérielles et purement humaines d’une décision ou expression fondamentale ? Il y a dans toute vie ainsi et toujours un "temps favorable" qu’il ne faut pas passer, gâcher : le temps de l’appel de Dieu, de son invitation à le chercher. On pourrait mettre sur les lèvres de chaque homme cette prière de Karl Rahner – source d’une meilleure compréhension de la démarche d’Augustin (Homélies et méditations, Salvator, 2005, p. 225) :

"Ô Dieu, donne–nous dans ta grâce la lumière et la force de reconnaître et de vivre le jour, le moment tel que tu ne cesses de nous le donner : comme le don que tu nous fais, comme ta grâce et comme notre mission, afin que de ce temps, de ce temps favorable du salut germe ton éternité."

Dans ce sens, A. Solignac suggère que les Confessions s’expliquent par elles-mêmes, s’expliquent par Augustin lui-même : "Cet ouvrage est le fruit de sa prière, de sa soumission à la grâce, de ses réflexions sur l’Ecriture, de ses intentions apostoliques, du sentiment de l’action du Seigneur sur sa vie personnelle." (op. cit. p. 36).

Sans doute, ceci va nous amener à examiner plus soigneusement quelques points de la vie d’Augustin dans cette Eglise du IVe siècle, animée de différents courants, différents conflits, dont la vie d’Augustin telle que nous la connaissons est le témoignage.

L’Eglise du IVe siècle : brève présentation

Période qu’on appelle souvent "l’âge d’or des Pères". L’Eglise qui était principalement de langue grecque va progressivement se doter aussi d’une face latine, grâce notamment à Augustin et au rôle qu’il va y jouer. Des différences existent certes entre l’Occident et l’Orient, mais les séparations n’ont pas encore eu lieu - même si la gestion de l’Eglise notamment (évêque de Rome d’une part et patriarches d’autre part) marque déjà des divergences. La foi s’élabore en grande partie conjointement, les influences se faisant sentir de part et d’autre. Epoque des grandes hérésies : l’arianisme(2) (hérésie trinitaire, qui trouvera d’autres prolongement, après l’époque d’Augustin, quand notamment, avec le monophysisme(3), c’est la nature humaine du Christ qui sera contestée), le pélagianisme (voir note 6 ci-dessous), tandis qu’Augustin aura eu aussi à lutter contre le donatisme (4)

Mais c’est aussi l’époque des développements du monachisme, celle des Pères de l’Eglise avec le rôle majeur qu’ils vont jouer dans l’élaboration progressive de grandes questions. Citons parmi les grandes questions :

Si les persécutions et le martyre ne sont plus aussi présents, la façon de vivre la foi chrétienne reste une question importante avec tout le cortège de questions morales qu’elle implique. C’est aussi l’époque où Jérôme entreprend la traduction de la Bible en latin, alors même que l’interprétation de la Bible et sa lecture (plus littéraliste, plus symbolique) sont une des grandes questions de l’époque (nous aurons bien sûr l’occasion de revenir largement sur tous ces aspects). Les écoles, les tendances se multiplient… Soulignons que parmi les pratiquement contemporains d’Augustin, on citera Jean Chrysostome (345-407), encore un peu les Cappadociens (Grégoire de Nysse meurt en 394) ; Hilaire de Poitiers est mort en 367, Athanase en 373… Cyrille d’Alexandrie, quant a lui a vécu de 380 à 444, Ambroise bien sûr qui a eu un rôle si important meurt en 394… C’est aussi l’époque de Jean Cassien (v. 360-435), presque contemporain d’Augustin. On comprend la richesse de toute cette époque…

Mais c’est aussi l’époque des invasions barbares, avec ce qu’elles apportent de perturbations et de drames : vécues largement comme la fin d’un monde, une remise en question profonde – nous le verrons.

Quelques repères historiques :

337Mort de Constantin : proclamation de ses fils, élimination de leurs cousins.
354Naissance d’Augustin à Thagaste en Afrique le 13 novembre.
370Martin devient évêque de Tours.
372Grégoire, ami de Basile, devient évêque de Nazianze. C’est l’année du baptême de Jean Chrysostome (qui a 27 ans).
373Ambroise devient évêque de Milan (bien qu’il soit encore catéchumène). Il est alors baptisé, puis sacré évêque. Commence le premier séjour de Jérôme en Orient.
376Augustin, qui a 22 ans, commence à enseigner la rhétorique à Carthage.
381Grégoire de Nazianze quitte le siège de Constantinople. Le Concile de Constantinople (2e concile œcuménique) impose définitivement l’orthodoxie nicéenne. Il règle en outre l’organisation ecclésiastique en la liant à la géographie administrative et confirme l’indépendance des diocèses.
383Augustin s’installe à Rome ; l’année d’après il va obtenir la chaire de rhétorique de Milan.
387Augustin, qui a 33 ans est baptisé à Milan par Ambroise, en même temps que son fils Adéodat. Mort de Monique.
390Mort de Grégoire de Nazianze. Grégoire de Nysse quant à lui publie sa Vie de Moïse, ses Homélies sur le Cantique des cantiques.
395A la mort de Théodose, il y a partage définitif de l’Empire romain entre ses deux fils : Honorius devient empereur d’Occident, Arcadius empereur d’Orient.
396Augustin est évêque d’Hippone en Numidie. Mort de Martin de Tours.
397Mort d’Ambroise de Milan.
398Jean Chrysostome est consacré évêque de Constantinople.
399Augustin débute son traité De Trinitate. C’est aussi l’époque où il écrit Les Confessions (entre 397 et 401).
406Grande invasion germanique en Gaule.
407Mort de Jean Chrysostome.
410Prise de Rome par Alaric. Pélage arrive à Carthage.
411Conférence de Carthage : condamnation du donatisme et du pélagianisme(5).
413Les Wisigoths occupent l’Aquitaine. Augustin commence La cité de Dieu
428Nestorius(6) devient évêque de Constantinople.
429Les Vandales envahissent l’Afrique, sous la conduite de Genséric.
430Mort d’Augustin.
431Concile d’Ephèse (3e concile œcuménique) : déposition de Nestorius, condamnation de sa doctrine. Affirmation que Marie est Théotokos (Mère de Dieu). Condamnation de la doctrine de Pélage.

L’historicité des Confessions

L’historicité des Confessions a été une question longtemps débattue : outre la rédaction plus de dix ans après les événements évoqués, il faut rappeler que la tonalité de l’œuvre est assez différente des œuvres rédigées directement à Cassiciacum juste au moment de la conversion d’Augustin. On résumera brièvement le débat qui n’est pas sans importance pour examiner la spiritualité d’Augustin.

Les principales critiques contre l’historicité des Confessions reposent sur les différences entre le climat des dialogues de Cassiciacum et les Confessions (qui auraient en quelque sorte repeint la réalité) : les auteurs qui soutiennent cette thèse défendent aussi l’idée qu’Augustin s’est surtout converti au néo-platonisme, et que son christianisme n’aurait suivi qu’ensuite, notamment sous l’influence de Monique, sans retenir la flamme et la passion pour Dieu qui sont marquées à chaque ligne dans les Confessions (critiques fréquentes au début du XXe siècle) ; on a pu aussi suggérer d’inverser le processus, et dire que le choix du néo-platonisme s’est imposé comme philosophie à un Augustin devenu chrétien. On rappelle alors l’influence d’Ambroise et de ses prédications qui ont véritablement fait découvrir les Ecritures et à travers elles la foi chrétienne trinitaire à Augustin – foi dès lors passionnée. Ses cris vers Dieu dans les Confessions, s’ils sont sans doute expression littéraire construite d’un remarquable écrivain et d’un "rhéteur", n’en sont pas moins fondés dans la réalité, et le récit qu’Augustin fait de sa conversion, lente, tourmentée et complexe, selon lequel on ne peut pas en proposer une cause unique, mais qui se déroule selon un chemin heurté et tourmenté, est bien la manifestation d’une authentique conversion spirituelle vécue intensément.

Nombreux sont, pourtant les auteurs tout au long du XXe siècle qui évoquent la "soi-disant conversion" d’Augustin, ou son "insincérité" ! C’est Pierre Courcelle qui, en 1950, dans ses Recherches sur les Confessions va complètement renouveler le sujet. Par une méthode rigoureuse d’analyse philologique des textes, il prétend démontrer l’historicité des Confessions. Il peut alors affirmer :

"Nous avons bien affaire à une œuvre historique de valeur et pas seulement au développement d’une thèse théologique… [Pourtant] Augustin nous avertit lui-même qu’il ne fournit pas un récit exhaustif de sa vie… On peut discerner dans le récit des omissions involontaires, d’autres qui tiennent à la nécessité d’opérer un tri parmi les souvenirs, enfin des silences volontaires." (op. cit., p. 40)

Ce point de vue est repris et complété par John J. O’Meara(7) quelques années plus tard. Il explique :

"Les Confessions ne sont pas entièrement une histoire strictement personnelle ; elles sont en partie typique." (p. 18)

Dans la conversion "sincère et complète" d’Augustin divers facteurs jouèrent un rôle, dont certainement les perspectives néo-platoniciennes. Mais aussi beaucoup d’autres événements qu’il conviendra de déterminer pour mieux comprendre son itinéraire spirituel et tenter d’expliquer un peu les données de la crise de la conversion. Dans cette nouvelle perspective d’analyse fine des Confessions en comparaison avec les dialogues et diverses oeuvres de jeunesse (par exemple le De beata uita, mais aussi le Contra Academicos, Les Soliloques, etc.), on se reportera toujours à l’introduction de A. Solignac. On peut décomposer la "conversion" en moments significatifs : lecture de l’Hortensius (Cicéron), amour de la sagesse, mais aussi de la "belle langue" ; Augustin est dérouté par les Ecritures dont il juge les récits puérils ; adhésion au manichéisme et déception ; par ailleurs amour de l’amour et réflexions sur l’amour et l’amitié ; scepticisme ; rencontre d’Ambroise (évêque de Milan) et influence de ses sermons ; décision de rester catéchumène dans l’Eglise catholique ; Augustin découvre que le christianisme, loin d’être superstitions et fables pour les faibles, peut répondre à sa recherche intellectuelle ; gêne toutefois du fait de ses attaches affectives : difficultés morales (la place de la continence ?) ; réflexion sur le libre-arbitre, l’origine du mal ; découverte des écrits platoniciens et néo-platoniciens, et surtout de Plotin ; nouvelles relations aux créatures ? confrontation du néo-platonisme avec les Ecritures : lecture de st Paul, de st Jean… ; désir de rompre toutes les amarres ; lutte violente notamment au plan moral ; décision de démissionner de ses fonctions de professeur et de se retirer à Cassiciacum.

Tous ces moments montrent, tous, l’errance d’Augustin qui cherche Dieu sans le savoir, et permettent de mieux comprendre ce qu’il veut dire (texte cité plus haut) quand il écrit :

L'homme, avant de croire au Christ n'est pas en route, il erre. Il cherche sa patrie mais il ne la connaît pas…" (Sermon Mai, 12)

Mais tous ces moments se retrouvent aussi bien rapportés dans ses écrits de l’époque de la conversion (notamment dans le De beata uita (386) – qui peut même apparaître comme un "condensé" des neuf premiers livres des Confessions). Certes, dans les Confessions Augustin explicite davantage certains points, se livre à une réflexion qu’il ne pouvait encore faire quand il était dans la crise, et surtout, selon l’objet qu’il s’est fixé, pour mieux informer le lecteur ; mais la comparaison plaide totalement en faveur de l’historicité des Confessions. Dans les premiers écrits, il rapportait déjà comment il se livrait à son habitude de la réflexion solitaire... Comme le dit A Solignac :

"… ces méditations silencieuses sont les premières manifestations de cette tendance à réfléchir devant Dieu, à dialoguer avec lui, qui trouve son achèvement dix ans plus tard dans les Confessions. » (Introduction, p. 73)

Quand Augustin rapporte dans les Confessions son bouleversement, ses luttes douloureuses de cette époque, il ne fait que reprendre, parfois dans d’autres termes, sans être aussi prisonnier des images et expressions classiques de la rhétorique dont il sait alors s’écarter, des données qui sont largement présentes dans les écrits qui datent de la période de la conversion(8). On le voit par exemple supplier dans les Soliloques :

"Donne-moi d’abord de te prier comme il convient, ensuite de me rendre digne d’être exaucé, digne enfin d’être libéré." (Sol. I, i, 2).

Certes, il ne faut pas s’étonner des maladresses d’Augustin dans les premiers écrits quand il s’essaie à parler de l’Incarnation ou de la Trinité (avant la catéchèse du baptême), mais c’est là une foi véritable qui s’exprime, même si ce n’est pas encore avec les mots et les bonheurs de formulation de l’évêque d’Hippone. Bien sûr, le terme n’est pas atteint brusquement : il faut même dire qu’Augustin, comme nous-mêmes, ne cessera jamais de se convertir, car la vie chrétienne est une conversion continue ("De commencements en commencements, vers des commencements qui n’ont pas de fin…" dit Grégoire de Nysse, vers la même époque).

Grandes étapes de la formation d’Augustin

Une fois précisée cette historicité des Confessions, il importe de rappeler quelques points concernant la vie d’Augustin jusqu’à sa conversion. La première formation d’Augustin s’est faite dans une ambiance chrétienne. Si son père, Patricius était païen(9), sa mère, Monique, (sainte Monique) était très pieuse, et a tenu, dès son enfance à engager son fils dans l’Eglise comme "catéchumène" (cf. geste d’imposition des mains qui se renouvelait au cours de la vie). Au IVe siècle, on est baptisé tard, et Augustin lui-même précise (et dénonce, à l’occasion de son baptême manqué dans l’enfance en raison de sa guérison d’une grave maladie qui a fait reporter le sacrement) :

"… maintenant encore, à propos des uns ou des autres, nous entendons résonner de toutes parts à nos oreilles : "Laisse-le faire, car il n’est pas encore baptisé." Et cependant pour la santé du corps nous ne disons pas : "Laisse-le se blesser davantage, car il n’est pas encore guéri." (I, xi, 18)

Augustin, au long de son enfance, a entendu raconter l’histoire de Jésus, dans un contexte d’ailleurs qui longtemps lui fera considérer la Bible comme un ensemble d’histoires merveilleuses et enfantines. Depuis son enfance la foi catholique a été insérée dans son âme, comme il le dira à maintes reprises(10).

Mais, en même temps, une influence contraire s’exerce (Augustin décrit avec beaucoup de finesse les désordres de l’enfance et de l’adolescence : troubles, contradictions, égoïsme fondamental, caprice, instinct de vengeance…). Ce ressentiment, comme la concupiscence (dont il montre la présence chez l’enfant, de façon psychologiquement très moderne) sont le fruit du péché originel : loin d’être "innocent", l’enfant est déjà, dès son plus jeune âge, marqué par le péché, et ce sera par une lutte constante, alors que le péché le conduit d’esclavage en esclavage, que la liberté de l’homme s’éveillera progressivement, se "libèrera" comme fruit de la grâce de Dieu quand enfin le pécheur y consent.

Ambitions familiales(11), contraintes, influences fâcheuses de l’école : tout est là pour pousser Augustin au péché, pour "inhiber" les réactions de la conscience morale. Augustin, jeune, a même honte de son "innocence" et il se livre au mal par vantardise ou même tout à fait gratuitement (cf. le vol des poires). Il souligne cette complexité des mouvements intérieurs dans l’entraînement au mal auquel l’adolescent ne saurait résister.

Le désoeuvrement de la seizième année d’Augustin (obligé d’arrêter ses études en raison des difficultés financières de la famille) est l’occasion d’une vie de plus réelle débauche : fornications, liaisons diverses, réjouissances effrénées et coupables avec un groupe d’amis (qu’il rapporte dans les Confessions au livre II surtout (intitulé précisément par la tradition "La seizième année"), et III, i, 1 où il parle de son séjour à Carthage (à partir de 370 ?) où il reprend ses études, alors que va d’ailleurs commencer sa liaison avec la mère d’Adéodat (Adéodat lui-même naît en 372 vraisemblablement : Augustin a donc 18 ans) :

"Je vins à Carthage, et autour de moi, partout, crépitait la rôtissoire des honteuses amours. Je n’aimais pas encore et j’aimais à aimer ; et par une indigence plus profonde je me haïssais d’être moins indigent. Je cherchais sur quoi porter mon amour, dans mon amour de l’amour ; et je haïssais la sécurité et le chemin sans souricières."

La vie dissolue continue à Carthage : ville cultivée, où il prend goût aux spectacles de théâtre, où il assiste à des cérémonies religieuses païennes, avec des cultes obscènes ; initiation aux mathématiques, à l’astrologie (peu distincte à cette époque de l’astronomie). Mais il s’adonne à l’étude avec passion, il réussit, on dit de lui "c’est un garçon qui promet !" (I, xvi, 26) : il a déjà certes le goût de la sagesse, de la beauté (fût-ce du style et de la langue), de la recherche philosophique… ("et jusque dans mes petites pensées sur de petits objets, je prenais plaisir à la vérité", I, xx, 31). Il regrette cependant d’avoir appris sans doute des choses utiles, mais dans un contexte de vanité qui l’éloignait de Dieu : il dénonce les fables, les inventions poétiques, l’éducation corruptrice, les méthodes de l’école, et même un certain goût de l’éloquence mise au service de récits imaginaires et de fictions poétiques :

"Oui j’ai appris là beaucoup de mots utiles ; mais on peut les apprendre aussi dans des sujets qui ne soient pas vains, et ce serait la voie sûre où les enfants pourraient marcher." (I, xv, 24)

"N’y avait-il donc pas d’autres thèmes pour exercer mon talent et ma langue ?" (I, xvii, 27)

"Je choquais même ces gens-là, en trompant à l’aide d’innombrables mensonges le pédagogue, les maîtres, les parents, par amour du jeu, goût des spectacles frivoles, impatience gamine de singer." (I, xix, 30)

Dans ces pratiques qu’il dénonce, il souligne toutefois qu’il y avait déjà en lui des dons de Dieu : son goût de l’amitié, son rejet de la douleur, de l’abjection de l’ignorance… Mais Augustin cherche son bonheur dans les créatures et non pas en Dieu : c’est là son péché.

C’est à ce moment qu’Augustin, dans sa quête philosophique (il explique le bouleversement causé en lui par la lecture de l’Hortensius de Cicéron qui lui donna alors le désir, au-delà de la belle langue de l’auteur latin, de chercher la sagesse, et de se tourner vers la philosophie ("amour de la sagesse").

"… une seule chose suffisait à me charmer, dans cette exhortation à la philosophie : ce n’était pas telle ou telle secte mais la sagesse elle-même, quelle qu’elle fût, que j’étais poussé à chérir, à chercher, à atteindre, à saisir, à étreindre vigoureusement, excité par ce discours qui m’enflammait, qui m’embrasait." (III, iv, 8)

Mais c’est aussi là qu’il continue :

"Et une seule chose venait briser l’élan d’une telle flamme : le nom du Christ n’était pas là ; or ce nom, de par ta miséricorde, Seigneur, ce nom de mon Sauveur, ton Fils, déjà dans le lait même d’une mère, mon cœur d’enfant l’avait pieusement bu, et il le gardait au fond, et sans ce nom nulle œuvre, fût-elle littéraire et bien soignée et pleine de vérité, ne me ravissait entièrement." (ibid.)

C’est à ce moment que se situe sa rencontre avec le manichéisme. Il dira plus tard qu’alors, "trompé" par le manichéisme (les tenants de cette doctrine n’ont que le nom de Dieu à la bouche et parlent de la Trinité), il va croire trouver là la vérité qu’il cherche. Pendant une dizaine d’années (en gros de 373 à 383) il fut séduit par cette secte, toutefois sans prendre les engagements d’adhésion définitive(12). Nous de développerons pas longuement ici les choix de cette période, sans doute importante et qui a laissé quelques traces dans les premières œuvres d’Augustin comme le De pulchro et apto (380-381). Dans le De moribus manichaeorum (rédigé vers 387-389), il expose longuement les incohérences et les insuffisances des réponses apportés par les Manichéens, notamment au problème du mal – question qui tout particulièrement a suscité au début l’intérêt d’Augustin pour les thèses manichéennes. Sa rencontre, décevante, avec Faustus à Carthage en 382-383 convaincra finalement Augustin que ce n’est pas là qu’il trouvera une réponse aux questions fondamentales qu’il se pose. Il dira des "fables" du manichéisme dans les Confessions :

"En fait, combien valaient mieux les fables des grammairiens et des poètes que ces piperies !" (III, vi, 11)(13).

Pendant toute cette époque, s’il refuse les marchés des haruspices, il lui arrive de fréquenter les astrologues, il gagne des concours de poésie, il enseigne à Thagaste puis à Carthage l’art de la rhétorique, et, dit-il, "je vendais la verbosité qui permet de vaincre, vaincu moi-même par la cupidité.[…] et sans tromperie, je leur apprenais des tromperies, pour leur enseigner à mener une action, non pas contre une tête innocente, mais parfois pour une tête coupable." (IV, ii, 2). Il vit alors en concubinage, avec une seule femme, comme il le précise ; ils ont un enfant, né "malgré le vœu contraire des parents, encore qu’une fois né il les force à l’aimer." (ibid.)

C’est pendant cette période que se situe l’épisode de la mort d’un ami qui l’affecta grandement. Il dépeint sa douleur inconsolable dans le chapitre IV des Confessions où il note que son âme ne trouvait nulle part le repos (vii, 12). Il quitte Thagaste et part à Carthage où se yeux "le cherchaient moins, lui, là où ils n’étaient pas habitués à le voir" (vii, 12). D’autres amitiés momentanément l’apaisent, mais Augustin souligne l’inconsistance de cette amitié :

"Heureux celui qui t’aime toi, et son ami en toi, et son ennemi à cause de toi ! Celui-là seul en effet ne perd aucun être cher, à qui tous sont chers en Celui que l’on ne perd pas […] Toi personne ne te perd, sinon celui qui t’abandonne." (IV, ix, 14)

Mais à cette époque, il ne sait pas encore que c’est en Dieu seul qu’il peut trouver le repos. Il aime les créatures au lieu d’aimer le Créateur. Il rapporte que son amour du beau lui fit écrire le De pulchro et apto qui est malheureusement totalement perdu : il ne reste que le résumé peut-être imprécis et peu fidèle que donnent Les confessions de ce premier écrit d’Augustin où nous aurions pu discerner ses préoccupations intellectuelles, sa culture philosophique et sans doute l’influence du manichéisme. Il a alors 26 ou 27 ans.

Partant pour Rome à l’été 383 (déçu par ses étudiants et la vie à Carthage), puis finalement nommé à Milan l’année suivante, c’est là qu’il rencontrera Ambroise, évêque du lieu(14); poussé encore davantage à poursuivre ces contacts par sa mère Monique (qui le rejoint en 385) D’abord intéressé par la façon de parler d’Ambroise, son expression soignée, sa façon d’organiser son discours et son argumentation, Augustin va découvrir le contenu de ses homélies, la signification profonde de ce qu’il dit, et il va poursuivre son avancée dans la foi chrétienne. Sous l’influence des prédications d’Ambroise, il va découvrir l’exégèse spirituelle, la lecture symbolique de la Bible :

"En vérité, bien que je n’eusse pas à cœur de m’instruire des choses dont il parlait, mais seulement d’entendre comment il parlait – oui, tel était, dans mon désespoir de voir désormais s’ouvrir à l’homme une voie vers toi, le vain souci qui m’était resté – elles pénétraient aussi dans mon esprit avec les mots que j’aimais, ces choses que je négligeais. De fait, je ne pouvais les dissocier, et pendant que j’ouvrais mon cœur pour surprendre combien sa parole était éloquente, en même temps pénétrait aussi en moi combien sa parole était vraie, par degrés bien sûr.
Tout d’abord, en effet, ses idées commencèrent bientôt à me paraître défendables elles aussi ; et la foi catholique, pour la défense de laquelle j’avais cru qu’on ne pouvait rien dire en face des attaques manichéennes, j’estimais déjà qu’on pouvait la soutenir sans impudence, surtout après avoir entendu bien des fois résoudre l’une ou l’autre des difficultés que présentent les anciennes Ecritures, dont le sens pris à la lettre me tuait.
Aussi, à l’exposé du sens spirituel donné à un grand nombre de passage de ces livres, je me reprochais déjà mon désespoir, celui-là en tout cas qui m’avait fait croire que la Loi et les Prophètes, devant l’exécration et le sarcasme, ne pouvaient absolument pas tenir." (V, xiv, 24)

Désormais vont se précipiter les étapes vers son baptême Augustin décide de rester catéchumène de l’Eglise catholique à la fin de 384 ; il recevra le baptême à la Vigile pascale de 387 en même temps que son fils Adéodat, alors âgé de 15 ans et de son ami Alypius (qui a joué également, nous le verrons, un rôle important dans cette conversion).

On peut résumer ainsi les grands temps spirituels de cette conversion ; Augustin va :

Après son baptême à Milan, Augustin qui a renoncé aux ambitions humaines et a donné sa démission officielle de rhéteur, se prépare à rentrer en Afrique avec sa mère, Monique. C’est sur ce chemin entre Rome et l’Afrique que se produit ce que l’on appelle "la contemplation d’Ostie" qui marque un tournant dans la vie d’Augustin. Monique va d’ailleurs bientôt mourir et c’est seul qu’Augustin va retourner en Afrique où il va entreprendre de mener une vie de type monastique avec ses amis (à Thagaste) : autour de lui d’ailleurs beaucoup d’hommes qui vont devenir évêques ou prêtres. C’est alors que meurt à son tour son fils Adéodat, puis son ami Nebridius.

En janvier 391, Augustin est choisi pour le sacerdoce par l’évêque Valère, c’est une grand surprise pour lui, mais c’est le début d’une nouvelle orientation, l’évêque le chargeant de prédication. Devenue évêque coadjuteur dès 395, il entreprend ses commentaires des psaumes qu’il dicte d’abord puis prêche entre 395 et 418. A la mort de Valère en 396 il devient lui-même évêque d’Hippone.

C’est alors qu’intervient le long combat contre les donatistes(15), tandis qu’Augustin évêque prêche, écrit nombre de ses œuvres dont bien sûr les Confessions (achevées avant 402). En 410, c'est la prise de Rome par Alaric et le pillage de la ville par les Vandales qui bouleverse le monde entier, et dont la responsabilité est attribuée aux chrétiens qui, ayant abandonné les dieux romains, ont permis la chute de la ville qu’ils ne protégeaient plus ! C’est ce qui va déclencher chez Augustin l’écriture de la Cité de Dieu qui dépasse vite son objet immédiat de répondre aux attaques faites contre l’Eglise : cette œuvre majeure d’Augustin dresse un tableau "de toute l’histoire humaine ordonnée autour de l’antagonisme entre les deux cités, la cité de Dieu animée par l’amour de Dieu jusqu’au mépris de soi, et la cité terrestre guidée par l’amour de soi jusqu’au mépris de Dieu." (Pinckaers, p. 28).

A partir de 411 commence la lutte contre le pélagianisme(16) (qui occupera Augustin jusqu’à la fin de sa vie). En 417, Pélage est condamné par le pape Innocent, mais l’évêque d’Eclane, Julien, jeune et vigoureux, intervient à son tour dans la dispute : ce sera un des plus rudes adversaires d’Augustin.

En 429 les Vandales débarquent en Afrique, après avoir traversé l’Espagne. Ils arrivent en Numidie et mettent le siège devant Hippone. Le 28 août 430 Augustin meurt dans sa ville assiégée.

[à suivre...]

(1) Paulin, évêque de Nole, en Campanie, vers 409 (il est né ves 353 à Bordeaux, mort en 431) ; c'est un des grands poètes latins chrétiens.
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(2) Au départ, l’arianisme est une doctrine prônée par Arius (prêtre d'Alexandrie au début du IVe siècle), qui niait la divinité de Jésus-Christ, soutenait que les substances des trois personnes de la Trinité sont distinctes, sans relation entre elles, et reconnaissait au Père seul la qualité d'éternel : le Fils est une créature de Dieu, plus exceptionnelle que les autres, mais créature quand même. Face à son affirmation "le Verbe est créé", le Concile de Nicée trouve la formulation "engendré, non pas créé, de même nature que le Père et par lui tout a été fait.".
L'arianisme, qui causa des troubles graves sur les plans religieux et politique, fut condamné par le concile de Nicée (325) et par celui de Constantinople (381). Mais cela ne suffit pas à éradiquer l'arianisme qui continua à sévir longtemps dans l'Eglise.
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(3) Le monophysisme : Le moine Eutychès à Constantinople développa cette doctrine au 5e siècle : il refusait que Jésus, consubstantiel à Dieu selon la nature divine, fût consubstantiel aux hommes selon la nature humaine - autrement dit que Jésus considéré comme "véritablement Dieu" fût aussi et exactement en même temps et de la même façon considéré comme "véritablement homme". Eutichès en arrive à minimiser la réalité humaine du Christ, au point d'affirmer la "seule nature" divine (d'où le terme de monophysisme = une seule nature). Condamné par le synode de Constantinople en 448, il fit appel au concile œcuménique. Celui-ci, réuni à Éphèse, le réhabilita ; mais pour avoir été manœuvré par Dioscore, patriarche d'Alexandrie, le concile, désormais appelé "brigandage d'Éphèse", vit ses décisions cassées à la faveur d'un changement d'empereur. La nouvelle assemblée, réellement œcuménique, de Chalcédoine en 451 lia l'orthodoxie, de façon décisive, au vocabulaire des deux natures. Malgré ces condamnations, le monophysisme survécut et prit autant de formes qu'il y a d'explications possibles de l'union des deux natures.
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(4) Le donatisme : La grande période du donatisme est comprise entre 305 et 420. Cette hérésie naît à la suite des persécutions de Dèce, très violentes. Un premier schisme a lieu (Novatien) lorsque le pape décide de réadmettre les lapsi (apostats) de la persécution de Dèce. Les violentes luttes que le donatisme va entraîner vont sévèrement freiner l'élan missionnaire en Afrique du Nord. De fait, certains chrétiens ne veulent pas admettre la réintégration au sein de la communauté de ceux qui ont apostasié (renié leur foi) pour échapper au martyre, et ils s'élèvent aussi contre les évêques qui auraient laissé détruire des livres saints des églises (les "traditores" : ceux qui ont trahi). L'évêque Donat, particulièrement virulent, va donner son nom au mouvement. Lors de l'ordination de l'évêque Cécilien, les schismatiques vont élire Donat à sa place, considérant l'ordination de Cécilien comme non valide car l'un des trois évêques qui l'ont ordonné était présumé "apostat". Le mouvement prend alors une grande ampleur, avec des doubles nominations d'évêques, des "rebaptisations" (les Donatistes considèrent les sacrements comme non valides si l'évêque qui les a donnés est soupçonné de traîtrise) et des actes de violence. L'empereur Constantin va alors édicter une loi contre les schismatiques en 317. La répression sera sévère jusqu'en 321 et leur vaudra de nombreux "martyrs". Les conflits et violences vont durer tout le quatrième siècle et même au-delà. Saint Augustin lui-même va entrer dans la controverse (394-420). L'Église est alors amenée à préciser que les sacrements donnés par un prêtre sont valides quelle que soit l'indignité du ministre en question.
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(5) Pélage est un hérésiarque d'origine irlandaise (Grande-Bretagne, v. 360 — Palestine, v. 422) qu'Augustin a longuement combattu pour des thèses que l’évêque d’Hippone percevait comme dangereuses pour la foi chrétienne. Le pélagianisme, doctrine réfutée par saint Augustin, fut condamné par les conciles de Carthage (412 et 416) et de Milève (416). Pélage rejette notamment le péché originel et la grâce, insistant sur le rôle du libre arbitre ; Augustin a clairement dénoncé ce que le pélagianisme a de pervers au plan de la doctrine chrétienne du salut, en niant de fait la nécessité de la grâce, et en enlevant tout "intérêt" à l'Incarnation du Christ : celle-ci devient inutile si l'homme peut se sauver seul.
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(6) Nestorius (v. 380-451) est à l’origine du nestorianisme : pour essayer d'expliquer les deux natures dans le Christ, il affirme l'existence de deux personnes, l'une divine, le Fils du Père, l'autre humaine, le fils de Marie. Il refuse de ce fait à Marie le titre de "Mère de Dieu". C'est ainsi qu'affirmant la maternité divine de Marie à Ephèse en 431, le concile condamne en même temps le nestorianisme et proclame l'union des deux natures dans la personne du Fils.
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(7) Au début du livre second, Augustin le dit très clairement : "Je veux rappeler à mon coeur les hideurs de son passé et les charnelles corruptions de mon âme ; non pas que je les aime, mais afin que je t'aime, toi, mon Dieu." (II, i, 1).
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(8) L'histoire (individuelle ou collective) a-t-elle un sens en-dehors de Dieu, Lui, l'Alpha et l'Omega, début et terme de l'histoire des hommes/de l'homme ?
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(9) "Si vous ne croyez pas, vous ne vous maintiendrez pas." (Isaïe, 9, 7).
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(10) Par exemple, Augustin raconte I, ix, 14 comment il priait pour n’être pas battu à l’école, et comment ses "bleus" lui étaient doublement douloureux (du fait des moqueries de ses parents devant cette prière naïve, bien sûr souvent non exaucée !) : "Du moins nous avons rencontré [à l’école], Seigneur, des hommes qui te priaient, et nous nous sommes instruits auprès d’eux, en comprenant comme nous le pouvions, que tu étais quelqu’un de grand, que tu pouvais, même sans apparaître à nos sens, nous entendre et nous secourir. De fait, tout enfant, je me suis mis à te prier toi, mon secours et mon refuge, et c’est pour t’invoquer que je rompais les liens de ma langue, et je te priais, tout petit, avec une ardeur qui n’était pas petite, de n’être pas battu à l’école. Et quand tu ne m’exauçais pas, ce qui n’était pas pour ma confusion, on riait ; les grandes personnes et jusqu’à mes parents eux-mêmes, tout en ne voulant pas qu’il m’arrivât le moindre mal, riaient de mes "bleus", qui étaient alors un grand et pénible mal pour moi." Augustin raconte aussi (I, xi, 17) comment dans l’enfance il a réclamé le baptême alors qu’une grave maladie fait craindre sa mort. Sa guérison a fait différer le sacrement.
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(11) Augustin revoit comme "duperies" ce qu’on lui proposait alors en l’incitant à faire des études brillantes : "…on me proposait, à moi enfant, comme règle de vie honnête, d’obéir à des gens qui m’engageaient à briller dans ce monde, et à exceller dans les arts de la verbosité, servile accès aux honneurs des hommes et aux fausses richesses !" (I, ix, 14)
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(12) Dans la hiérarchie manichéenne, Augustin est toujours resté "auditeur" sans devenir "élu". Ainsi il n’était pas soumis à des règles aussi sévères, mais il rapporte dans les Confessions, notamment IV, i, 1, ses goûts, les formes prises par son adhésion, et surtout ce qu’il croyait des divinités manichéennes pendant cette période qui va de sa dix-neuvième à sa vingt-huitième année.
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(13) Tout cet épisode de la rencontre avec Faustus sera développé dans le chapitre V.
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(14) "… près de lui j’étais conduit par toi inconsciemment, pour être par lui conduit vers toi consciemment." (V, xiii, 23)
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(15) La grande période du donatisme est comprise entre 305 et 420. Cette hérésie naît à la suite des persécutions de Dèce, très violentes. Un premier schisme a lieu (Novatien) lorsque le pape décide de réadmettre les lapsi (apostats) de la persécution de Dèce. Les violentes luttes que le donatisme va entraîner vont sévèrement freiner l'élan missionnaire en Afrique du Nord. De fait, certains chrétiens ne veulent pas admettre la réintégration au sein de la communauté de ceux qui ont apostasié (renié leur foi) pour échapper au martyre, et ils s'élèvent aussi contre les évêques qui auraient laissé détruire des livres saints des églises (les "traditores" : ceux qui ont trahi). L'évêque Donat, particulièrement virulent, va donner son nom au mouvement. Lors de l'ordination de l'évêque Cécilien, les schismatiques vont élire Donat à sa place, considérant l'ordination de Cécilien comme non valide car l'un des trois évêques qui l'ont ordonné était présumé "apostat". Le mouvement prend alors une grande ampleur, avec des doubles nominations d'évêques, des "rebaptisations" (les Donatistes considèrent les sacrements comme non valides si l'évêque qui les a donnés est soupçonné de traîtrise) et des actes de violence. L'empereur Constantin va alors édicter une loi contre les schismatiques en 317. La répression sera sévère jusqu'en 321 et leur vaudra de nombreux "martyrs".
Les conflits et violences vont durer tout le quatrième siècle et même au-delà. Saint Augustin lui-même va entrer dans la controverse (394-420). L'Église est alors amenée à préciser que les sacrements donnés par un prêtre sont valides quelle que soit l'indignité du ministre en question.
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(16) Pélage, l'un des hérésiarque d'origine irlandaise (Grande-Bretagne, v. 360 — Palestine, v. 422) qu'Augustin a longuement combattu pour ses thèses qu'il percevait comme dangereuses pour la foi chrétienne. Le pélagianisme, doctrine réfutée par saint Augustin, fut condamné par les conciles de Carthage (412 et 416) et de Milève (416). Pélage rejette notamment le péché originel et la grâce, insistant sur le rôle du libre arbitre ; Augustin a clairement dénoncé ce que le pélagianisme a de pervers au plan de la doctrine chrétienne du salut, en niant de fait la nécessité de la grâce, et en enlevant tout "intérêt" à l'Incarnation du Christ : celle-ci devient inutile si l'homme peut se sauver seul.
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